C’est triste ce qu’on voit au nom de la liberté d’expression. Il y a peu, mon ami @mateusz dénonçait un fail de Sud Presse qui avait utilisé une vidéo taguée par le site fdesouche dans un de ces articles. Si son point de vue, dans l’absolu, était assez anodin (un média se doit de vérifier les contenus qu’ils utilisent, et situer leurs contextes lorsque leur provenance pose question, pas une révélation, quoi), la déferlante de commentaires extrêmes qui ont suivi rend l’article intéressant.

On peut constater que la défense des personnes favorables à fdesouche est toujours la même pour échapper aux critiques de xénophobie: le site ne fait que rapporter des liens de la presse traditionnelle et respecte la liberté d’expression de ses commentateurs.

Il est stupide et dangereux de considérer que le journalisme de lien est par essence neutre. Ce n’est pas parce qu’un site ne fait que répertorier des liens vers de la presse traditionnelle qu’il ne donne pas une vision tronquée de la réalité. C’est même tout l’inverse, et on peut reconnaître à fdesouche la grande force de sa tactique. Donc oui, fdesouche est bien un site xénophobe car il construit et propage une vision tronquée de la réalité où les problématiques globales sont simplifiées et imputées sans nuances à l’immigration (et à la gauche qui la soutiendrait). Le fait qu’ils utilisent pour cela ce que la presse traditionelle publie n’y change rien (mais devrait susciter un débat chez celle-ci, ce qui est une autre question).

Mais le point de mon article n’est pas là. Car la tactique des défenseurs de ce site va plus loin. Agissant de manière violente, ils mettent une énergie énorme à décrédibiliser toute voix contraire, en faisant croire que celle-ci serait opposée à la liberté d’expression. Selon eux, Fdesouche permettrait à une opinion qui n’a pas voix au chapitre de s’exprimer, et s’opposer à ce site relèverait d’une atteinte à la cette liberté fondamentale. C’est une argumentation puissante, bien évidemment, puisqu’il s’agit de défendre son propre point de vue avec les arguments utilisés par ses détracteurs.

Or, j’affirme qu’il est tout à fait possible de condamner, au nom des droits humains, le site fdesouche. Si ceux-ci consacrent en effet la liberté d’expression comme un droit fondamental, la DUDH stipule également, dans son dernier article, que l’utilisation d’un des droits énoncés dans cette déclaration ne peut être fait pour aller à l’encontre d’un autre de ces droits. S’il est important de ne pas utiliser à tout va cette article pour éviter l’immobilisme, il est des cas comme celui-ci où je le crois justifié. Non, nous ne devons pas tolérer le site fdesouche au nom de la liberté d’expression, car celui-ci l’utilise en contradiction avec plusieurs de ces autres articles (dont, de manière assez claire, l’article 1er).

Après, au-delà de ces réflexions générales, il me semble assez peu pertinent d’interdire ce site et de le faire fermer. Il est en effet bien plus intéressant pour les défenseurs des droits humains de disposer de cet observatoire public de l’extrémisme plutôt que de le reléguer dans les coins sombres où il sera peut-être un peu moins efficace, mais nettement moins contrôlable.
Par contre, il est essentiel de ne pas laisser cette frange de la population, très active, cannibaliser la notion de liberté d’expression. Il est essentiel de rappeler autant que possible que ces opinions sont nauséabondes et inacceptables. Il est essentiel de dénoncer de manière soutenue les manipulations de fdesouche.

N’ayons pas peur des mots, n’ayons pas peur de notre liberté d’expression pour dénoncer avec force les manipulations de ce site et de ses membres. Il nous appartient de l’utiliser au mieux, car je refuse avec véhémence qu’à l’avenir, liberté d’expression rime avec fdesouche.