En marchant depuis la gare de Boitsfort vers Emakina, mon iPhone en mode aléatoire m’a mis dans l’oreille le morceau d’Alain Souchon « Foule Sentimentale ». Dans cet titre, Souchon fustige la publicité qui « nous inflige des désirs qui nous affligent », alors que la foule serait attirée par « les étoiles, les voiles. Que des choses pas commerciales ». J’imagine qu’en 1993, date de sa sortie sur l’album « C’est déjà ça » (excellent album au demeurant), le texte devait être pertinent. Il ne l’est plus.

Au contraire, en 2013, la publicité est devenu un vecteur de valeurs bien plus important que la politique. La politique, dans nos sociétés démocratiques, se résume à la gestion (on équilibre les entrées et les sorties de l’entreprise-état afin que celui-ci fournisse un produit qui convienne à un maximum de personne). Et quand elle se fait porteuse de valeurs, ce sont l’exclusion, la stigmatisation, l’individualisme. C’est encore bien pire dans les dictatures et autres théocraties.

Cela a laissé le champ libre pour la publicité afin de s’approprier ce côté sentimental des foules. Dove lutte pour moins de stigmatisation du corps des femmes, Red Bull pour l’ouverture au monde et aux expériences qui sortent du cadre de nos vies gérées par l’état-entreprise. Bien sûr, ces valeurs sentimentales, les marques les promeuvent dans des buts commerciaux. Mais, comme dirait Souchon, « c’est déjà ça ».

Quand à moi, je continuerais à partager mon dégoût de cette époque, et mon pessimisme sur son évolution, via Twitter, sous le hashtag #2013.

PS : si vous voulez sentir l’époque bien mieux que je ne pourrai jamais la décrire, je vous recommande « Plus rien de m’étonne » de Orelsan ou « Mickey Mouse » et « La Violence » de Veence Hanao