Alors, on va tout de suite arrêter le mythe : non, Twitter n’est pas un outil facile pour les politiciens. Et en plus, ce n’est pas un outil indispensable vu sa base d’utilisateur très réduite. Dès lors, un politicien qui ne se trouve pas sur Twitter ne manque pas une opportunité exceptionnelle. Mais s’ils décident d’y aller, il faut bien admettre que les risques de se planter sont élevés.

Certains font en sorte de minimiser ces risques. Ainsi, @doulkeridis a eu la bonne initiative d‘inviter quelques « durs à cuire » et quelques autres de Twitter pour une discussion de deux heures destinée à parler stratégie de communication mais également campagne électorale. La discussion, ouverte et franche, montre un réel intérêt pour comprendre l’outil et tenter de l’utiliser au mieux. Il montre aussi la réserve du politicien par rapport à ce service assez marginal duquel il n’attend pas une révolution mais qu’il utilise aussi de façon assez personnelle. Bref, une rencontre intelligente qui cadre d’ailleurs bien avec le contenu du blog et de Twitter du monsieur.

Par contre, je dois bien admettre avoir été assez étonné de l’échange que j’ai eu hier avec @demotterudy. Je suis socialiste, je vote pour le parti socialiste depuis que j’ai le droit de vote, je regrette bien sûr le manque de progressisme de certains dans ce parti, mais j’ai beaucoup d’estime pour les idées qui y sont défendues. Je voterai peut-être pour le PS cette année encore, après lecture du programme que je viens de recevoir, et j’ai en plus une certaine estime pour M. Demotte. Tout cela pour dire que, s’il y a des « durs à cuire » sur Twitter vis-à-vis du PS, de ses membres et de la gauche en général, je n’en fais pas partie. Mais quand M. Demotte balance coup sur coup trois twitpics de sa personne en train de serrer des mains à une fête des voisins, je ne peux m’empêcher de faire remarquer le manque d’intérêt de ces messages. Suite à quoi j’assiste, assez étonné, à un ensemble de réponses et contre-réponse d’une très mauvaise qualité.

Je ne ferai pas l’analyse de la discussion, d’autres l’ont déjà fait pour moi (ici et ), je veux juste insister sur quelques points à l’attention de nos amis versés dans l’art de la politique :

1. Les gens sur Twitter constitue une niche, un ensemble assez particulier cohérent sur de nombreux points, de manière générale liés à leur statut socio-économique assez élevé. Sans avoir d’étude pour l’affirmer, je me rends à l’évidence et ne peut que vous enjoindre à en tenir compte lors de votre communication. Vous ne pouvez pas, et ne devez pas, leur parler de la même chose et de la même façon qu’au public de la télévision (ne lisez pas ceci comme un jugement de valeur).

2. Twitter n’est pas un média comme les autres. Son intérêt n’est pas dans ce que vous y dites, ou beaucoup moins, mais dans ce que les gens vous disent et la manière dont vous leur répondez. Ce que les gens veulent savoir, c’est plus qui vous êtes que ce que vous pensez. Sinon, franchement, pourquoi se faire chier à écrire ça en 140 caractères. Vous devez bien sûr répondre un contenu intéressant, mais ce qui va vraiment lui donner de la valeur au final, c’est sa forme.

3. Le public de Twitter ne constitue pas un groupe identique qui fonctionne selon les mêmes règles que d’autres publics. Ce public-ci est inter-connecté. Cela veut dire que de nombreuses personnes ont un passé commun, un personnage qu’il joue avec certains autres personnages, une intimité commune parfois. Cela influence leur comportement, la manière dont ils vous répondent en plus d’influencer la manière dont ils vous perçoivent. Faire fi de cette spécificité vous fait passer à côté d’informations importantes et peut vous faire commettre des erreurs ainsi que vous exposer à des réactions négatives. Il est donc très important d’écouter, non seulement parce que les informations sur Twitter peuvent être très intéressantes, mais également pour percevoir la dynamique de groupe, les personnes disposant réellement d’un rayonnement sur les autres, les personnes qui sont liées, afin de pouvoir vous adapter à toutes ces finesses qui ne sont bien évidemment pas visible à la première connexion.

Divers article récent sur le sujet :

www.francbelge.be/2010/05/31/deux-lecons-de-communication-politique-sur-twitter/
tetedeliste.com/2010/05/30/rudy-demotte-ps/
http://blogs.lesoir.be/sagabelgicabis/2010/05/31/est-il-possible-de-debattre-sur-twitter/
http://www.leblogdubiencommun.be/?p=65

Temps de rédaction : 38 minutes