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Vous le savez sans doute si vous me lisez régulièrement, je ne suis pas le dernier à dénoncer les problèmes d’égalité des genres. A part certains fourvoiements sémantiques, je soutiens la plupart des revendications féministes, parfois mêmes les plus démonstratives.

Et cela m’énerve d’autant plus de voir le sujet de la Justice dans les affaires de viols traité avec une légèreté inconsciente. Aujourd’hui est ressorti dans les flux de discussion le résultat d’une étude de l’ONU concernant les taux d’élucidation des viols en Belgique, résultat publié en juillet 2011 sur Le Soir et ayant fait l’objet d’une question parlementaire de Zoé Génot (qui résume bien l’information dudit rapport, les réponses du ministre de la Justice belge et ce qu’on en a tiré). Dans cette étude, la Belgique est pointée du doigt pour son taux de condamnation particulièrement faible (4%), surtout par comparaison à la moyenne européenne.

Le problème de tout cela, c’est que ces chiffres… ne veulent simplement pas dire grand chose.

Premièrement, il me semblerait important de vérifier qu’on parle bien de chiffre comparable. Même si le terme « taux de condamnation » me semble assez explicite, il n’est pas impossible que ce terme revête des significations différentes selon les pays.

Deuxièmement, il serait intéressant de replacer ce chiffre dans une comparaison plus large de la Justice en Europe. Quel est le taux de condamnation global en Belgique et dans les autres pays de l’UE? Sans cela, il est impossible de dire si le système de Justice belge dans son ensemble condamne moins que celui d’autres pays européens ou s’il y a véritablement un problème spécifique en Belgique concernant les viols.

Troisièmement, en fonction de ce que les deux premiers points aient confirmés l’une ou l’autre hypothèse, il serait me semble-t-il nettement plus productif de pousser les recherches plus loin, afin de déterminer pourquoi ce phénomène se produirait spécifiquement pour les viols. S’agit-il de brèches légales qui permettent à des personnes ayant commis un viol d’échapper à la condamnation, s’agit-il d’un problème exécutif, lié à l’organisation de la Justice en Belgique (qui serait discriminatoire ou pas suffisamment efficace pour les affaires de viol), ou encore s’agit-il d’un problème purement judiciaire (une jurisprudence plus favorable à la défense dans le cadre des présomptions de viol).

C’est seulement en effectuant cette démarche qu’on pourra tirer des enseignements concrets et applicables pour lutter contre l’impunité des violeurs (qui reste selon moi très majoritairement due à d’autres problèmes que le taux de condamnation, et il serait peut-être préférable de concentrer son énergie sur d’autres plans de la problématique pour améliorer la situation – mais cela relève du choix politique).

Soyons bien clair, il est évident que des efforts énormes doivent encore être entrepris dans ce domaine. Mais je ne crois pas qu’ânonner des chiffres sans les mettre dans leur contexte, sans en montrer la portée réelle, et sans tenter de déceler les origines du mal puisse vraiment faire avancer les choses. Si vous êtes intéressé par la problématique, je ne peux que vous conseiller de suivre le travail d’Amnesty International, particulièrement actif dans ce domaine, en Belgique également.

Et puis, au final, ce qui me semble bien plus essentiel, c’est de faire diminuer le nombre de viols. Et le taux de condamnation, je le crains, n’a qu’une influence très marginale sur le nombre de crimes commis.

Tu prends deux gros département français (ou deux petits états américains) que tu sépares par une frontière, tu construits une seule grosse ville entre les deux qui appartient aux deux départements, tu fais voter un des deux départements pour une droite libérale économiquement et conservatrice socialement, et l’autre pour une gauche conservatrice économiquement et progressiste socialement. Et tu résumes le concept d’Etat à un « projet commun ».

Félicitation, vous avez une Belgique à servir bien chaud pour environ 11 millions d’habitants.

Temps d’écriture: 8 minutes

Je suis né à Mons, je vis à Bruxelles depuis 5 ans et je travaille à Mechelen depuis 5 mois. Je m’intéresse beaucoup aux réflexions de mes collègues falamnds et de mon professeur de néerlandais, lui-même très férus de comparaison entre le nord et le sud. Ces différentes réflexions qui suivent sur les flamands sont issues de ces différentes discussions, des informations glanées ici et là. Elle visent autant à montrer que les commentateurs francophones se trompent parfois quand ils parlent de nos amis du nord mais sans complaisance par rapport à des éléments de la mentalité flamande qui, combinés, rendent cette communauté dangereuse sur le plan politique. Il n’empêche que les flamands, comme les francophones, sont drôles, agréables à vivre et intéressant sur le plan personnel.

Les flamands respectent la loi

Nos voisins du nord sont très attachés au respect de la loi et de la constitution. Et il est indubitable qu’en cela, ils ont raison. Dans une situation complexe et fortement émotionnelle, rien de tel qu’une loi pour clarifier une situation. Ils vont très loin dans le respect des lois. Par exemple, il est impensable de changer les lois, même si celle-ci sont devenues absurdes. Ainsi, la frontière linguistique tel qu’elle existe actuellement ne correspond pas (ou plus) à la réalité, mais le fait qu’elle soit inscrite dans la loi suffit à ne pas devoir la remettre en question.

Le respect des lois est par ailleurs plus importants que les valeurs ou que l’humanisme. C’est une approche que je comprends parfaitement, le respect des lois lui-même doit garantir le respect de ces valeurs, puisque les lois sont sensées, dans notre pays, être inspirées par ces valeurs. Ainsi, nommer des bourgmestres élus en contrevenant à certaines dispositions légales ne peut être considéré, par nos amis du nord du pays, comme un acte qui aille dans le sens d’un respect des valeurs démocratiques et de respect de droits des minorités, car cela ne correspond pas à la loi, qui est seule garante de ces valeurs.

Les flamands sont communistes

Oui, les flamands votent massivement à droite, mais pour des raisons qui sont assez proches de ce qui pourrait motiver les gens à voter vers les partis d’extrême gauche. Les flamands sont prêts à sacrifier leur bien-être individuel, faire énormément d’effort personnel, si cela peut amener à un développement de l’ensemble de la société. On ne parle pas d’égalité ici, mais juste d’une diminution importante de la place du bien-être individuel immédiat au profit d’un développement socio-économique futur qui devrait, à termes, amener plus de bien-être individuel. Ainsi, le libéralisme capitalistique se base à présent sur des arguments autrefois utilisés par l’extrême gauche. Plus question ici de dire que le fait de stimuler les individus vont permettre de développer une société forte et libre, mais bien que les individus vont devoir se résoudre à être moins libre et moins riche pour permettre le développement capitalistique, qui au final offrira plus de liberté aux individus. Le fait est que ça marche… La Flandre est plus riche, et les flamands payent moins de taxes, parce qu’ils ont été d’accord de faire des sacrifices à certains moments cruciaux.

Le problème vient évidemment quand le système comporte une partie, une région, une ville, qui n’est pas d’accord avec le principe, une région où le bien-être des individus est plus important que la richesse globale. C’est le cas en Wallonie. C’est ce qui explique les syndicats plus revendicatifs, même sur des affaires d’individus. C’est ce qui explique le soutien populaire pour un système d’aide social très généreux. C’est ce qui explique la gauche individualiste du Parti Socialiste, loin du collectivisme capitaliste de certains partis de droite. C’est ce qui explique aussi le développement plus lent du la Wallonie sur le plan économique.

Le plus grand individualisme des wallons n’est, selon les flamands, possible que grâce à la Flandre. Et on peut dès lors comprendre que cela énerve : les flamands vont des efforts pour développer l’ensemble de leur société, et ils sont retardés en cela par les wallons qui utiliseraient une fraction de ces efforts pour les maintenir dans leur individualisme forcené. Comme tout système totalitaire tel le communisme, le système flamand ne peut s’encombrer de dissidences. Il y a donc deux solutions : soit les wallons rentrent dans le rang, accepte aussi de réaliser leur part d’effort pour le développement de la société, accepte de vivre moins bien individuellement pour permettre à termes de mieux vivre. Soit les wallons se débrouillent tout seul et laisse les efforts flamands bénéficier uniquement au développement social de la Flandre.

Les flamands sont efficaces et efficients

Je traduis régulièrement des documents en néerlandais et il est impressionnant de voir combien les flamands adorent juxtaposer les mots efficaces et efficients. C’est également pour cela que les flamands votent pour les partis ouvertement séparatistes, parce que ces partis leur promettent un état plus efficace et efficient. Que ce soit un état fédéral ou un état régional n’a absolument aucune importance. Cela explique ces fameuses différences dans les sondages entre les résultats des partis séparatistes par rapport au pourcentage de personne qui ne sont pas favorables au séparatisme. Les Flamands ne votent pas pour ces partis parce qu’ils sont séparatistes mais parce qu’ils promettent l’efficacité et, même s’ils ne sont pas favorables au séparatisme, ils voient cela soit comme un moyen efficace, soit comme un mal nécessaire.

Beaucoup de flamands affirment d’ailleurs que l’idéal, ce serait un seul état pour toute la Belgique. On ne retournera par vers cela, c’est sur. Mais le confédéralisme, c’est déjà sûr, c’est encore moins efficace que la situation actuelle, c’est continuer ce qu’on a fait jusqu’ici, rajouter des couches de complexité à la machine étatique. Seule la séparation en deux gouvernements totalement distincts peut réellement amener l’efficacité et l’efficience.

Les flamands ne sont pas démocrates

Evidemment, la démocratie est totalement inefficiente (ou inefficace). La démocratie, c’est rajouter des couches qui diminuent l’efficacité de l’appareil étatique pour permettre à ce que chacun puisse avoir une part de pouvoir de décision dans son fonctionnement. La recherche absolue de l’efficacité (ou de l’efficience) est donc un danger à termes pour la démocratie.

Par ailleurs, comme expliqué plus haut, cela transparaît également dans leur attachement viscérale à une lecture rigoriste de la loi qui est, bien sûr, un outil politique des séparatistes, mais qui convient bien aux flamands. Cette lecture intransigeante de la loi et cette application absolue sans se préoccuper de valeurs est en effet totalement en accord avec leur recherche d’efficacité qui cadre elle-même avec assez bien avec cette volonté de sacrifier le bien-être individuel de certains pour le bien être commun, puisque le sacrifice de certaines exceptions individuelles (telles les facilités) rend l’appareil étatique plus efficace et efficients.

C’est finalement ce qui est inquiétant : ces quelques traits de nos voisins du nord forment un système cohérent qui cadre parfaitement avec les valeurs encore plus ou moins d’actualité en occident : progrès, croissance, législation. Et même, cela va, dans un certain sens, dans la direction que certains qui sont considérés comme progressistes promeuvent, vers moins d’individualisme. Pourtant, je ne peux me résoudre à y adhérer : parce que je considère que les libertés individuelles et les respect de chaque individu dans toutes ses différences, avec toute l’inefficacité et la flexibilité légale que cela implique, font la base d’une véritable société démocratique. Et que c’est cela, pour moi, le véritable progrès.

Temps d’écriture : 70 minutes

Ecolo gagnant, PS qui ne perd pas trop de plume, CDH stable et MR mal barré, c’est ce qu’on peut retirer de ces élections. En Wallonie, le PS restera probablement au pouvoir malgré les affaires. Certains commentateurs politiques, les perdants souvent, s’étonne de cette résistance du PS face aux « affaires » et prenne l’exemple anglais comme déroulement « normal » des opérations. Personnellement, je suis rassuré.

Rassuré parce que nous ne tombons pas dans le vote par sensationnalisme. On connaît la presse anglaise comme celle des magazines people et des manchettes tapageuses. La presse belge suit le sillon, et même si elle en est encore loin, est aussi encline à mettre les erreurs d’individus, choquantes, en unes et ainsi résumer une idéologie, un parti ou une élection à cet enjeu. Mais voyons les choses autrement. Quelles ont été les propositions électorales des différents partis ? Ecolo avait l’avantage de la régularité et d’être le plus crédible dans son économie verte. Le PS a axé sa campagne sur l’opposition au capitalisme sauvage et a très finement joué son rejet du MR, grâce à une campagne plus agressive qu’à l’habitude. Il a en fait fait une campagne d’un parti dans l’opposition… Qu’ont proposé le MR et le CDH ? A part une critique des autres ?

On en revient à une conviction personnelle forte : les gens en ont marre de toujours entendre parler de ce qui ne va pas ou n’a pas été. Ils préfèrent de loin des propositions positives, et parlant plus du futur que du passé. Quelle est la vision d’avenir du MR, quelle est son idéologie, son axe de campagne ? A force de parler du passé, on a du mal à voir le MR dans l’avenir et dans le changement. Quelque part, le MR a de son côté fait une campagne comme un parti de la majorité, et finalement assez peu progressiste pour un mouvement réformateur.

Je trouve donc que le comportement électoral wallon est très noble, centré sur des programmes et des propositions plus que sur la polémique. Tout le monde s’étonne que le PS ne souffre pas plus des problèmes d’éthique, mais c’est parce que les gens croient, et je le crois aussi, que ces problèmes sont bien des problèmes de personnes et pas des problèmes de parti. Après, il y a toujours du clientélisme, comme dans tous les partis, mais réduire le soutien du PS a du clientélisme et à de l’assistanat est assez insultant pour les quasiment 50% des montois qui ont soutenu la liste emmenée par Di Rupo.

Les gens vote PS et Ecolo par idéologie, pour quelle raison les gens votent-ils MR ?

PS : La Wallonie est une exception notable dans le paysage européen, toujours plus à droite, toujours plus conservateur, toujours plus eurosceptique. Que les défenseurs du libéralisme se rassurent, c’est leur formation qui est à la tête du Parlement européen, qui a beaucoup plus de pouvoir sur notre vie de tous les jours que le Parlement bruxellois et wallon !

J’en ai vraiment marre. On s’en fout de vos petites guéguerres entre partis. On s’en fout de qui s’en est foutu le plus dans les poches durant sa législature, de ceux qui ont le plus de linge sale à laver. On s’en balance de savoir ce que les autres ont fait de mal et ce que vous avez fait de bien. On en a marre de vous entendre parler au passé.

Nous, ce qu’on veut, ce sont des gens qui auront les couilles de prendre des décisions. Pas de celles qui font plaisirs à son électorat, le changement ne fait jamais plaisir, mais des décisions qui sont réellement susceptible d’améliorer la situation. Pourquoi notre pays, qui disposait d’une des meilleures éducation au monde, se retrouve dans les mauvais classements ? Pourquoi un pays qui abrite les bâtiments de l’Union Européenne enferme également les immigrés dans des prisons illégales mais surtout dans les préjugés, dans la pauvreté et les stéréotypes ? Pourquoi dans un des pays des plus riches du monde des gens sont sans abris, des gens qui travaillent ne peuvent subvenir aux besoins de leurs familles, des gens qui ne travaillent pas ne peuvent pas vivre dans la dignité ?

Toutes ces questions, vous vous en foutez. Parce qu’il faut plus que 2 ans pour les régler, et que si ça vous rapporte pas de voix aux prochaines élections, ça vaut pas la peine de vous en occuper.

Entre le MR plus opportuniste et agressif que jamais, le CDH et ses valeurs rétrogrades sur toutes les questions d’éthiques, le PS obnubilé par ses problèmes internes, Ecolo plein de grandes idées pour des petits problèmes et tous les petits partis extrêmes plus polémiques que jamais, sans réelle proposition de programme cohérent, je ne sais pas qui pourrait bien faire quelque chose de bien de mon vote. A voir les débats sur la Une, personne apparemment…