Je n’aime plus le porno. Je ne comprends pas les gens qui en deviennent addict. Il n’y a rien de plus plat, de plus chiant, de plus anti-bandant que le porno. Je me souviens que quand j’étais plus jeune, avant elle, j’appréciais encore bien les quelques minutes passées devant l’un ou l’autre extrait hard qu’on pouvait glâner sur la toile. Je me souviens que cela suffisait. Plus maintenant.

La première fois que nous avons eu des relations intimes, j’ai su que je ne pourrais plus jamais voir le porno de la même façon. C’était si différent de ce que je connaissais, différent de ce qu’on pouvait voir. D’abord, parce que son corps était parfait, encore totalement épargné par les affres de l’âge. Depuis le pli qui se formait entre ses fesses et ses jambes jusqu’à la courbe de son cou derrière ses cheveux blonds, tout n’était que beauté chez elle. Mais le plus beau était son abandon. Je ne connaitrai sans doute plus jamais une personne capable de me faire sentir comme elle me faisait sentir. Lorsque nous étions ensemble, que je lui écartais délicatement les cuisses pour y pénétrer d’abord de mes doigts puis de mon sexe, je me sentais vraiment homme, dominant. Le guide de notre plaisir à tout les deux.

Car oui, elle avait du plaisir. Elle ne le disait pas, et ceux qui connaissaient notre histoire en doutaient, mais moi, je le sais, je le sentais à ses frémissements. La première fois, non. Elle avait un peu crié. Je crois que c’est la vue du sang qui s’écoulait de son sexe qui lui a fait peur. Je n’ai pas aimé cela non plus, je dois le dire, mais si je savais que cela arriverait, et je m’y étais préparé. Le sang m’a toujours mis mal à l’aise. J’ai d’ailleurs une phobie de ce qui tranche ou pique… Les couteaux, aiguilles et autres agraphes, très peu pour moi. J’ai la chance d’avoir un travail de bureau, ou le risque de voir quelqu’un se blesser est limité à une coupure par une feuille de papier. J’admire ceux qui sont capables d’aller travailler en usine ou sur chantier, et qui manipulent tous les jours des machines où le risque de se blesser est loin d’être négligeable. Une seconde d’inattention, et voilà votre doigt tranché, ou pire… Si je ne suis pas attentif, moi, tout ce que je risque, c’est de fermer un fichier dont je n’aurais pas enregistré les modifications. Ma condition n’est pas à plaindre, même si le grand air et l’activité physique ne font pas partie de mon quotidien.

Enfin, pour l’activité physique, je compensais avec elle. Après la première fois, il a fallu attendre quelques semaines pour qu’il y en ai une seconde. Mais par la suite, nous sommes devenus plus régulier, jusqu’à ce que ce soit elle, ma demi-heure de sport quotidienne. Elle comprenait tout de suite, à mon regard, quand c’était le moment. Elle s’interrompait alors dans ses activités, souvent du dessin, et attendait que je la rejoigne. A ce moment-là, elle était tout à moi. Elle frissonait sous mes caresses, sursautait sous mes baisers, gémissait lorsque je la pénétrais. Mes sensations, c’était avant tout ses réactions. Voilà pourquoi le porno ne peut la remplacer. Les réactions dans ces films sont fabriquées, elles n’ont rien du naturel de celles que je vivais en direct avec elle, elle n’ont rien de la simplicité et de la force qui me donnait envie d’elle tous les jours, parfois deux fois par jour, lorsque notre planning nous le permettait.

Jusqu’à ce qu’elle saigne, pour la deuxième fois. Je savais que cela devait arriver, mais je ne m’y étais pas préparé, je n’y étais pas prêt. Un peu comme un ouvrier sur un chantier, sa vigilance endormie par la routine et par l’impression de maîtrise totale, qui ne voit pas que dans les recoins de sa machine, une pièce est en train de s’abîmer. Et lorsqu’il le voit, c’est trop tard, il ne pourra plus jamais la réparer, il doit la remplacer. C’est ce que j’ai vu dans le regard de ma belle lorsqu’elle a saigné pour la seconde fois. J’ai vu que son abandon n’était plus le même, et qu’il ne pourrait jamais etre recouvré. Alors, après avoir joui sur sa poitrine naissante, je l’ai étranglée. Elle ne s’est pas débattue, pas vraiment.

Depuis, même si je ne comprends toujours pas qu’on puisse devenir « porn addict », je compense son absence en regardant des extraits de porno sur le web. Pour la demi-heure de sport quotidienne, par contre, je n’ai pas encore trouvé comment la remplacer.