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Le droit à mener une vie sexuelle satisfaisante et agréable est un droit fondamental, qui fait partie de ce corpus appelé « droits sexuels et reproductifs » reconnus au travers de nombreux textes internationaux. Les gouvernements ont l’obligation de respecter, protéger et garantir les droits sexuels et reproductifs (SRR) de chaque individu. Ces obligations ont été traduites en engagements spécifiques lors de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 (source: Amnesty).

Si certaines violations évidentes de ces droits doivent être combattues spécifiquement (mutilations génitales, lois homophobes, interdiction de l’avortement, non-protection contre la violence sexuelle,…), la plupart de ces violations sont en partie la conséquence des normes que nos sociétés font peser sur nos sexualités. Si l’homosexualité commence à y être mieux acceptée, et si certaines sexualités considérées comme « déviantes » commencent à obtenir une visiblité qui peut amener, on l’espère, à une meilleure acceptation de celles-ci, la norme hétéro-cisgenre-monogame-pénétrative (un homme qui ressemble à un homme a des relations sexuelles avec une seule femme qui ressemble à une femme à le fois, relations qui consistent à pénétrer dans son vagin à l’aide de son pénis) a encore de beaux jours devant elle. Si certains, et peut-être même une majorité, se retrouvent complètement dans cette norme, pour une minorité, et sans doute une grosse minorité, ce n’est pas le cas, et c’est la source de frustration, si pas de souffrance.

C’est mon cas. Sans rentrer dans les détails, je ne me retrouve pas, et ne me suis jamais réellement retrouvé, dans la sexualité décrite ci-dessus, ni dans son pendant homosexuel masculin (remplacer femme par homme, et vagin par anus). Et si j’aime jouer la carte de la provocation et de l’impertinence quand j’évoque parfois cela auprès d’amis proches, il est nécessaire que j’admette, de la même façon que j’ai du admettre mon attirance pour les hommes, cette frustration, et la souffrance, le mal-être qu’elle me cause. Peut-être même que mon premier coming-out était en réalité une manière de ne pas avoir à affronter ce second effort?

La bonne nouvelle, c’est que si vous vous trouvez dans cette situation, vous n’êtes pas seuls. D’autant moins seul avec l’arrivée du mouvement Sex-positive en Belgique. Pour Wikipedia, « Sex positivity is an attitude towards human sexuality that regards all consensual sexual activities as fundamentally healthy and pleasurable, and encourages sexual pleasure and experimentation ». Ouais, rien de révolutionnaire vu comme ça. Plus important que le concept, c’est le mouvement qui le promeut. Il y a derrière une véritable volonté d’éduquer et de partager la diversité de nos vies sexuelles, et de permettre à chacun de se libérer des contraintes qu’il s’impose. Si cela passe pour certain par de la spiritualité, pour d’autres cela sera plutôt par l’introspection, l’échange d’information et le partage d’expérience. C’est tout cela que propose(ra) le mouvement en Belgique, au travers d’évènements codifiés afin de garantir à chacun et chacune un environnement où la confiance règne. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur le sujet ici: http://www.meetup.com/Sex-Positive-Belgium/

Et si vous pensez que ce groupe est fait pour vous, n’hésitez pas à y postuler!

La nouvelle choque encore, heureusement. Une famille pakistanaise va être expulsée de Belgique suite à ce qu’on pourrait appeler un mauvais concours de circonstance ou une horrible bévue. En août dernier, un jeune pakistanais se fait filmer par des caméras de surveillance à Louise avec, sous le bras, une batte de cricket (le cricket est un sport important au Pakistan, comme dans beaucoup de pays historiquement sous influence de l’empire britannique) entouré d’un sweat-shirt. La police soupçonne une arme et un potentiel terroriste. Trois mois plus tard, certains disent sous la pression de l’ambassade israélienne qui ne voit pas avancer l’enquête, la police publie un avis de recherche en utilisant des photos tirées de l’enregistrement vidéo. La presse reprend cet avis de recherche en y ajoutant, parfois avec une titraille hallucinante, l’idée qu’il s’agit d’un terroriste antisémite. Le jeune homme est mis au courant de cet avis de recherche, se présente à la police pour expliquer son cas, et la convainc de sa bonne foi. Entre temps, au vu de l’affaire, le père du jeune homme se fait licencier de l’ambassade dans laquelle il travaillait. Conformément à notre politique d’immigration, lui et toute sa famille se voient dans l’obligation de quitter le territoire dans la semaine.

Suite à cela, on peut observer que, selon les sensibilités de chacun, on va avoir tendance à blâmer l’acteur « le plus coupable » à nos yeux. Pour certains, l’ambassade. Pour d’autres, les médias. Pour d’autres encore, la police. Ou même, l’ambassade israélienne. C’est, à mon sens, une grossière erreur. Car, en réalité, chacun de ces acteurs a joué son rôle plus ou moins correctement dans cette affaire. L’ambassade israélienne se doit de protéger ses ressortissants, la police de protéger les citoyens, les médias d’informer les citoyens, et l’ambassade du Pakistan de protéger sa réputation. On peut bien sûr pointer des erreurs à la marge, particulièrement dans le chef des médias, mais globalement, dans cette affaire, le système à fonctionné.

Et c’est bien parce qu’il a engendré cette situation profondément injuste que c’est bien à ce système qu’il faut adresser ses critiques, et pas à certains de ces acteurs. A mon sens, cette histoire trouve son origine à l’intersection de trois éléments essentiels du système: la xénophobie institutionalisée au travers de notre politique d’immigration, la société de surveillance et la société du spectacle.

Il semble inutile de l’écrire une fois de plus, mais si le jeune homme avait été blanc et bien rasé, il n’aurait probablement jamais été soupçonné de quoi que ce soit, et en tout cas, jamais la cible d’un avis de recherche, surtout plusieurs mois après les non-faits. Et même si des sondages plus ou moins sérieux semblent indiquer que les musulmans expriment plus souvent des clichés antisémites (ce qui ne veut pas dire qu’il y a corrélation, c’est évident, mais toujours bon à rappeler), cela ne justifie en rien le traitement judiciaire de ces images. Ce qui le justifie, c’est bien la xénophobie induite par notre approche des « étrangers ». Quand le but de notre politique d’immigration se résume à « en avoir le moins possible » et « en renvoyer le plus possible », que peut-on espérer d’autre? De la même façon, si beaucoup blâme l’ambassade du Pakistan pour sa décision de virer son employé, peu se pose la question de leur expulsion systématique suite à la perte de ce travail. C’est pourtant ce type de politique qui est, en partie, à l’origine du fait divers, dans son ensemble.

Mais l’origine de ce fait divers, c’est aussi l’existence des images de ce jeune homme, une batte de cricket sous le bras, dans la rue. L’argument habituellement utilisé pour contrer les grincheux qui s’opposent à ce genre de surveillance, c’est que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à craindre. Cette histoire est un exemple de plus que l’argument est simplement faux. Ce sont précisément ceux qui n’ont rien à se reprocher qui ont le plus à craindre de cette « transparence » dans une seule direction. Il a déjà été plusieurs fois montré que cette surveillance n’avait pas d’impact sur la criminalité. Et si elle a peut-être aidé à résoudre certaines affaires, on peut se demander si ces affaires n’auraient pas été résolues sans elle. Bref, la question, finalement, est de savoir si les faibles gains en termes de sécurité procurés par cette surveillance de tous par certains vaut le risque que cela fait courir à nos libertés, et même, parfois, nos vies.

Car oui, les méfaits de cette société de surveillance prennent une tout autre ampleur dans un monde où les « gatekeepers » que sont supposés être les médias sélectionnent l’information sur base de l’histoire qu’on peut en raconter, et non plus l’importance intrinsèques des faits. Par ailleurs, il ne rapporte les faits en les éclairant par des informations complémentaires, mais les mettent en scène pour rendre leurs histoires plus attrayantes. C’est la combinaison de ces deux éléments qui fait que l’image d’un jeune homme se balandant il y a trois mois à Louise avec sous le bras un paquet qu’on pourrait prendre pour un arme devient le titre « Un tueur antisémite dans la nature? ». Ces titres n’existent que parce que la presse est devenu plus un outil de divertissement que d’information, tout simplement parce qu’à force de vivre dans une société où tout est spectacle, à commencer par ce que nous projetons de nos propres existences, nous n’attendons plus des médias que de nous confirmer dans le rôle que nous jouons.

Et donc, une image parmi des millions d’autres a été interprétée par les anonymes qui sont chargés de la juger selon le modèle dominant et mise en scène par les médias afin de plaire à leur public. Si ce n’est pas ce que nous voulons, ce n’est pas à la police, aux médias ou aux ambassades qu’il faut que nous nous en prenions, mais aux éléments de notre système social qui les font prendre les rôles qui mènent à ces histoires.

La période de Noël est de retour. Derrière la belle morale chrétienne qu’elle véhicule, elle est devenu un des nombreux éléments constitutifs du système de domination dans lequel nous vivons et duquel nous profitons.

Tout d’abord, la fête de Noël est par définition égoïste. C’est le moment où on peut se dédouaner du système injuste qu’on nourrit en se donnant bonne conscience vis-à-vis de ses proches. C’est le retour vers la famille proche, la cellule sociale minimale, de laquelle faire le bonheur suffit, en cette période, à être quelqu’un de bien. C’est se réfugier dans une bulle et faire semblant que si l’intérieur est confortable, ce qui se passe à l’extérieur n’a aucune importance.

Mais il y a pire. Grâce au consumérisme ambiant, la fête de Noël est surtout l’opportunité pour tous d’avoir l’illusion de s’élever dans l’échelle sociale, d’être moins dominé ou plus dominant pendant une courte période. En dépensant plus que ce qu’on peut se permettre au quotidien, on reprenant des codes des dominants, on a l’impression d’avoir la possibilité de se mettre dans leur peau pour un moment. Comme au temps du Carnaval, où le fou prenait la place du Roi.

Mais c’est une chimère. C’est confondre les symptômes de la domination avec son essence. Car si les dominants sont, pour la plupart, riches, c’est avant tout une conséquence de leur capital non-monétaire. Faire croire qu’on peut dominer en dépensant plus est sans doute un des rouages les plus efficaces pour perpétuer la domination. En ce sens, quand vous offrez à vos parents (ou vos enfants) des cadeaux qu’ils ne pourraient normalement pas se payer, en leur donnant l’illusion qu’ils s’élèvent par ce qu’ils ont, vous contribuez à les maintenir là où ils sont.

Dès lors, je vous propose cette année d’offrir une autre cadeau à vos parents, à vos enfants, et à vous même. Offrez-vous une grève. Il y a justement une promo spéciale le 15 décembre, juste à temps pour être en plein dans l’esprit de Noël. Une grève vous coutera un jour de salaire, ce qui fait environ 1/20 de votre mois. C’est plus ou moins ce que vous auriez dépensé pour un seul cadeau, sauf que vous offrez la même grève à tous le monde! En plus, pour le coup, plutôt que de donner l’illusion à vos proches de ne pas être un rouage d’un système où ils dominent/sont dominés, vous contribuerez à faire en sorte qu’ils le soient un peu moins. Si ça c’est pas le plus cool cadeau de Noël que vous pouvez leur offrir…

Je suis un homme blanc en Belgique. Je suis universitaire et je gagne un salaire qui doit se situer au niveau du troisième décile. Clairement, j’ai l’a chance de faire partie de la classe dominante.

Que peut-on faire avec ça? Certainement pas se plaindre. Conspuer les plus pauvres, les moins chanceux, ce serait indécent (et oui, ce mot est en passe de se galvauder, mais je n’en ai pas d’autre). Vouloir donner moins aux chômeurs, aux malades, aux étrangers, aux femmes, quand on est un homme blanc riche et éduqué, c’est une attitude que je ne comprendrai jamais, et que je me refuse absoluement, par principe.

Mais après, est-ce suffisant? Peut-on, quand on est dominant et qu’on aspire à rendre le monde un peu meilleur, se contenter d’être neutre face aux inégalités de plus en plus visibles dans nos sociétés? Je ne crois pas. La neutralité des riches face au combat des pauvres, c’est la même neutralité prônée par les hétérosexuels face au coming-out des homosexuels, celle qui vise à maintenir le statut-quo, celle qui vise à conserver nos privilèges. Si notre but est réellement de vouloir une vie meilleure pour tous, mais surtout pour ceux qui ne profitent actuellement pas de l’extraordinaire richesse de nos sociétés, il faut se battre.

Le problème, c’est qu’il n’est pas facile de se battre quand on est dominant. Non seulement parce qu’il faut accepter de se battre contre ses intérêts immédiats (je ne suis pas masochiste, et je pense que me battre contre mes intérêts immédiats me sera à long-terme profitable), mais surtout parce qu’il faut se battre contre « les siens ». Il faut se battre contre ses amis, contre ses collègues, parfois même contre sa famille.

La solution facile qui consiste à faire croire qu’on n’est pas un dominant, à refuser cette étiquette, elle ne fonctionne pas. Parce que ce qui définit la domination, au final, ce n’est pas tant l’argent, le diplôme ou même la couleur de peau. Ce qui définit la domination, c’est les gens avec qui on est. Tous mes amis sont des dominants. Pire, les quelques anciens amis qui ne le sont pas, je m’en suis éloigné, sans vraiment le remarquer, sans le vouloir consciemment. C’est normal, on veut autour de soi des gens qui nous ressemblent, parce qu’on a tous besoin de se sentir en sécurité.

Mais se battre contre les siens vous éloigne d’eux. Quand je critique le patriarcat, mes amis hommes blancs se sentent méprisés. Quand je dénonce le fait que les riches, comme moi, contribuent moins à nos sociétés, proportionnellement à leur revenus, que les plus pauvres, tout en bénéficiant plus des services qu’elle lui rend, mes amis indépendants se sentent méprisés. Mais je ne méprise personne (enfin, si, je méprise les cons et les connards). Je ne me méprise pas moi-même. Nous ne sommes pas plus individuellement responsables de la domination exercée qu’un pauvre l’est de sa pauvreté, ou qu’une femme des discriminations qu’elle subit. Je ne me bats pas contre vous, mes amis, pas contre les privilèges dont vous bénéficiez. Je me bats contre les privilèges dont on bénéficie, collectivement, au dépend et grâce à l’exploitation de ceux qui n’en bénéficient pas. Quand je me bats contre vos intérêts, mes amis, ce n’est pas parce que je vous veux du mal.

Ne vous vexez donc pas, chers proches, car si nous le sommes, proches, c’est pour ma part parce que je vois en vous le même humanisme qu’en moi. Vous n’êtes pour la plupart pas des mêmes combats, mais je sais que vous voulez la même chose que moi. C’est peut-être pour cela que je n’ai pas perdu tout espoir au combat.

Je retiens d’ors et déjà deux éléments de cette activation sexiste de rue du Commerce.

Le premier élément, le plus important, c’est que les féministes sont en train de perdre. Quand je vois des personnes engagées qui se disent qu’il vaut mieux « laisser couler », qu’il est préférable de ne pas « rentrer dans leur jeu », ou pire, que ce n’est pas grave, que ce n’est que de l’humour, cela m’attriste profondément. Cela veut dire que le monde des femmes-objets, que le monde des victimes d’agressions sexistes qui sont victimisées, que le monde des 90% de victimes de viol qui ne porte pas plainte, que le monde des femmes payées 20% en moins que le hommes pour le même travail, que le monde dirigé par des hommes et uniquement des hommes est en train de gagner. Et c’est en partie de notre faute, à nous, les gens qui travaillons dans la pub, dans le marketing et dans les médias. C’est parce que nous vendons notre âme au clic, que nous n’hésitons pas à exploiter et à dévoyer des combats légitimes pour aider des marques à vendre 10 voitures ou 100 PC en plus, que ce monde est en train de gagner. A un moment, il faudra bien qu’on arrête de rejeter la faute sur les pauvres mecs qui n’ont pas le fric pour se payer la domination masculine qu’on leur vend et qui se défoule alors de la seule manière qui ne leur coûte rien, en harcelant les filles en rue. A un moment, il faudra qu’on prenne nos responsabilités par rapport à ça, si on est de ceux qui veulent réellement faire changer les choses.

Capture Rue Du COmmerce

Le deuxième élément, c’est que Rue du Commerce, c’est de la grosse merde. Entre des copy d’une pauvreté affligeante, une réalisation graphique qui fait pitié (sérieusement, le background, c’est une image pas assez large), une navigation complètement abscons et remplie d’erreurs, et des CTA pour prendre des crédits à la consommation partout sur le site web, je ne vois pas comment on pourrait en tant que client vouloir faire confiance à ce fournisseur.

Franchement, en tant que citoyen belge, d’origine belge, qui ressemble à un belge, qui a bien l’air cisgenre comme il faut, et qui est un homme de surcroit, je dois une grosse baise à Théo et à Jan. Sur les deux joues, comme on fait dans nos campagnes bien belges, là où les femmes sont libres (de faire la cuisine) et où les marocains ne s’installent pas (parce qu’ils seraient rejetés par tous). Avec leurs gesticulations, je peux me transformer en anti-raciste, en défenseur de toutes les minorités, à bon compte, et sans changer mes habitudes de dominant.

Parce que pendant que je m’insurge, à raison, contre les saillies d’une débilité tellement évidente qu’elles ne peuvent que cacher un handicap mental, contre les relents homophobes de vieux emails qui cachent certainement l’envie de se faire baiser comme une tapette dans une backroom de la Démence, contre des propos racistes typiques de ceux qui se sont faits refouler par une arabe voilée bien trop peu discrète pour ne pas avoir envie d’un étalon BBB pour la chevaucher, oui, pendant ce temps-là, je ne réfléchis pas à mes petites habitudes de vérifier mon portefeuille à l’arrière de mon pantalon quand un groupe d’allochtones passe derrière moi, aux légendes urbaines sur la vie sexuelle des LGBTQI que je prends plaisir à colporter, à ma réaction de recul et de malaise quand un trisomique prend place à côté de moi dans le métro, ou pire, quand un pauvre s’installe dans le café où je prends mon expresso du matin, au paternalisme dont je fais parfois preuve vis-à-vis de collègues féminines.

Bisous à tous les deux!

Note de la rédaction: ce billet a été écrit contre services sexuels, mais je ne vous dit pas duquel des deux.