Pourtant, ça avait bien commencé. Eden d’Hooverphonic m’avait enchanté et mené vers la découverte des grands du trip-hop anglais, l’album Fear Of The Flood de Lowpass laissait même espérer une véritable scène trip-hop industrielle belge de qualité,  Ghinzu animait des lives détonnants avec ses morceaux tirés de ses deux premiers albums assez excellents tandis que dEUS pouvait s’assoir sur 3 albums de grande qualité et sur une réputation excellente lui permettrant même une incursion pas trop ratée dans la musique électronique avec le projet Magnus. Leurs petits frères, Soulwax, avait pondu un deuxième album rock correct et on fait danser le monde entier, moi compris, avec leur projet de mash-up un brin putassier mais drôlement efficace « 2 Many DJ’s » suivi encore par leur meilleur album en groupe « Any Minute Now ».

J’en ai écouté, des pépites, venant de Belgique. Le premier album d’An Pierlé, qu’elle jouait presque seul, perchée sur son ballon transparent. Ces morceaux déstructurés, simple mais puissants. Les concerts assis de Girls In Hawaii où le batteur (paix à son âme) se défoulait sur une batterie électronique qui faisait perdre le côté insupportablement champêtre et sans ambition de leur premier EP, acheté à la sortie d’un concert. La première version du premier groupe d’Anthony Sinatra, Piano Club, bien plus directe et puissante que tout ce qu’il a pu faire par la suite et donc quelques chanceux gardent des traces sur des CDs gravés vendu 5 euros après le concert (avec une pochette photocopiée). Les concerts fiévreux de Starving où la Plaine de Dour se laissait aller à la grivoiserie de la chanteuse affirmant qu’elle a « envie de baiser », la deuxième édition de Riff’s & Bips à Mons où la chanteuse de Soldout, encore timide à l’époque, se faisait accompagner, sur scène, dans un moment unique, des musiciens de Ghinzu et de Superlux, avant d’ouvrir la voie à un side project encore inconnu de Sneaker Pimps, en perte de vitesse, venu se réfugier sous le nom I AM X sur le label belge BANG!, à l’époque encore innovant, avant qu’il ne se fasse phagocyter par PIAS. On pouvait même croire, à la sortie du Boutik Rock, que des collectifs comme Jaune Orange allait permettre l’émergence d’une scène de qualité en Belgique francophone.

Mais au fil des ans, on retrouve toujours les mêmes noms sur les compilations de Jaune Orange et au Boutik Rock, sans qu’aucun puisse réellement se produire ou se faire publier ailleurs. An Pierlé joue avec un orchestre de pacotille et les changements intempestifs à la voix d’Hooverphonic ont aseptisés les sons du groupe. dEUS est devenu le U2 belge, Soulwax ne fait que ré-éditer ce qu’il ont déjà fait, en moins bien. Ghinzu peine à se renouveler tandis que les deuxièmes albums de Superlux et Soldout sont des demis-plantages.

Mais ce qui marche bien est encore pire ! A côté de la scène « pop champêtre » menée par Girls in Hawaii et suivie par un nombre incalculable de groupes aussi inintéressants les uns que les autres, on assiste à des tentatives de rock garage qui ne convainquent que les ados prépubères (the dIPLOMAT, Hollywood Porn Star,…). Certes, il se passe de temps à l’autre, un truc plus ou moins intéressant de l’autre côté de la frontière si on dépasse le bourrin attitude de nos amis du Nord (Goose, Ths Subs). Mais bon, c’est loin d’être de l’ordre de la révélation musicale et cela tient plus du divertimento, que d’autre chose.

Reste à s’intéressez à des micro-initiatives vouées à rester méconnues et à être exclues des plus grandes scènes bruxelloises (et donc, encore plus, des scènes hors Bruxelles). Pour cela, on peut remercier les communautés flamande et française d’investir là où c’est susceptible de devenir rentable plutôt que de soutenir une véritable diversité et une scène musicale qui a un sens autre que l’entertainement pur.