Début septembre, certains membres du gouvernement français et une partie de la population trésaillaient : le jeu sur navigateur allemand pennergame débarquait en version française sous le nom clodogame.fr. Comme le nom l’annonce, le jeu vise à vous mettre dans la peau d’un SDF parisien qui va tout faire pour gagner du fric et devenir le plus grand SDF de la ville des lumières. Cynique, vulgaire, dégradant ? J’ai pu tester longuement le site et je me dois de modérer ces propos.
L’idée sous-jacente dans les principales critiques du jeu sont liée à l’idée que le jeu se moquerait du sans-abris, maintiendrait des amalgames douteux entre pauvreté et vol et saperait le travail de sensibilisation d’associations de terrain (voir ici et là par exemple).
Or, si le jeu rend en effet la vie de SDF plus drôle qu’elle ne l’est en réalité, elle la rend aussi complètement irréaliste. Le jeu n’a pas pour but d’offrir une simulation réaliste du triste destin des personnes à la rue. Les mécanismes de jeu sont assez simples et adaptés à plein de situation, le choix du décor est purement esthétique (et marketing), ce qui amène des situations rocambolesques. Un personage de clodogame gagne principalement sa vie en ramassant des tickets de métro, avec lesquels il va pouvoir se payer une girafe et un petit château à Versaille ! L’absurdité de la simulation devrait déjà écarter toute les critiques liées à une quelconque moquerie des SDF : il est impossible de ne pas se rendre compte que les personnages de clodogame n’ont absolument rien en commun avec le vécu d’un SDF.
Maintenant, c’est vrai que certaines actions du jeu peuvent renforcer certains stéréotypes : les autres manières de gagner de l’argent pour un personnage de clodogame sont de commettre des délits (là aussi, assez irréalistes) ou d’attaquer d’autres personnages. Si il est vrai qu’on ne peut pas généraliser cette criminalité du SDF, il faut quand même reconnaître que la petite criminalité (vol et racket par exemple) est souvent liée à la pauvreté. C’est tout à fait logique et je ne vois pas en quoi il est révoltant de reconnaître ce lien. Cela ne veut pas dire que tous les pauvres ou les SDF sont des criminels, bien évidemment, mais l’existence d’une criminalité plus forte dans les milieux défavorisés me semblent être une vérité acquise.
Dès lors, plutôt que de tenter de lutter contre ce jeu, pas toujours de très bon goût, mais loin d’être aussi choquant et dérangeant que certains médias et hommes politiques l’ont présenté, pourquoi ne pas profiter de cette vitrine pour sensibiliser à la problématique des sans-abris. L’éditeur du jeu le fait déjà en Allemagne où il incite les joueurs à effectuer des dons à des associations d’aide aux sans-abri. Il a promis de prendre la même direction sur sa version française si le jeu trouve son public. S’il y a bien un domaine où l’Etat devrait agir, c’est en forçant un peu la main de l’éditeur dans cette direction afin de faciliter la collaboration entre cet éditeur alemand et les ASBL françaises qui pourraient profiter de la notoriété de la plate-forme pour améliorer la leur.

Quand au jeu lui-même, il est loin d’être parfait : traduction française assez approximative et incomplète, des erreurs de codage, une interface pas très claire et assez moche douclée d’un mécanisme de jeu qui n’est absolument pas original. On ne peut même pas dire qu’on attache tant d’importance que ça au contexte choisi. C’est typiquement le genre de jeu où vous jouez par habitude, sans y penser, qui demande peu d’investissement tout en vous permettant de progresser suffisamment vite et en vous offrant des objectifs à sufisamment long termes pour que vous restiez accroché. Rien de transcendant donc, mais pas plus mauvais que la plupart de ces « jeu de navigateurs ».