Je suis un enfant du socialisme.

Ma grand-mère paternelle était une militante socialiste convaincue, membre du Parti pendant de nombreuses dizaines d’années. Les dernières discussions que j’ai eues avec elle, avant qu’Alzheimer emporte son esprit, portaient sur les droits des travailleurs, et sur la difficulté de se débarasser des profiteurs du Parti.

Mon grand-père paternel, que j’ai moins connu, a travaillé au bureau du plan. Quand il a du quitter son travail pour cause de maladie, le Parti l’a oublié, comme ça se fait, j’imagine.

Mon grand-père maternel est venu depuis l’Italie en France et en Belgique, son diplôme de l’enseignement primaire acquis grâce à Mussolini, pour travailler dans les mines, avec sa famille qui a compté, en tout, 8 enfants.

Ma grand-mère maternelle me raconte parfois ses histoires du racisme des belges face aux italiens, elle qui ne sait ni lire, ni écrire. Elle me dit pourtant toujours « La Belgique, ce serait le paradis, s’il y avait du soleil ».

Ma mère est enseignante, syndicaliste, aux valeurs de gauche ancrées mais non politisées. Lorsque notre premier ministre faisait campagne pour devenir bourgmestre de Mons, il y a pas mal d’années déjà, elle l’avait pourtant accueilli à la maison et invité quelques collègues afin de discuter avec lui du programme du Parti. Moi, j’étais un enfant, et je jouais, dans la pièce à côté.

Mon père représente la « gauche caviar » si décriée. Il gagne très bien sa vie grâce à son travail, continue à soutenir inlassablement les valeurs de gauche et le Parti, et est fier de reverser une partie importante de ses revenus importants à la communauté.

Moi-même, j’ai étudié à l’ULB et je rate rarement des occasions de défendre la gauche, et le PS aussi. J’ai été étudiant-administrateur à l’ULB (et assez médiocre dans ce rôle), avec des personnes comme Benjamin Pestiau, Renaud Maes et plusieurs présidents de la FEF. J’ai milité pour les droits humaisn en tant que bénévole et stagiaire au sein d’Amnesty International.

J’ai accepté, au nom du réalisme politique, beaucoup de contorsions intellectuelles pour justifier le fait que le PS favorise le capital sur le travail, l’économie sur le bien-être, l’argent sur les valeurs. J’ai fermé les yeux sur les problèmes internes liés au Parti, considérant qu’ils étaient le pendant malheureux d’une politique de proximité qui a tenu l’extrême droite éloignée des terres wallonnes pendant qu’elle sévit partout ailleurs en Europe.

Mais ce qui se passe à l’heure actuelle à l’Eglise de Gésu, ça, je ne peux m’y résoudre.

Je travaille maintenant au sein de la Commission Européenne. Dans mon couloir, il y a un poster reprenant la « Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne ». Le pemier de ces droits est le droit à la dignité. Le PS a aujourd’hui posé l’acte supplémentaire qui viole ce droit, déjà bafoué pour ces centaines de personnes qui vivaient dans un squat depuis 7 ans, en les mettant à la rue aux portes de l’hiver. Il l’a bafoué à l’aide de dizaines de combis de flics et de centaines de policiers payés avec l’argent que mon père verse aux impôts, avec la sueur que ma mère a mis dans ses combats pour les droits des travailleurs, avec la ferveur de ma grand-mère pour la défense de son parti, avec les poumons que mon grand-père a laissé dans les mines belges.

S’il doit continuer à détruire tout ce qu’il a été, tout ce qu’il a représenté pour beaucoup de belges, le PS le fera maintenant sans ma voix.