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20110410-104020.jpgJ’ai failli passer à côté de l’album « La Reproduction » d’Arnaud Fleurent-Didier pour plusieurs raisons. La première, c’est le premier single éponyme que j’avais entendu à la radio et regardé sur YouTube et qui m’avait déplu. Je ne l’avais trouvé ni vraiment drôle, et pas émouvant, sans que la musique m’attire plus que cela. La seconde, c’est que le chanteur est annoncé comme « de droite » et j’avais donc peur de me retrouver devant des textes dans lesquels je ne me retrouverais pas.

Heureusement, la médiathèque est un formidable incitant à vérifier avec vos propres oreilles ce que les critiques en disent. Et le disque a la formidable idée de s’ouvrir sur le titre « France Culture ». En 3min22, Arnaud Fleurent-Didier définit sa famille, se définit par rapport à elle et explique (sans s’excuser) sa vision du monde. J’ai rarement entendu un morceau qui ouvre et définit de manière si magistrale un disque. A partir de ce moment, les personnages sont définis et cela éclaire la manière dont on écoute les autres titres.

A travers les déambulations et les élucubrations d’un chanteur qui n’a rien d’autres à penser que lui et les femmes, on tente de rentrer dans la psyché humaine. Cela pourrait être pompeux, égocentrique et chiant (ça l’est d’ailleurs sur certains titres), mais cela réussit en fait par moment à toucher à l’universel. Grâce aux textes plutôt bien torchés, tout d’abord, mais aussi grâce à la musique qui, par son coté épique et grandiloquent, incite à sur-interpréter le texte, à donner une attention particulière à ses petits détails et à accentuer les éléments qui font sens de ceux qui font décoration.

Cela marche très bien, en plus du premier titre, sur « Je vais au cinéma » et sur « Ne sois pas trop exigeant », mais aussi dans un registre plus humoristique sur « Risoto aux courgettes » ou « L’origine du monde ». Cela pourra faire penser à Delerm, bien sur, mais dans la musique également à Alain Chamfort.

Vous l’avez compris, on est certainement pas ici en face d’un disque « politique » et donc pas d’un artiste « de droite » (contrairement à Cyril Mokaïesh, vrai chanteur « de gauche »). Est-ce pour autant un disque de bagatelle? Je ne le crois pas. C’est un disque qui parle de l’Homme, avec des réflexions qui n’arrivent jamais aux discussions de la plupart qui ont « autre chose à penser », mais qui nous définissent malgré tout. C’est aussi un disque qui transpire la oisiveté du rentier, qui parle donc de ses malheurs, mais sans jamais tomber dans le cliché du « pauvre riche malheureux », le dépasse et le transcende pour le faire atteindre par moment l’universel. Cela me suffit.

Temps d’écriture : 32 minutes

On ne peut pas le nier, “Les Ardentes” est devenu un jalon important des festivals belges, et ce en seulement 4 éditions. Réputation méritée et soutenue par le cru de cette année ? Je suis allé vérifier cela lors de la journée du samedi.

A l’arrivée, petit tour du site, vraiment très aéré. Un peu trop dans l’après-midi, il donne l’impression d’être vide, seulement occupé par de très nombreux stands de sponsors et de vendeurs de nourriture très variée. On a parfois l’impression d’être à une foire au boudin, avec accessoirement l’un ou l’autre concert dans un coin.

Mais venons-en à la musique justement. Mes premiers émois sonores viendront d’une découverte : “John & Jehn”. C’est que ce duo guitare/basse est assez accrocheur. Il n’y a rien à faire, une fille qui joue de la basse, ça a beaucoup de classe. La musique post-punk “d’époque” marche pas mal sur certains titres. Dommage qu’un batteur n’accompagne pas le duo de cordes, cela donnerait sans doute plus d’énergie à un live tout à fait maîtrisé.

Je rejoints ensuite la foule nombreuse pour écouter « Yoav« . L’artiste multinational donne ce qu’on attend de lui : une perfection technique et des jolies chansons. Je reste pourtant assez froid par rapport à cette démonstration de maîtrise impressionnante, mais qui trouve sa place plutôt dans mon salon que sur une scène.

Je quitte donc avant la fin pour rejoindre « Joakim« . En live, il joue plutôt rock et il est particulièrement habile pour “faire foirer” ses titres. Des morceaux qui commencent de manière classique mais finissent généralement en délires électro-rock kitsch et surchargés. C’est jouissif et original, même si le manque de communication avec le public qui s’attendait de toute évidence à autre chose empêche l’ambiance de décoller.

Je cours ensuite assister au concert de ma tête d’affiche de la journée : “Peaches”. Pour ma première rencontre en live avec la plus si jeune dame, elle n’a pas failli à sa réputation. Elle donne un show certes pseudo-sulfureux mais certainement pas pseudo-énergique, se lançant dans la foule et sur mes lunettes dès le troisième titre. Musicalement ? Rien de plus que sur les albums. C’est basique, un peu provoc’ et ça marche.

Juste le temps de passer écouter la fin du set de « IAMX » qui ne surprend plus personne (si ce n’est peut-être par son état pitoyable sur scène), et je dois reprendre le dernier train vers Bruxelles en maudissant la SNCB de me priver du live de Tricky.

En résumé, une chouette découverte (John & Jehn), une confirmation (Joakim), un bon show (Peaches) et beaucoup de déjà vu pour un festival qui va malheureusement trop souvent piocher des artistes qui ont beaucoup tournés et qui manquent peut-être d’originalité.

Un petit tour d’horizon musical :

Découvrez la playlist Ardentes avec Peaches

Les photos du concert de Peaches par @Kmeron :

Je viens de mettre la main sur l’album de remix de Thom Yorke, sorti principalement au Japon comme le Com Lag de Radiohead. Et je me dis que je vous en parlerais bien, parce qu’on y trouve malgré tout des morceaux pas inintéressants. Mais les allergiques à la voix du bonhomme peuvent passer leur chemin !

Un album de remix, c’est toujours difficile à évaluer. Faut-il le comparer à l’original ? Faut-il tenir compte de la qualité des morceaux de base ? En tout cas, ici, difficile de juger sur la cohérence, vu les origines très variées des remix proposés.

L’album s’ouvre en effet sur un remix de “And it rained all night” réalisé par Burial et se referme sur une version par Cristian Vogel de “Black Swan” en passant par Modeselektor ou Four Tet. On remarque néanmoins une tendance vers des styles aux basses puissantes renvoyant vers le dubstep et le trip-hop.

Le morceau de Burial a à priori l’air alléchant, d’ailleurs, Burial étant quand même une valeur sûre de la nouvelle scène anglaise. Et point, disapointement total, pas de sub-basses qui explosent tout et, à la place, une section rythmique très sèche en avant-plan, qui devient vite très pompante. Bon, on voit qu’il tente d’installer une ambiance, pourquoi pas, mais bon, à par justement servir de fond sonore, on voit pas trop dans quelle situation écouter le titre.

Heureusement, les deux morceaux suivants rattrapent le coup. D’une part, Surgeon qui renforce de façon assez simple le sentiment d’urgence du titre “The Clock”, d’autre part The Bug qui explose “Harrowdown Hill” en section rythmique et voix de Yorke échoïsée. Un peu rétro, pas méga-original, mais de bonne facture.

Arrive ensuite le remix de “Skip Divided” par Modeselektor, qui devait bien ça à Thom depuis qu’il était venu poser sa voix sur le titre “The White Flash” de leur deuxième album. Aux premiers beats, on ne peut pas se tromper, on retrouve réellement le style de Modeselektor, et ça fait plaisir, parce que du coup, le morceau a vraiment un style et une âme.

S’en suit les inévitables Four Tet, groupe qui a sans doute des mérites, mais pas celui de me plaire, avec tous ces instruments… J’ai l’impression que ça finit toujours par sonner comme une fanfare. C’est suivi du morceau “Cymbal Rush” revu par un certain The Field, nouvelle sensation du label Kompakt apparemment, et qui réussit à rendre le morceau mortellement chiant, genre le pire de la minimal !

Les trois derniers morceaux sont assez pénibles, si ce n’est le remix de Various, qui est un de ceux que je préfère de la scène dubstep anglaise, justement parce qu’ils ne se limitent pas au dubstep. Le titre est coincé entre les deux versions de “Black Swan” par Vogel, qui sont assez lourdingues. La première est totalement inintéressante, où Vogel rajoute du bruit derrière le morceau original, la seconde a le mérite de proposer une autre version de la chanson, mais sans réussir à rendre ça juste bien. C’est prise de tête, pour le fait de l’être.

Au final, un album de remix relativement moyen, sauvé par quelques titres (le Modeselektor, le The Bug, le Various et dans une moindre mesure le Surgeon) mais qui ne fait rien d’autre que creuser le sillon tracé déjà bien profondément par l’album original.

En musique :

Découvrez la playlist The Eraser RMXS avec Thom Yorke

Une petite playlist concoctée avec tout mon amour pour Radio Campus ULB (à écouter sur le 92.1FM à Bruxelles où via Internet par le site http://radiocampus.ulb.ac.be/)

CIRKUS – Medicine

BAT FOR LASHES – Glass

BJÖRK – Where is the line

THOM YORKE – Skip Divided (Modeselektor Remix)

LOU REED – Perfect Day

SIMIAN DISCO MOBILE – It’s the beat

YO MAJESTY – Party Hardy

PIANO CLUB – California

GHINZU – Je t’attendrai

YELLOW TRICYLE – Pill for the ride

GOLDEN SILVERS – True n°9 Blues

THE SUBS – Breathe

THE KILLS – Cheap and Chearful

A noter le retour en force des années 90, que ce soit le pop-rock avec le projet anglophone de Damien Saez « Yellow Tricycle », l’électro avec le titre « It’s the beat » de Simian Disco Mobile qui pourrait ressembler à Technotronic ou « Party Hardy » de Yo Majesty pour le hip-hop.

Aussi, et en désordre, la bonne surprise de nouvel album de cirKus, le deuxième opus franchement convaincant de Bat For Lashes ou encore la reprise de Breathe de Prodigy par le groupe belge The Subs qui fait ce que Prodigy pourrait faire de mieux en 2009.

On va faire d’une pierre, deux coups, en parlant du deuxième opus de Bat For Lashes en même temps que de son concert qui date déjà un peu mais qui m’a marqué, le 15 juin à l’Orangerie du Botanique.

Je ne suis pas un fan de la petite Natasha Khan, et même si j’aimais bien son premier opus Fur And Gold, je n’en ai pas fait une jaunisse quand je n’ai pas pu avoir de place pour son concert originalement programmé dans la Rotonde. Mais finalement, vu le succès de la petite dame, on la verra à l’Orangerie, et je peux me procurer la dernière place (niak niak, désolé pour ceux qui n’en ont pas eu après moi) pour aller voir son folk hippie gothique.

Et grand bien m’en a pris, je crois que j’ai assisté au meilleur concert de mes Nuits, en concurrence avec Thunderheist le lendemain. Passons sur la première partie, le pop-rock à deux guitares et voix totalement anecdotique de Dan San, pour nous concentrer sur la belle Natasha. Pas de corps, pas de visage, mais belle d’esprit. Elle rayonne sur scène, gambadant comme un faon dans la forêt, ici habitée par des icônes christiques et des idoles d’animaux. Son groupe est totalement dans le délire, l’imagerie est en place.

Je n’avais pas encre écouté Two Suns avant le concert et j’y allais donc à la découverte du nouvel album. Excellente idée, car les morceaux tirés de ce second opus m’ont paru beaucoup plus solides en live que ceux tirés du premier. A l’exception près de « What’s a girl to do » et « Horse and I« . A quoi est du cette réussite ? Assurément aux arrangements des percussions particul!èrement percutants – quelle bonne idée de renforcer les beats électroniques par une batterie acoustique, ou inversement – mais aussi grâce à la voix de Natasha Khan, qui assure sans vouloir faire la diva, ce qu’elle n’est pas.

C’est donc dans une optique résolument positive que je me suis acheté Two Suns (sur Amazon UK, 7 livres). L’album s’ouvre sur le titre « Glass« , formidable, qui place la barre très haut d’emblée. Ce qui rend la suite difficile, la balade piano/voix « Moon And Moon » n’étant pas vraiment à la hauteur. On peut ensuite citer le premier single « Daniel » qui fait le boulot, sans être aussi excellent que la version live jouée aux Nuits. La deuxième partie de l’album est dans l’ensemble plus réussie, avec « Pearl’s Dream« , « Two Planets » tout en percussions ou « Good Love« .

Mais c’est seulement après la deuxième écoute que je me suis rendu compte que cet album n’était pas un simple album de pop où chaque chanson est une fin en soi. La force de Two Suns est dans son ensemble, à mi-chemin entre les délires celtiques de Sinead O’Connor et la pop déglinguée de Björk. J’admets néanmoins être beaucoup plus sensibles aux morceaux plus centrés sur les percussions qui bénéficient décidément tant en live qu’en album d’un soin particulier.

En bref, ce n’est pas parfait, comme pour le premier opus, mais si on prend la peine de rentrer dans cet univers musical, on appréciera la cohérence de l’ensemble. J’ai en tout cas bon espoir pour la suite de la carrière de Natasha Khan, car cette musique ne fait pas que surfer sur une forme de mode, mais propose réellement un univers.

Two Suns

Le doute n’est plus permis, les 90’s sont de retour en grâce. Je ne parle pas de la compilation “I Love The 90’s” (quoique) mais il y a un ensemble de signes qui ne trompent pas. Les dernières sensations hip-hop comme Yo Majesty ou Thunderheist font délicieusement penser au hip-hop/électro “oldschool” de nos années 90 (Run DMC et autres Technotronic en tête). Mais plus que cela, les sons “trance” si décriés en ce début du XXIème siècles semblent eux-aussi redevenir fréquentables (ils n’ont jamais cessé de l’être pour les fans de Milk.inc). En témoigne nos compatriotes flamands de The Subs qui proposent dans leur premier album Subculture une musique en équilibre entre les sons Nu Rave/Dance Punk, french touch 2.0 et hardstyle. Un mélange original qui, si il ne fait pas dans la finesse, délivre son cota d’énergie brute.

Le titre d’ouverture “Music Is The New Religion” donne le ton avec cette montée trance, son beat un peu quelconque mais renforcé d’une rythmique assez compressée et d’une voix légèrement punk. Le clip, un brin provoquant à la manière du fameux clip de DemonYou Are My High”, renforce encore la sympathie qu’on peut avoir pour le groupe. Mais, en toute honnêteté, je ne crois pas que c’est dans ce créneau là, prolongé par le morceau “Kiss My Trance” assez explicite en terme d’influences, que The Subs délivre le meilleur. Il faut aller chercher le titre “My Punk” qui, sans oublier les petites montées acid, envoie nettement plus. Et on ne s’y trompe plus avec la reprise de “Breathe” de The Prodigy qu’ils réussissent à moderniser ce que les Prodigy eux-même semblent incapables de faire vu la qualité franchement passable de leurs deux derniers albums. “F**k That S**t” vient mettre tout le monde d’accord en trouvant le meilleur équilibre de l’album entre ses nombreuses influences.

Evidemment, Subculture est totalement dispensable et ne va pas révolutionner la musique électronique. Mais pour ceux qui, comme moi, en ont marre des sons de Justice et de la clique “Ed Bangers” et ne veulent pas du retour de la minimal (même si le dernier Guy Borrato est excellent, j’en parlerai sans doute), cet album est un oasis dans le paysage de plus en plus formaté de la musique électronique dansante.

Vous pouvez écouter des extraits de cet album sur Blip.fm (via le lecteur intégré dans ce blog)

Vidéo de « Music Is The New Religion »