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Pas le temps de lire? Retrouvez cette chronique parée de ma douce voix dans l’épisode 103 d’On a toujours raison

Il y a quelques jours, j’ai vécu un week-end assez particulier qui m’a, je crois, fait prendre conscience de pas mal d’éléments intéressants sur la manière de consommer l’art et le divertissement. Deux expériences très différentes qu’il m’amuse ici de mettre en parralèlle: la finale belge de l’Eurovision et le vernissage d’un salon artistique régional.

L’Europe fraternelle

Je ne suis pas un grand fervent du concours Eurovision de la chanson. Mais cette année, pour des raisons professionnelles, j’ai dû m’y intéresser de près, puisque j’étais impliqué dans l’organisation, surtout du côté « relation avec les groupes et leurs fans sur les réseaux sociaux ». Ce fut une expérience traumatisante. Je m’imaginais bien que, derrière une façade de cordialité et de soutien confraternel, les groupes et leurs fans allaient surtout faire leur propre propagande et que mon rôle serait simplement d’éviter le spam. J’ai été confronté à des propos d’une violence assez incroyable, à des attaques ad nominem, à des coups bas et à de l’acharnement sur certains candidats que je ne croyais possible que dans certaines expériences de psychologie comportementale.

Du côté des fans, cela se matérialise par une mauvaise foi à toute épreuve doublée d’une lecture de la liberté d’expression qui va dans un sens: le leur. A la limite, je peux le comprendre. Emporté par la ferveur autour du concours, on en perd la distance critique et on veut répondre à jeu égal avec les fans des « autres » (dont on peut parfois reconnaître un certain talent, mais de toute façon bien moindre que celui de « notre » artiste). Le problème, c’est qu’on en vient vite aux insultes, aux théorie du complot, aux menaces de poursuites judiciaires.

Mais le pire est que les artistes et les proches entretiennent ce mouvement. S’ils n’ont pas été sélectionnés, c’est parce que les conditions de la sélection n’étaient pas bonne, parce qu’il n’y avait pas de Jury, que les votes du public n’ont pas été comptabilisés, parce qu’on avait déjà décidé qui serait le vainqueur. Jamais parce qu’ils étaient moins (ou pas) bons. Qu’importe si un huissier de justice supervise le concours, qu’importe si les membres du jury sont formellement indiqués dans le règlement, qu’importe si les conditions ont été exactement les mêmes pour tout le monde, leur échec est dû aux autres, les méchants organisateurs qui ne comprennent rien à la musique et on choisit un gagnant moins bon exprès parce qu’ils étaient jaloux/cons/membres de la même famille/… Bref, la mentalité de « je suis le meilleur et je ne vais sûrement pas me remettre en cause (parce que ça voudrait dire que mon destin n’est peut-être pas de devenir le plus grand chanteur de tous les temps). »

Ce mousseux, comme cette céramique, est délicieux

Le lendemain de cette sélection nationale de l’Eurovision, je me rendais dans ma ville natale de Mons, pour y visiter ma mère qui elle visitait le vernissage d’un salon d’art local, le salon du « Bon Vouloir ». L’objectif de ce salon est de promouvoir les artistes locaux et régionaux.

Et on se retrouve donc avec une attitude complètement à l’opposé de celle que j’avais vécu la veille. Dans ce salon, tout est merveilleux: la céramique bariolée, les dessins style « primitifs », les oeuvres abstraites faites de formes géométriques de couleur,… Il n’y a absolument aucun esprit critique public, ni chez les artistes entre eux, ni chez le public.

Si cela a un côté reposant, il faut bien admettre que quand la préoccupation principal consiste à récupérer le plus de verre de mousseux bon marché au bar, le ridicule de l’événement en devient criant. Ici, les artistes n’ont absolument aucune ambition et le public aucune attente, regard ou objectivité. Il s’agit d’un simple prétexte à mondanité et reproduction sociale. C’est ce dernier point qui est le plus triste, car si on atteint rarement une telle vacuité dans un événement, les participants sont malgré tout convaincu que ce sont ce type de rencontre du dimanche midi qui sont la preuve de leur élévation sociale et culturelle.

Bref, tout cela pour arriver à la conclusion que j’apprécierais assez que les fans que je côtoie tous les jours dans mon travail apprenne un peu de la civilité et mondanité des fans de mon expo régionale, à qui je souhaite de récupérer un peu de l’engagement émotionnel des enragés de l’Eurovision. Si vous connaissez une école de fan où on pourrait les envoyer, je suis preneur…

Temps d’écriture: 87 minutes

L’electro du début des années 2000 ne se résume pas à Daft Punk. Il y a aussi deux américains, Warren Fischer et Casey Spooner, qui vont se fendre d’un album marquant à de nombreux points de vue.

Tout d’abord parce qu’en 2001, le duo plutôt issu de l’art plastique et du théâtre, donne déjà en téléchargement gratuit sur leur site internet leur titres, ce qui leur permet de se faire signer par une major (bien avant les artistes « MySpace » donc).

Ensuite par le travail graphique et scénique qui constituera leur marque de fabrique, même si le résultat reste discutable, au fil des ans.

Et puis, il y a ce premier album, une sorte de réponse anglo-saxonne au « Homework » de Daft Punk, tout en rythmique évolutive, en break bizarroïdes, en montée de clavier aux sons facilement identifiables. Et dedans, le single imparable « Emerge » qui reste un de mes titres electro favoris depuis 10 ans.

Depuis, on peut dire qu’ils n’ont rien fait de très bon. Leur deuxième comme leur troisième album sont peu convaincant, très pop et, malgré leur son reconnaissable, assez peu original. On en restera donc à ce premier album qui, en plus de contenir d’excellents titres (Emerge, Sweetness, Horizons) est également très cohérent dans son ensemble, une qualité que j’apprécie énormément en tant qu’acheteur de ces petit frisbee plastique que sont les CD

Temps d’écriture: 20 minutes

Si vous êtes belges et que vous êtes (aspirant) community manager/conversationnalist/web evangelist/social media guru/branquignole 2.0/…, vous avez du voir passer cette offre d’emploi. Si c’est le cas, et que le travail dans notre magnifique média d’Etat vous intéresse, que vous cherchez du boulot, que vous en avez marre d’être indépendant (ou simplement au chômage) et que vous êtes secrètement amoureux de Pierre Bonte, vous vous êtes sans doute déjà posé la question de ce que devrait contenir votre projet-candidature au poste. Comme je ne suis dans aucun des cas cités ci-dessus (je suis déjà community manager salarié en couple) mais que la problématique m’intéresse, je vous fournis les grandes lignes du projet de développement de communauté de la RTBF que je soutiendrais. Comme ça, gratuitement, avec ma bonté d’âme légendaire et ma générosité à toute épreuve. N’hésitez pas à vous servir, c’est là pour l’inspiration!

1. Une stratégie nouveaux médias liée à la stratégie globale de la RTBF, de ses médias, de sa régie

C’est la première astuce, et on est déjà confronté à un problème majeur. On est sensé proposer un plan stratégique pour le community management de la RTBF sans avoir en main le plan marketing global de la RTBF. C’est pas méga-top! On peut bien essayer de tirer des conclusions de ce qu’on peut voir sur rtbf.be et rtbf.be/labs, mais force est de constater que la stratégie de la RTBF n’est pas totalement lisible. Je distingue deux tendances parallèles dans le développement de l’image de la RTBF qui ont un impact important sur notre affaire. D’un côté, on observe une volonté certaine de transversalité de la RTBF avec des portails « Info », « Culture », « Sport » qui reprennent des contenus des différents médias. De l’autre côté, on se rend compte qu’il y a encore de gros développement autours des médias eux-mêmes, des émissions et des personnalités. Les deux tendances ne sont pas nécessairement irréconciliables, si tant est que ces deux tendances sont bien présentes par des choix stratégiques et pas pour « satisfaire » tout le monde. De plus, au-delà des aspects rédactionnels, les aspects marketings du positionnement de la RTBF et de sa régie publicitaire doivent absolument être pris en compte. L’exemple des remous autours du nouveau positionnement de Pure FM (matérialisé par l’abandon de certaines émissions, son nouveau logo, l’évolution de sa playlist) montre qu’il sera impossible de construire une stratégie sociale à long et moyen termes sans connaître la stratégie publicitaire à long et moyen termes de la RTBF.

2. Sortir du Labs

Les médias sociaux, cela n’a absolument rien à voir avec de la technologie. Cela doit nécessiter de la part de la communauté le moins possible de technophilie. Développer de nouveaux outils, utiliser les trucs « tendances », c’est sympa pour continuer à rester au courant et pour en pas perdre de vue les développements à suivre, mais c’est franchement accessoire. Ce qui doit être au centre du community management de la RTBF, c’est la conversation plus que les outils utilisés pour la générer. Se center sur les outils, c’est aussi se centrer sur les chiffres. Fièrement indiquer les 250.000 fans de l’ensemble des pages Facebook, c’est absurde parce que cela ne représente rien. La communauté de la RTBF, elle est sur Doctissimo et les forums de fans de jardinage, elle est dans les commentaires de RTBF.be mais également de ceux de leurs amis Facebook. Tous les jours, énormément de gens parle de la RTBF, de ses programmes, émissions, journalistes, films, contenus, et toute cette discussion ne se tient pas sur les pages Facebook de la RTBF. Pourtant, c’est cette discussion qu’il faut capter, à l’aide d’outils technologiques bien sûr, mais surtout à laquelle il faut participer.

3. Allo, c’est la RTBF qui te parle

Cela mène directement à un gros problème. Une équipe de community manager n’est pas suffisante pour capter toute ces conversations, et y participer. Et en plus, cette équipe n’a ni la légitimité, ni la liberté de parler au nom de la RTBF. La RTBF, de part son statut, ne peut pas prendre position. Il est impossible que la RTBF donne son avis, même modéré, sur une oeuvre culturelle, sur un fait d’actualité, sur une performance sportive. Le journaliste, chroniqueur, critique peut, et le fait parfois au travers de ses émissions. C’est donc à lui de donner son avis dans la conversation. Mais également au monteur, au cameraman, au programmateur de la radio, s’il a un avis pertinent. Quelle peut-être la valeur ajoutée de ce que dit la RTBF sur le web si elle ne fait que répéter la position d’équilibriste déjà énoncée lors de ses programmes? Aucune! Si par contre on donne la possibilité au spectateur/auditeur/internaute de voir que derrière cette position unique et équilibrée, il y a des personnes qui ont des avis, il y a des débats riches, des arguments différents, la RTBF devient non seulement une référence en termes d’objectivité et de pondération comme une référence de diversité d’opinion et d’ouverture.

4. La conversation commence dans la cuisine

Et donc, il va falloir que les gens de la RTBF se lance dans la conversation, que celle-ci ne soit pas le travail du community manager (bien que son rôle sera de l’encadrer, d’être justement la neutralité, « le méchant censeur ») mais de l’ensemble des salariés de la RTBF, selon la réflexion menée plus haut. J’espère pour vous que ce n’est pas une révélation, sinon même mes 10 formidables astuces ne vous serons d’aucune utilité. Mais pour que se concrétise, il ne suffira pas de le demander, de les forcer, de leur envoyer un powerpoint ou de faire une formation de 2 heures pour expliquer comment ça marche. Il va falloir que ces outils s’intègrent dans le quotidien des employés. Pour cela, la meilleure approche est d’intégrer ces pratiques dans le workflow. Il est impensable de demander aux gens de se lancer dans la conversation en toute transparence si cette transparence n’existe pas en interne. Le community management à la RTBF, cela passe par une politique de knowledge management et de communication interne qui vise à faire des membres de la RTBF une communauté. C’est aussi une nécessité pour faire en sorte que les questions et les conversations concernant la RTBF sur le web soit relayées aux personnes susceptibles d’y prendre part. Lancer des projets internes basés sur le fonctionnement du web social permettra aux personnes touchées de vivre les outils et pratiques du web social pour pouvoir se lancer naturellement dans la conversation.

5. Construisons tous ensemble notre cage, dans la joie et l’allégresse

Un de ces projets devraient sans aucun doute être la réalisation d’une « social web policy » définissant les contours de ce qui est acceptables d’énoncer dans la conversation pour un employé de la RTBF, et ce qui ne l’est pas. Ces limites doivent être parfaitement comprises et acceptées de tous les employés de la RTBF. En ce sens, la construction sociale de ces limites est une exigence, car la plupart de ces limites sont celles que l’on s’impose pour la plupart personnellement lors de nos relations interpersonnelles et qu’on oublie parfois trop souvent lorsqu’on tapote son clavier.

6. Fermez la cage après être entré

En faisant ne sorte que les employés de la RTBF adhère à un règlement de publication sur les médias sociaux, on n’écarte pas le problème principal: une conversation, ça se passe à plusieurs. Il est probable que les autres, eux, n’ai pas construit leur prison dorée et délimité de manière claire leur liberté d’expression. Et cela, c’est contagieux. Une modération efficace, c’est indispensable pour maintenir une bonne ambiance dans la conversation, mais surtout pour protéger vos employés des coups de sang qui peuvent mettre à mal les barrières qu’on s’est érigé. C’est important que la modération soit effectuées par des personnes identifiées, sur des critères identifiés (qui doivent être inspirés de ceux que la RTBF se sera imposé).

7. Du contenu sélectionné

Le grand avantage de la RTBF, c’est qu’elle ne manquera jamais de contenu pour créer la conversation. Par contre, certains contenus sont sans doute plus à même de créer le débat que d’autres. Les canaux sociaux de la RTBF ne doivent surtout pas servir à bombarder l’ensemble du contenu dans une optique d’augmentation de la visibilité de ceux-ci. On sait que la première cause de fin de relation entre un internaute et une marque sur des sites sociaux, c’est le nombre trop importants de nouveaux contenus. Il ne sert donc à rien de balancer de manière systématique les dernières vidéos, mais semble bien plus utile de sélectionner celle qui sera la plus susceptible d’intéresser si elle est mise dans son bon contexte avec les bonnes personnes pour y participer, ce qui ne devrait pas poser de problèmes si vous avez suivi les 6 premières astuces.

8. Attention aux opercules

Les « opés », c’est le mal. C’est la solution pour faire du chiffre, pour se mettre en avant, pour recruter des opportunistes sans créer de véritable communauté. La plupart du temps. Si « opé » il doit y avoir, elle doit être inscrite dans la stratégie globale, être transversales, être soutenue par des personnes, autant que par des médias et des portails transversaux. La sortie de « Largo WInch », c’est beau, mais pourquoi pas ne pas en profiter pour lancer un débat sur les meilleurs suites, sur le rôle de la RTBF en tant que co-producteur dans le cinéma, sur l’actualité de la finance ou sur les sports extrêmes? Une opération réussie pour la RTBF devrait être déclinée pour chaque communauté. Il est absurde de reconnaître que la RTBF est constituée d’un ensemble de communauté différente sans se créer des opportunités de créer des échanges entre ces communautés. Les « opés » sont sans doute les meilleurs moyens d’y arriver.

Voilà, avec ça, si vous ne devenez pas community manager de la RTBF, je ne comprends pas. Comment, il n’y a que 8 astuces? Beh, oui, mais il me fallait bien un titre choc et racoleur, à l’image de ce recrutement de Community Manager qui laisse penser que pour exercer ce métier, il suffit d’avoir des idées, que les compétences et l’expérience n’ont finalement pas vraiment d’importance.

Temps d’écriture: 100 minutes

PS : allez, si vous en voulez deux en plus, les voilà : « l’humour, c’est bien » et « La petite puce qui monte, qui monte, qui monte,… et puis qui redescent! ». A vous d’écrire les paragraphes…

Ma grand-mère est morte ce matin. Et je m’en réjouis.

Il y a trois personnes qui ont pesé plus lourd que les autres dans l’homme que je suis aujourd’hui : ma mère, mon père, et ma grand-mère. C’est en partie grâce à elle que j’ai les convictions politiques qui sont les miennes aujourd’hui, c’est elle qui me donnait un fond de Jupiler avec ma ratatouille de scaroles du jardin et mon steak. C’est elle qui me prenait sur ses genoux et me lisait les trois mêmes « Martine » pour me faire finir mon assiette. C’est avec elle que j’ai joué au nain jaune, que j’ai découvert les joies des séries policières allemandes le mercredi après-midi, la « Chance aux Chansons », et « Des Chiffres et des Lettres ». Plus tard, c’est entre autre chez elle que je trouvais un point de vue politique et idéologique qui m’exaltait.

Et puis est venu la maladie. La première chose importante qu’elle prend, cette maladie, ce n’est pas tellement les souvenirs. C’est désagréable, c’est frustrant et perturbant, quelque fois difficile à accepter en tant que proche, mais c’est finalement accessoire. La première chose importante qui est emportée par la maladie, c’est la capacité à socialiser, la capacité à discuter avec autrui, à comprendre les idées plus complexes. La capacité à vivre en société. Ensuite, ce sont les réflexes de base qui commence à en souffrir: se déplacer, se nourrir, respirer…

Alors vient la mort. La mort, ce n’est pas comme dans les films hollywoodiens. La personne âgée, entourée de sa famille, ne s’en va pas apaisée, délivrée du poids de ce monde, vers l’aù-delà. Non, c’est à ce moment-là que le poids de ce monde est justement le plus lourd, que la souffrance est à son apogée. Et il y a la peur. Parce qu’on sait qu’il n’y a rien qui nous attend, que c’est la fin de tout, et que rien ne commence. S’il y avait quelque chose à lire dans le visage de ma grand-mère, hier soir, dans ses derniers moments, si son visage reflétait encore quelque chose qu’elle aurait pu ressentir, c’était à n’en pas douter la peur.

Cette souffrance et cette peur, je ne les souhaite à personne. Elles sont terriblement tristes. Le décès vient y mettre un terme en mettant fin au présent et en ouvrant les portes du passé. Quand ma grand-mère est morte, elle a cessé d’être ce corps amoindri, cet esprit détruit, pour devenir des souvenirs de tout ce qu’elle m’a apporté. Et je m’en réjouis.

Temps d’écriture : 45 minutes

Je reviens de la projection du film « The Social Network » tiré du livre « The Accidental Billionnaires ». Pour ceux qui se tiendraient à l’écart de l’actualité cinématographique et du monde (ce qui est peu probable si vou lisez ce blog), cela raconte une version / une vision de la fondation de Facebook en se centrant sur la personnalité de son fondateur, Marc Zuckenberg. Voilà les quelques réflexions à chaud à la sortie de la salle.

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Le film s’attache beaucoup à la personnalité de Zuckenberg et en fait un personnage assez moyen, dont la caractéristique est sa difficulté à socialiser. C’est finalement quelqu’un assez proche de tout le monde, et en tout cas assez proche de moi. Et ce film montre a quel point le besoin de reconnaissance peut-être une force de motivation énorme. Devenir riche par accident devient dans ce cadre bien plus important que d’être riche en soi, car la richesse est alors vu comme une résultante inéluctable du talent, du génie. Le film amplifie cet aspect en montrant un Zuckenberg bien plus intéressé par sa création que par ce qu’elle lui rapporte comme valeur. Je crois que chacun pourrait souhaiter cela : devenir riche non pas parce qu’on le souhaite, mais parce que c’est la manière dont la valeur d’une idée, la valeur d’une personne est reconnue actuellement.

Mais si les gens souhaitent devenir milliardaires par accident, ce n’est pas parce que c’est inscrit dans la nature ou le subconscient humain. Certes, le besoin de reconnaissance est un besoin assez fondamental de l’Homme. Mais la manière dont nous percevons cette reconnaissance est elle dictée par le monde qui nous entoure. C’est cette parabole du rêve américain qui nous amène à percevoir la richesse comme la reconnaissance ultime de notre excellence personnel, de notre valeur en tant qu’Humain. Or, il n’y a évidemment rien de plus faux. Les plus riches ne sont pas les personnes les plus compétences, celles dont les qualités sont les plus grandes, les plus intelligentes ou les plus méritantes. Des idées excellentes, tout homme en a. Chaque homme a ses fulgurences comme chaque homme a son quart d’heure de gloire. Sur ces éclairs de génies, quelques-uns ont lieu dans des conditions qui sont propices à voir leur valeur reconnue, et donc, à termes, être récompensés par de la richesse. Cela ne rend pas les autres moins intéressants, ceux en sont les auteurs moins malins. Peut-être moins chanceux, à la limite moins opportunistes pour certains, mais certainement pas moins doué. Le modèle qu’on nous vend est pourtant celui-là : si tes idées et tes projets échouent et que d’autres réussissent, alors que tu es issu du même milieu et de la même classe sociale, c’est que tu es moins doué. En cela, je ne crois pas.

Mais ce que je blâme, en fait, ce n’est pas tant le fait que la chance ou l’opportunisme de certains (mot que j’utilise dénué de sa connotation négative, mais bien comme le fait d’être capable de saisir une opportunité, ce qui n’est ni plus ni moins la manière dont le créateur de Facebook est décrit), mais le fait de faire croire que tout le monde devrait avoir cette même chance et ces mêmes opportunités accompagnées de l’opportunisme pour les saisir.

En tant qu’universitaire, je fais indubitablement partie des personnes qui ont déjà eu le plus de chance, à qui le plus d’opportunités ont été offertes et qui a été suffisamment opportuniste pour pouvoir les saisir. Mais en tant que fils d’universitaire, je serai aussi de cette génération qui ne va probablement ni être plus riche, ni plus reconnue que ses parents. Sans doute même un peu moins. Et cela, je ne suis pas sensé l’accepter. Nous devrions tous devenir plus riches de générations en générations, tous plus géniaux, tous tendants vers cette reconnaissance ultime du milliardaire par accident. Et cela finit par m’écoeurer. Non, je n’ai pas besoin de plus de reconnaissance et certainement pas plus d’argent. J’en brûle d’envie, mais cela dépasse de loin ce besoin de base inscrit dans la nature humaine. Cette envie, cultivée par notre société post-moderne faite d’images et de projection, elle en consume plus qu’elle n’en pousse à devenir meilleur.

Mais j’irai plus loin en affirmant que cette envie, cultivée par notre société comme étant un moyen de nous rendre collectivement meilleur, en devenant tous des individus exceptionnels, est néfaste. Notre société n’a pas besoin de personnes comme Marc Zuckenberg. Nous n’avons pas besoin de génies découverts grâce à une série de circonstances et d’opportunités saisies. Leur valeur ajoutée à notre société est à peine supérieur à la valeur ajoutée de chaque humain, ce qui à l’échelle globale, est donc marginal. Ce dont nous avons besoin, c’est qu’un tout petit peu plus des éclairs de sagacité de tous soient captés et exploités. Ce n’est pas en érigeant l’exception comme modèle à atteindre qu’on pourra y arriver, c’est en sortant le modèle du génie quotidien de la déperdition qu’on pourra pousser les gens à s’apprécier à leur juste valeur et à être donc plus productif.

Je ne sais pas, moi-même, comment promouvoir cette vision de la société, dévoré comme nous le sommes tous par cette envie d’exception. Tout ce que j’ai la force et la capacité de faire, c’est un peu de résistance passive par moment pour que la valeur d’une idée et d’une personne ne soient pas mesurée par son potentiel à améliorer la société dans son ensemble mais bien au bien-être qu’elle procure à son auteur en premier lieu, et aux personnes qui l’entourent ensuite. Sommes toutes, un peu d’individualisme social dans un océan de collectivisme libéral…

Voilà quelques réflexions à la sortie de la projection de « The Social Network ». A part ça, le film est bien.

Temps d’écriture : 60 minutes

Vous vous en rappelez peut-être, il y a quelques mois, je jouais (plus ou moins) le jeu d’une opération destiné à promouvoir un shampoing anti-pelliculaire via les blogueurs (relire l’article). Même si je me moquais doucement de la mise en scène qui m’a été demandée, je crois que j’ai largement fait la part de boulot qui m’était demandée. Voici maintenant le temps de la critique.

Je suis relativement partisan, dans l’absolu, de ce type d’opération, lorsqu’elle sont bien faites. Pensons à l’événement pour les télé 3D de Samsung qui a plutôt bien marché ou encore l’opération « Start a Party » de J&B qui a elle aussi été pas mal répercutée. Pourquoi donc cette opération de la marque Nivea n’a-t-elle donc pas été un grand succès?

Tout d’abord, je crains qu’une part de l’échec peut être attribué au produit lui-même. Le shampoing anti-pelliculaire, c’est non seulement pas très sexy, mais c’est surtout associé à un besoin négatif, à une lutte contre un désagrément. On choisit le produit parce qu’on est bien obligé, plus que parce qu’on en a vraiment envie. Certaines catégories de produits ont réussi à sortir de ce problème (on peut penser aux déodorants qui ne sont plus des produits pour lutter contre nos mauvaises odeurs corporelles mais constituent un véritable trait de personnalité) mais c’est loin d’être le cas des shampoings anti-pelliculaires. Dès lors, la pertinence d’une opération blogueur peut être largement mise en doute. Il va quand même s’agir de donner envie à des gens de parler de votre produit, de prendre du temps, de s’impliquer,… Il semble évident que c’est plus compliqué pour un produit comme celui-là. Tout est pourtant possible si on réalise une campagne de très bonne qualité.

Et c’est là que malheureusement, il y a à redire. Si on se base sur le mailing reçu, c’est l’agence plutôt de graphisme Arthur N’ Pix qui s’est occupé de la campagne (leur site web est ici, il est encore est toujours en construction). Pour être honnête, je trouvais le concept sympathique en soi, pas non plus époustouflant d’originalité, mais pas non plus honteux. La réalisation, par contre, laissait à désirer.

Tout d’abord, le ciblage. Dans une opération destiné aux blogueurs, il me semble très important de cibler de manière très fine les personnes qui seront invitées à participer. Il s’agit non seulement de personnes susceptibles d’être reconnue comme fournissant un contenu intéressant en rapport avec le produit ou le service, mais également disposant d’une audience significative (directe ou indirecte). Quand on voit le contenu et les statistiques de mon blog, on peut réellement se demander pourquoi et comment les organisateurs de cette opération en sont venus à me proposer de participer.

Ensuite, la qualité des supports utilisés m’a laissée assez dubitatif. Dès le mailing, je me suis posé des questions. Les couleurs immondes choisies, le texte assez mal rédigé, le sujet un peu « spam » du message n’était pas une bonne entrée en matière. Si la valise était bien délivrée et que son contenu était correct, de nouveau, la finition typographique et le copywriting m’ont semblé médiocre (vous pouvez le voir sur les photos de mon article précédent). Ca a l’air anodin, mais je crois que c’est pourtant primordial. Quand vous demandez aux gens de prendre des photos ridicules pour un shampoing anti-pelliculaire, vous avec intérêt à maîtriser à mort votre message si vous voulez les motiver! Ici, le message n’était pas suffisamment drôle pour le prendre au second degré et clairement pas assez mis en avant pour le prendre au sérieux. Résultat: une motivation proche de zéro.

Enfin, et c’est pour cela que mon article sur ce sujet vient seulement maintenant, le suivi de l’opération a été assez mauvais. Pas de commentaire sur l’article de mon blog, pas de remerciement en mail et une « récompense » promise aussi « naze » que l’ensemble de l’opération (sérieusement, nous envoyer des bouteilles de shampoing anti-pelliculaire, WTF?) et surtout très tardive. Si les résultats de l’opération n’ont sans doute pas été à la hauteur des attentes, foirer le suivi ne peut qu’enfoncer encore plus les commanditaires et les personnes l’ayant réalisée.

Bref, si l’intention et l’idée créative derrière l’opération n’était pas mauvaise, le manque de pertinence de ce type d’approche vis-à-vis du produit combiné à une réalisation médiocre tant dans le ciblage que dans le copywriting et le graphisme ainsi qu’à un suivi quasiment inexistant en font quand même un gros ratage. Dommage…

Temps d’écriture : 75 minutes