Un des arguments qui poussent certaines personnes à vouloir mettre les plus faibles encore plus dans la merde en les privant du minimum qui vise à leur assurer une vie digne (c’est un droit fondamental, mais les chômeurs longues durées, les étrangers, les SDF, les handicapés ou les artistes ne semblent pas y avoir droit – bon), c’est de pointer leur responsabilité individuelle dans leur situation. C’est un argument stupide

Moi, je crois que la réussite est une question de capital. Les gens qui disposent d’un plus grand capital financier, culturel, social, relationnel sont ceux qui vont se voir offrir le plus d’opportunités. Ce sont aussi ceux qui vont avoir les moyens de se saisir de ces opportunités afin de faire fructifier ce capital. Ceux qui ont peu de capital (pensez, les pauvres qui n’ont pas de diplôme, qui ne connaissent que leurs voisins et ne disposent pas des codes sociaux liés à la réussite) ne vont pas se voir proposer beaucoup d’opportunités, ne seront pas à même de les identifier, et encore moins de les saisir afin d’augmenter leur capital. C’est pour cela que nos sociétés doivent mettre en place des mécanismes afin de compenser cette différence de capital. C’est à ça que sert l’école gratuite et obligatoire, le revenu minimum garanti, l’assurance-chômage, les syndicats ou l’article 21 pour l’accès à la culture, pour prendre quelques exemples (qui sont loin d’être parfaits). Diminuer les revenus de remplacement, l’accès à un enseignement de qualité ou à la culture, c’est diminuer les chances que les plus faibles aient la possibilité de s’en sortir.

Mais faisons comme si ce n’était pas vrai. Faisons comme si cette capacité à saisir les opportunités n’étaient pas lié au milieu, à la famille, à l’endroit où on vit, à la couleur de peau ou au sexe, à l'(in)validité ou à tout autre facteur extérieur qui influence la capacité des gens à « réussir ». Imaginons que cette « volonté de réussir », ce « désir de s’en sortir » n’est pas un sous-produit du capital socio-économico-culturel dont on bénéficie, mais que cela vient exclusivement de sa propre personne. En d’autres termes, que la réussite, c’est génétique. Que la capacité à rebondir, à analyser ses échecs pour construire des succès, à rencontrer les bonnes personnes et à s’investir dans les bons domaines au bon moment, ce n’est pas quelque chose qu’on acquiert au contact de la société, mais qui est inné (oui, c’est absurde, mais c’est ce que semble avancer certaines personnes). Imaginons que ceux qui ne réussissent pas, c’est parce qu’ils sont fainéants ou parasites, et que cela, ce n’est pas non plus une résultante de l’éducation et du milieu, mais de la personne elle-même. Dans ce cas-là, si la réussite est un déterminisme génétique, cela justifie encore moins que, dans une société développée comme la nôtre, on laisse tomber ceux qui n’ont pas eu de chance à la loterie de la vie et se retrouvent bien malgré eux incapable de réussir.

Quel que soit votre vision, de toute façon, je ne vois pas ce qui peut justifier la diminution du soutien de ceux qui réussisent moins au profit de ceux qui réussissent le mieux.