Franchement, en tant que citoyen belge, d’origine belge, qui ressemble à un belge, qui a bien l’air cisgenre comme il faut, et qui est un homme de surcroit, je dois une grosse baise à Théo et à Jan. Sur les deux joues, comme on fait dans nos campagnes bien belges, là où les femmes sont libres (de faire la cuisine) et où les marocains ne s’installent pas (parce qu’ils seraient rejetés par tous). Avec leurs gesticulations, je peux me transformer en anti-raciste, en défenseur de toutes les minorités, à bon compte, et sans changer mes habitudes de dominant.

Parce que pendant que je m’insurge, à raison, contre les saillies d’une débilité tellement évidente qu’elles ne peuvent que cacher un handicap mental, contre les relents homophobes de vieux emails qui cachent certainement l’envie de se faire baiser comme une tapette dans une backroom de la Démence, contre des propos racistes typiques de ceux qui se sont faits refouler par une arabe voilée bien trop peu discrète pour ne pas avoir envie d’un étalon BBB pour la chevaucher, oui, pendant ce temps-là, je ne réfléchis pas à mes petites habitudes de vérifier mon portefeuille à l’arrière de mon pantalon quand un groupe d’allochtones passe derrière moi, aux légendes urbaines sur la vie sexuelle des LGBTQI que je prends plaisir à colporter, à ma réaction de recul et de malaise quand un trisomique prend place à côté de moi dans le métro, ou pire, quand un pauvre s’installe dans le café où je prends mon expresso du matin, au paternalisme dont je fais parfois preuve vis-à-vis de collègues féminines.

Bisous à tous les deux!

Note de la rédaction: ce billet a été écrit contre services sexuels, mais je ne vous dit pas duquel des deux.