On l’avait insulté, et ça l’avait fâché. Enervé. Retourné. Il n’était pas du genre à se laisser insulter, sauf par son père, pour ne pas rendre les choses plus difficiles. Mais par les autres, surtout les « autres », jamais.

Il était dans la rue quand c’est arrivé. Une des rues pas loin de son appart, celui qu’il venait d’acheter. Il avait été séduit par le parquet en bois plein, les grands espaces, la lumière et surtout le prix. Alors, il avait acheté.

Quand il est séduit, il est vraiment quelqu’un de sympa. Il ne regarde pas aux détails, il ne fait pas attention aux pièges, et il en veut à peine à ceux qui « le baisent », comme il dit, parce qu’il sait que c’est aussi un peu de sa faute. Au final, il n’est pas bien méchant, il suffit de le séduire pour obtenir de lui ce qu’on souhaite.

Beaucoup d’hommes l’ont séduit, beaucoup de femmes aussi. Ils ont obtenu beaucoup, parfois sans le demander, souvent en en profitant. Il faut dire qu’il a beaucoup à donner. Pas nécessairement beaucoup d’amour, mais beaucoup d’argent. C’est souvent bien assez. A son père, par contre, il ne donne pas. Son père est sans doute la seule personne qui ne pourra plus jamais le charmer. Pas maintenant. Pas après les insultes auxquelles il ne réagit pas. Pourtant, parfois, il se dit que s’il lui donnait un peu, son père arrêterait de lui reprocher ses choix, son argent, son métier. Il se dit que même s’il n’est pas charmé, même s’il n’est pas charmant, peut-être qu’il pourrait adoucir son père en lui donnant. Peut-être que son père est comme lui, malléable lorsque qu’il est sous le charme. Et peut-être que l’argent est suffisamment charmant aux yeux de son père.

Ce sont les questions qu’il se pose lorsque son père l’insulte. Mais pas lorsqu’un « autre », dans une rue près de son appartement, un samedi en début de soirée, lui manque de respect. Au début, il est passé sans rien dire, sans vraiment réagir, le temps que l’insulte parvienne de sa tête à son estomac. Il se retourne alors. L’autre est seul et lui tourne le dos, il avance dans la direction opposée à la sienne. L’insulte grossit dans son estomac, elle prend toute la place au point que la fumée de sa cigarette ne peut même plus y pénétrer. Il balance le mégot sur le trottoir, fait demi-tour et se saisit d’un objet lourd, il ne sait pas exactement quoi, il avance rapidement maintenant, et son coeur bat plus vite, il rattrape l’autre et donne un grand coup dans son genou avec l’objet. L’autre s’effondre sur le dos, au sol. Dans son regard, la question « Pourquoi? ». Il ne sait plus pourquoi, il ne se souvient plus de l’insulte, il se souvient juste d’avoir été insulté, et cela a grossit dans son estomac. Mais on donnant des coups de pieds dans le visage de l’autre au sol, qui a maintenant perdu connaissance, sans crier, ou peut-être en criant juste un peu, il sent la boule s’évacuer et se loger dans le visage de l’autre qui enfle.

Il se sent mieux maintenant, quand il allume une nouvelle cigarette dans son salon en parquet plein, baigné de lumière. Il l’a décidé, son appartement serait fumeur.