J’ai failli passer à côté de l’album « La Reproduction » d’Arnaud Fleurent-Didier pour plusieurs raisons. La première, c’est le premier single éponyme que j’avais entendu à la radio et regardé sur YouTube et qui m’avait déplu. Je ne l’avais trouvé ni vraiment drôle, et pas émouvant, sans que la musique m’attire plus que cela. La seconde, c’est que le chanteur est annoncé comme « de droite » et j’avais donc peur de me retrouver devant des textes dans lesquels je ne me retrouverais pas.
Heureusement, la médiathèque est un formidable incitant à vérifier avec vos propres oreilles ce que les critiques en disent. Et le disque a la formidable idée de s’ouvrir sur le titre « France Culture ». En 3min22, Arnaud Fleurent-Didier définit sa famille, se définit par rapport à elle et explique (sans s’excuser) sa vision du monde. J’ai rarement entendu un morceau qui ouvre et définit de manière si magistrale un disque. A partir de ce moment, les personnages sont définis et cela éclaire la manière dont on écoute les autres titres.
A travers les déambulations et les élucubrations d’un chanteur qui n’a rien d’autres à penser que lui et les femmes, on tente de rentrer dans la psyché humaine. Cela pourrait être pompeux, égocentrique et chiant (ça l’est d’ailleurs sur certains titres), mais cela réussit en fait par moment à toucher à l’universel. Grâce aux textes plutôt bien torchés, tout d’abord, mais aussi grâce à la musique qui, par son coté épique et grandiloquent, incite à sur-interpréter le texte, à donner une attention particulière à ses petits détails et à accentuer les éléments qui font sens de ceux qui font décoration.
Cela marche très bien, en plus du premier titre, sur « Je vais au cinéma » et sur « Ne sois pas trop exigeant », mais aussi dans un registre plus humoristique sur « Risoto aux courgettes » ou « L’origine du monde ». Cela pourra faire penser à Delerm, bien sur, mais dans la musique également à Alain Chamfort.
Vous l’avez compris, on est certainement pas ici en face d’un disque « politique » et donc pas d’un artiste « de droite » (contrairement à Cyril Mokaïesh, vrai chanteur « de gauche »). Est-ce pour autant un disque de bagatelle? Je ne le crois pas. C’est un disque qui parle de l’Homme, avec des réflexions qui n’arrivent jamais aux discussions de la plupart qui ont « autre chose à penser », mais qui nous définissent malgré tout. C’est aussi un disque qui transpire la oisiveté du rentier, qui parle donc de ses malheurs, mais sans jamais tomber dans le cliché du « pauvre riche malheureux », le dépasse et le transcende pour le faire atteindre par moment l’universel. Cela me suffit.
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