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Ma grand-mère est morte ce matin. Et je m’en réjouis.

Il y a trois personnes qui ont pesé plus lourd que les autres dans l’homme que je suis aujourd’hui : ma mère, mon père, et ma grand-mère. C’est en partie grâce à elle que j’ai les convictions politiques qui sont les miennes aujourd’hui, c’est elle qui me donnait un fond de Jupiler avec ma ratatouille de scaroles du jardin et mon steak. C’est elle qui me prenait sur ses genoux et me lisait les trois mêmes « Martine » pour me faire finir mon assiette. C’est avec elle que j’ai joué au nain jaune, que j’ai découvert les joies des séries policières allemandes le mercredi après-midi, la « Chance aux Chansons », et « Des Chiffres et des Lettres ». Plus tard, c’est entre autre chez elle que je trouvais un point de vue politique et idéologique qui m’exaltait.

Et puis est venu la maladie. La première chose importante qu’elle prend, cette maladie, ce n’est pas tellement les souvenirs. C’est désagréable, c’est frustrant et perturbant, quelque fois difficile à accepter en tant que proche, mais c’est finalement accessoire. La première chose importante qui est emportée par la maladie, c’est la capacité à socialiser, la capacité à discuter avec autrui, à comprendre les idées plus complexes. La capacité à vivre en société. Ensuite, ce sont les réflexes de base qui commence à en souffrir: se déplacer, se nourrir, respirer…

Alors vient la mort. La mort, ce n’est pas comme dans les films hollywoodiens. La personne âgée, entourée de sa famille, ne s’en va pas apaisée, délivrée du poids de ce monde, vers l’aù-delà. Non, c’est à ce moment-là que le poids de ce monde est justement le plus lourd, que la souffrance est à son apogée. Et il y a la peur. Parce qu’on sait qu’il n’y a rien qui nous attend, que c’est la fin de tout, et que rien ne commence. S’il y avait quelque chose à lire dans le visage de ma grand-mère, hier soir, dans ses derniers moments, si son visage reflétait encore quelque chose qu’elle aurait pu ressentir, c’était à n’en pas douter la peur.

Cette souffrance et cette peur, je ne les souhaite à personne. Elles sont terriblement tristes. Le décès vient y mettre un terme en mettant fin au présent et en ouvrant les portes du passé. Quand ma grand-mère est morte, elle a cessé d’être ce corps amoindri, cet esprit détruit, pour devenir des souvenirs de tout ce qu’elle m’a apporté. Et je m’en réjouis.

Temps d’écriture : 45 minutes

Alain Bashung est mort. Désolé de vous l’apprendre de manière si brusque si vous n’étiez pas au courant, mais je ne suis pas bon pour les condoléances (vous pouvez par contre trouver de très touchant commentaires par exemple). Je préfère me consacrer à ce qui reste vivant de lui et en particulier un de ses albums, celui qui m’a probablement le plus marqué, « Fantaisie Militaire« .

La première fois que j’ai écouté cet album, c’était en le louant pour ma mère. J’avais déjà en background du Jacques Higelin, mais il faut bien admettre que dans la chanson rock française me laisait plutôt froid à l’époque, préférant le côté beaucoup plus pop d’Alain Souchon. Et pourtant, cet album d’Alain Bashung va me marquer. Par sa pochette, d’abord, que je trouve très belle et intrigante. Mais surtout par quelques titres parfaits.

A commencer par « Malaxe« , le titre d’ouverture, qui démontre à quel point Bashung était un parolier formidable, qui ne s’intéressait de toute évidence pas qu’au sens mais surtout aux sonorités. Le refrain « Malaxe, le coeur de l’automate, malaxe, malaxe, les omoplates » produit réellement le son du coeur d’un automate !

Je ne parlerai pas de « La nuit, je mens » que je trouve trop grandiloquent à cause des violons mais bien de la plage titulaire de l’album « Fantaisie Militaire » et ses paroles poignantes réellement habitée par la voix de Bashung que j’ai rarement trouvée aussi bien mise en valeur.

Après « 2043« , le « Cendrillon » de Téléphone par Bashung, réussit vraiment à instaurer une ambiance puissante et « Samuel Hall » et son instrumentation tout à fait expérimentale, l’album se finit par deux titres beaucoup plus pop mais très plaisants, « Le Pavillon des Lauriers » et ses relents orientaux et « Sommes-nous » où les violons sont aussi très présents mais n’écrase pas autant le reste de l’instrumentation.

Bref, un album qui m’a réconcilié un moment avec le rock français et qui a lui seul me fait classer Alain Bashung parmi les plus grands de la chanson française, même si les quelques autres albums que j’ai écouté de lui ne m’ont pas autant convaincu. De « Osez Joséphine » à « Bleu Pétrole« , je n’ai plus retrouvé le côté expérimental dans la musique qu’on trouve particulièrement sur cet opus.

Fantaisie Militaire