Je suis né à Mons, je vis à Bruxelles depuis 5 ans et je travaille à Mechelen depuis 5 mois. Je m’intéresse beaucoup aux réflexions de mes collègues falamnds et de mon professeur de néerlandais, lui-même très férus de comparaison entre le nord et le sud. Ces différentes réflexions qui suivent sur les flamands sont issues de ces différentes discussions, des informations glanées ici et là. Elle visent autant à montrer que les commentateurs francophones se trompent parfois quand ils parlent de nos amis du nord mais sans complaisance par rapport à des éléments de la mentalité flamande qui, combinés, rendent cette communauté dangereuse sur le plan politique. Il n’empêche que les flamands, comme les francophones, sont drôles, agréables à vivre et intéressant sur le plan personnel.
Les flamands respectent la loi
Nos voisins du nord sont très attachés au respect de la loi et de la constitution. Et il est indubitable qu’en cela, ils ont raison. Dans une situation complexe et fortement émotionnelle, rien de tel qu’une loi pour clarifier une situation. Ils vont très loin dans le respect des lois. Par exemple, il est impensable de changer les lois, même si celle-ci sont devenues absurdes. Ainsi, la frontière linguistique tel qu’elle existe actuellement ne correspond pas (ou plus) à la réalité, mais le fait qu’elle soit inscrite dans la loi suffit à ne pas devoir la remettre en question.
Le respect des lois est par ailleurs plus importants que les valeurs ou que l’humanisme. C’est une approche que je comprends parfaitement, le respect des lois lui-même doit garantir le respect de ces valeurs, puisque les lois sont sensées, dans notre pays, être inspirées par ces valeurs. Ainsi, nommer des bourgmestres élus en contrevenant à certaines dispositions légales ne peut être considéré, par nos amis du nord du pays, comme un acte qui aille dans le sens d’un respect des valeurs démocratiques et de respect de droits des minorités, car cela ne correspond pas à la loi, qui est seule garante de ces valeurs.
Les flamands sont communistes
Oui, les flamands votent massivement à droite, mais pour des raisons qui sont assez proches de ce qui pourrait motiver les gens à voter vers les partis d’extrême gauche. Les flamands sont prêts à sacrifier leur bien-être individuel, faire énormément d’effort personnel, si cela peut amener à un développement de l’ensemble de la société. On ne parle pas d’égalité ici, mais juste d’une diminution importante de la place du bien-être individuel immédiat au profit d’un développement socio-économique futur qui devrait, à termes, amener plus de bien-être individuel. Ainsi, le libéralisme capitalistique se base à présent sur des arguments autrefois utilisés par l’extrême gauche. Plus question ici de dire que le fait de stimuler les individus vont permettre de développer une société forte et libre, mais bien que les individus vont devoir se résoudre à être moins libre et moins riche pour permettre le développement capitalistique, qui au final offrira plus de liberté aux individus. Le fait est que ça marche… La Flandre est plus riche, et les flamands payent moins de taxes, parce qu’ils ont été d’accord de faire des sacrifices à certains moments cruciaux.
Le problème vient évidemment quand le système comporte une partie, une région, une ville, qui n’est pas d’accord avec le principe, une région où le bien-être des individus est plus important que la richesse globale. C’est le cas en Wallonie. C’est ce qui explique les syndicats plus revendicatifs, même sur des affaires d’individus. C’est ce qui explique le soutien populaire pour un système d’aide social très généreux. C’est ce qui explique la gauche individualiste du Parti Socialiste, loin du collectivisme capitaliste de certains partis de droite. C’est ce qui explique aussi le développement plus lent du la Wallonie sur le plan économique.
Le plus grand individualisme des wallons n’est, selon les flamands, possible que grâce à la Flandre. Et on peut dès lors comprendre que cela énerve : les flamands vont des efforts pour développer l’ensemble de leur société, et ils sont retardés en cela par les wallons qui utiliseraient une fraction de ces efforts pour les maintenir dans leur individualisme forcené. Comme tout système totalitaire tel le communisme, le système flamand ne peut s’encombrer de dissidences. Il y a donc deux solutions : soit les wallons rentrent dans le rang, accepte aussi de réaliser leur part d’effort pour le développement de la société, accepte de vivre moins bien individuellement pour permettre à termes de mieux vivre. Soit les wallons se débrouillent tout seul et laisse les efforts flamands bénéficier uniquement au développement social de la Flandre.
Les flamands sont efficaces et efficients
Je traduis régulièrement des documents en néerlandais et il est impressionnant de voir combien les flamands adorent juxtaposer les mots efficaces et efficients. C’est également pour cela que les flamands votent pour les partis ouvertement séparatistes, parce que ces partis leur promettent un état plus efficace et efficient. Que ce soit un état fédéral ou un état régional n’a absolument aucune importance. Cela explique ces fameuses différences dans les sondages entre les résultats des partis séparatistes par rapport au pourcentage de personne qui ne sont pas favorables au séparatisme. Les Flamands ne votent pas pour ces partis parce qu’ils sont séparatistes mais parce qu’ils promettent l’efficacité et, même s’ils ne sont pas favorables au séparatisme, ils voient cela soit comme un moyen efficace, soit comme un mal nécessaire.
Beaucoup de flamands affirment d’ailleurs que l’idéal, ce serait un seul état pour toute la Belgique. On ne retournera par vers cela, c’est sur. Mais le confédéralisme, c’est déjà sûr, c’est encore moins efficace que la situation actuelle, c’est continuer ce qu’on a fait jusqu’ici, rajouter des couches de complexité à la machine étatique. Seule la séparation en deux gouvernements totalement distincts peut réellement amener l’efficacité et l’efficience.
Les flamands ne sont pas démocrates
Evidemment, la démocratie est totalement inefficiente (ou inefficace). La démocratie, c’est rajouter des couches qui diminuent l’efficacité de l’appareil étatique pour permettre à ce que chacun puisse avoir une part de pouvoir de décision dans son fonctionnement. La recherche absolue de l’efficacité (ou de l’efficience) est donc un danger à termes pour la démocratie.
Par ailleurs, comme expliqué plus haut, cela transparaît également dans leur attachement viscérale à une lecture rigoriste de la loi qui est, bien sûr, un outil politique des séparatistes, mais qui convient bien aux flamands. Cette lecture intransigeante de la loi et cette application absolue sans se préoccuper de valeurs est en effet totalement en accord avec leur recherche d’efficacité qui cadre elle-même avec assez bien avec cette volonté de sacrifier le bien-être individuel de certains pour le bien être commun, puisque le sacrifice de certaines exceptions individuelles (telles les facilités) rend l’appareil étatique plus efficace et efficients.
C’est finalement ce qui est inquiétant : ces quelques traits de nos voisins du nord forment un système cohérent qui cadre parfaitement avec les valeurs encore plus ou moins d’actualité en occident : progrès, croissance, législation. Et même, cela va, dans un certain sens, dans la direction que certains qui sont considérés comme progressistes promeuvent, vers moins d’individualisme. Pourtant, je ne peux me résoudre à y adhérer : parce que je considère que les libertés individuelles et les respect de chaque individu dans toutes ses différences, avec toute l’inefficacité et la flexibilité légale que cela implique, font la base d’une véritable société démocratique. Et que c’est cela, pour moi, le véritable progrès.
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Les flamands, forcenés du respect de la loi … ? Apparemment pas toutes les lois: payer ses impôts par exemple…. C’est plutôt là une image que les flamands veulent donner d’eux-mêmes. Ce qui est vrai, c’est qu’ils sont – comme les hollandais les allemands- plus soucieux de l’ordre dans l’espace collectif. Les wallons sont plus latins, plus « bordéliques », plus tolérant pour le désordre dans l’espace collectif.
Je pense au contraire que les flamands sont, à certains points de vue, plus individualistes que les wallons. Ainsi, par exemple, la solidarité syndicale est clairement plus affirmée chez les wallons.
A mon avis, ce qui semble être un « esprit plus collectif » est à relier à un sentiment d’appartenance « nationaliste » qui n’existe pas chez les wallons et qui se traduit par « prendre au sérieux » l’image que l’on donne de soi collectivement en tant que flamand. Plaisante-t-on en Flandre avec le fait d’être flamand ? Apparemment c’est plutôt réservé à une minorité. Et comme souvent, dans une collectivité où existe une pression conformiste, les révoltés sont les plus beaux! Je pense qu’il y a plus d’auto dérision » quotidienne » chez les wallons.
Enfin, je crois que l’image de « cigale wallonne » face à la « fourmi flamande » est essentiellement une illusion, entretenue par un certain nationalisme flamand. Dans les comportements individuels, je peux assurer que, dans le milieu du travail, les jeunes flamands sont plus exigeants quant au respect de leur vie hors travail et de leurs loisirs que les jeunes wallons. Cela se traduit d’ailleurs dans les statistiques de temps de travail moyen. Au niveau économique, il y a beaucoup à dire pour démontrer que c’est en grande partie une illusion, et dans tous les secteurs y compris en sécurité sociale.
Je vois plutôt l’origine des différences de valeur collectives entre flamands et wallons reliées à une cause sociologique et historique: le wallon a un fondement social historique basé sur le salariat et l’administration publique; le flamand a un fondement social historique basé sur le paysannat et sur l’entreprise individuelle (qui est le développement naturel du premier).
Bon, c’est mon avis… rien de plus.
Les flamands perçoivent, à juste titre parfois, la solidarité syndicale comme quelque chose à but individuel, ce qui est assez vrai. Il s’agit bien de protéger les droits d’individus face à un employeur, souvent entreprise, perçu comme participant à l’objectif collectif de progrès sociétal qui se limite, en grande partie en Flandre, au progrès en termes économiques.
Par contre, effectivement, je constate également qu’en termes de comportement individuel, il n’y a pas de réelle différence wallon/flamand sur le plan du travail, peut-être même effectivement plus de flamands qui sont intransigeant sur leurs « heures » que de wallons. Mais je ne crois pas que c’est tellement lié à une volonté de préserver ses libertés individuelles mais plus une question de rigidité face à un contrat, le simple fait de faire ce qu’on demande, ni plus ni moins.
Il est clair que ces différences proviennent de l’évolution socio-économique assez différente des deux régions
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bonjour,
J’ai passée mon enfance jusqu’à l’age de 14 ans à Proven. Ma mère est flamande, je peux même affirmer flamingante. Je ne partage pas du tout votre analyse. Mon enfance a été bercée par des chants proférées contre les wallons, fainéants etc…à cette époque la Wallonie faisait encore des transferts du sud vers le nord. J’ai renoncé à cette culture flamande de mon plein gré. J’estime que les flamands ne sont pas stupides, lorsqu’ils votent à 46 % pour des partis séparatistes, ils savent ce qu’ils font! Cela fait 46% de séparatistes pur jus. Affirmer le contraire c’est non seulement trouver des excuses, mais également infantiliser les gens qui agissent dans cette direction! Ça a été la grande erreur des politiques francophones d’affirmer que ces idées n’étaient pas partagées par la population flamande. On vient de récolter le résultat de ces mauvaises analyses. De plus trouver des excuses à des votes nationalistes est pousser les gens dans cette direction, en minimisant l’impact de leur vote. Cela ne me dérange pas que les flamands désirent l’indépendance, mais j’aimerais qu’ils assument leur geste. Lorsque vous interrogez des flamands, ils offrent toujours une image de personne ouverte aux autres cultures, mais dès qu’ils sont entre eux les discours changent. En tant que francophone , même si votre néerlandais est parfait, ils ne vous donneront jamais le fond de leur pensée. Votre analyse est bien gentille, mais elle a un gout de guimauve! autre fable qui est entretenue par les flamands est leur bilinguisme et le fait qu’ils sont soi-disant plus travailleur. ?Ils sont individualistes, un francophone même bilingue aura moins de chance de trouver un emploi à BXL qu’un flamand unilingue. Sur les demandes d’emplois à bxl, il est souvent indiqué qu’il faut avoir comme langue maternelle le néerlandais. Alors communistes peut-être mais juste entre flamands, autre chose les flamands sont toujours persuadés que tous leurs petits problèmes sont causés par les wallons. alors qu’ils vivent très bien. Ils devraient prendre de temps en temps l’avion, parcourir le monde (pas pour aller dans des hôtels 4 étoiles)pour réaliser ce que vivent certaines personnes qui n’ont même pas d;eau potable ou de toilettes à leur disposition.ou de savoir si ils vont avoir un peu de farine pour nourrir leurs enfants! Ça ce se sont des problèmes! Alors que le flamand moyen risque de perdre une de ses deux ou trois voitures cela me semble peu important et à l’opposé du communisme.
Danielle,
Je suis entièrement d’accord avec vous quand vous dites qu’ils savent ce qu’ils font quand ils votent pour des partis régionalistes. Je dis juste que les raisons pour lesquelles les flamands recherchent l’indépendance est liée à une recherche de l’efficacité de l’état et de bien-être collectif plus que simplement l’affirmation d’une identité culturelle propre.
Je pense que la plupart des occidentaux, qu’ils soient flamands ou non, vont toujours s’affirmer comme ouvert sur les autres cultures et le sont toujours beaucoup moins qu’ils l’affirment. Les flamands ne sortent donc pas particulièrement du lot à ce niveau. C’est à dire que le discours sera toujours : « je n’ai rien contre [mettre ici le nom d'une groupe social], mais, quand mêmes, ils… C’est évidemment dommage et ma démarche était d’un peu casser cette dynamique en allant plus loin que les clichés.
Quand à l’argument de se comparer à des pays pauvres, il est simplement fallacieux. Le fait que d’autres vivent moins bien que nous ne doit pas nous pousser à ne pas vouloir vivre mieux. Par contre, je suis convaincu que la direction politique prise par les flamands n’est pas la bonne pour arriver à cette objectif.