Normalement, cet article de blog aurait pu être sur le Café Numérique de ce mercredi qui parlait de Google (@olisushi en a déjà fait un compte-rendu). Mais la soirée du lendemain s’avère être tellement bonne que je ne pouvais que lui consacrer les quelques lignes qui vont suivre. Il s’agissait simplement du concert de themselves au Botanique.

Source : http://www.comfortcomes.com/

Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est à dire beaucoup, themselves est un des groupes du label/collectif américain Anticon. C’est un duo constitué de doseone (que vous avez pu voir dans plein de projets – CLOUDDead, 13 & God – et plein de collaboration – TTC par exemple) et Jel, surtout producteur et tête pensante de Anticon. Quand on connaît un petit peu les deux lascars, on s’attend à quelque chose de très bien en achetant la place pour leur concert. Mais ce que j’ai vu hier était plus que très bien, c’était une véritable claque musicale, une bombe. Et ceux qui me connaissent savent que j’utilise rarement ces mots.

Difficile de commencer quelque part pour décrire en quoi leur live était exceptionnel. Au final, ils sont deux sur scène sans autres instruments que quelques samplers, boites à rythme et l’un ou l’autre instrument de bidouillage électronique. Mais quand ils sont sur scène, on ne voit pourtant qu’eux. C’est sans doute le look « crète punk » de doseone qui attire le regard, mais c’est surtout les blagues, pas toujours facile à suivrent, qu’ils déclament entre chaque titre.

Et quels titres ! Sans en reconnaître aucun (je n’avais jamais écouté d’albums de themselves, en fait), la puissance qu’ils dégageent était impressionante. L’instrumentation électronique est principalement reproduite live. Elle est riche, sombre, écrasante, sans pourtant écraser le flow. Ce flow d’ailleurs devraient inspirer la plus grande humilité à la plupart des rappeurs (et je pense en particulier aux rappeurs français). Avec le débit d’une mitraillette, doseone assène mots et sons ciselés avec une assurance et une maîtrise tellement naturelle que cela en devient irréel. Son timbre si particulier lui permet en plus d’offrir une variété de sons originaux à ses paroles, qu’il modifie encore en live. C’est tout simplement parfait ! Certains regretteront de ne pas pouvoir comprendre les paroles, mais les sons sont tellement évoquateurs que cela en devient inutile, même si je ne doute pas que les textes soient assez engagés politiquement, comme dans l’ensemble des travaux de Anticon.

En plus de cet aspect technique remarquable, le propos artistique lui-même est formidable. Si le hip-hop du collectif a été qualifié d’abstract, d’intellectuel et d’avant-garde, themselves se fout de ces appellations. Leur musique est d’ailleurs emprunte de références aux racines du hip-hop (samples de cuivres parsemés, ligne de basse touchant parfois au funk) tout en les enrichissant en tout point. Cela donne l’impression que le groupe construit une musique qui serait l’aboutissement de ce que peut être le hip-hop, mais qui pourrait tout autant être sont origine. Si la musique peut au premier abord rebuter par sa complexité, une fois cette impression dépassée, themselves apparaît soudain comme une évidence. Le résultat n’a rien d’expérimental, il est juste riche.

Bref, au final, vous l’aurez compris, dès aujourd’hui, je n’accepterai plus le jugement définitif si souvent entendu « Le hip-hop, c’est de la merde » si la personne qui le prononce n’a pas vu themselves en concert.