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Il y a deux ans, j’écrivais un billet « En route vers la Chineurope » où je critiquais l’évolution du modèle européen vers le modèle chinois au niveau économique, avec comme conséquence le bafouement des droits économiques, sociaux et culturels d’une partie de plus en plus grande de la population européenne.

Hier, à Bruxelles, nous avons vu qu’au nom des liens économiques entre l’Europe et la Chine, entre la Belgique et la Chine, il n’y a pas que les droits économiques sociaux et culturels qui sont bafoués (les droits dits de seconde génération) mais également les droits politiques, les fameux droits de la première génération dont on s’enorgueilli tant en Europe.

Des petites violations, certes. Des affiches qui dérangent dissimulées sur les grands axes, des imbroglios administrativo-politiques pour empêcher des manifestations d’avoir lieu. Tout ça n’est pas très grave, et comme d’habitude, on me dira que je fais une montagne de pas grand chose. C’est sans doute vrai.

Au final, ce n’est pas tellement ces violations légères des droits fondamentaux des belges qui m’inquiètent le plus, mais ce qu’elles véhiculent comme message, la vision du monde qu’elles portent. On a pu dire que c’est par respect pour le président chinois. Mais où est le respect du peuple chinois? Se battre pour la liberté d’expression, la nôtre et la leur, c’est arrêter de considérer les chinois comme une main d’oeuvre pas cher pour fabriquer des produits pas chers afin de maintenir le pouvoir d’achat des occidentaux. C’est arrêter de considérer la Chine comme « l’usine du monde » pour commencer à la considérer comme un Etat, qui sera on l’espère un jour un Etat de droits, et comme acteur de son propre futur. C’est arrêter cette relation servile entre l’Europe et la Chine pour aller vers une relation d’égal à égal.Si j’étais le président chinois, je préfèrerais être considéré comme un homme d’état qui veille à l’amélioration des conditions de vie d’un peuple d’un milliard d’individus plutôt que comme un patron d’entreprise un peu capricieux qui rend visite à son principal client.

Ce n’est pas tant pour nous que nous ne devons pas laisser passer ces petites entorses à nos droits sans réactions. Après tout, la dictature chinoise nous profite bien plus qu’elle nous coûte, et on peut faire l’effort de fermer les yeux pour pouvoir continuer à acheter nos paires de chaussettes à 75 cents. Mais nous devons par contre refuser d’abdiquer sur nos propres droits pour espérer qu’un jour, les chinois puissent avoir les mêmes que nous.

Je suis un enfant du socialisme.

Ma grand-mère paternelle était une militante socialiste convaincue, membre du Parti pendant de nombreuses dizaines d’années. Les dernières discussions que j’ai eues avec elle, avant qu’Alzheimer emporte son esprit, portaient sur les droits des travailleurs, et sur la difficulté de se débarasser des profiteurs du Parti.

Mon grand-père paternel, que j’ai moins connu, a travaillé au bureau du plan. Quand il a du quitter son travail pour cause de maladie, le Parti l’a oublié, comme ça se fait, j’imagine.

Mon grand-père maternel est venu depuis l’Italie en France et en Belgique, son diplôme de l’enseignement primaire acquis grâce à Mussolini, pour travailler dans les mines, avec sa famille qui a compté, en tout, 8 enfants.

Ma grand-mère maternelle me raconte parfois ses histoires du racisme des belges face aux italiens, elle qui ne sait ni lire, ni écrire. Elle me dit pourtant toujours « La Belgique, ce serait le paradis, s’il y avait du soleil ».

Ma mère est enseignante, syndicaliste, aux valeurs de gauche ancrées mais non politisées. Lorsque notre premier ministre faisait campagne pour devenir bourgmestre de Mons, il y a pas mal d’années déjà, elle l’avait pourtant accueilli à la maison et invité quelques collègues afin de discuter avec lui du programme du Parti. Moi, j’étais un enfant, et je jouais, dans la pièce à côté.

Mon père représente la « gauche caviar » si décriée. Il gagne très bien sa vie grâce à son travail, continue à soutenir inlassablement les valeurs de gauche et le Parti, et est fier de reverser une partie importante de ses revenus importants à la communauté.

Moi-même, j’ai étudié à l’ULB et je rate rarement des occasions de défendre la gauche, et le PS aussi. J’ai été étudiant-administrateur à l’ULB (et assez médiocre dans ce rôle), avec des personnes comme Benjamin Pestiau, Renaud Maes et plusieurs présidents de la FEF. J’ai milité pour les droits humaisn en tant que bénévole et stagiaire au sein d’Amnesty International.

J’ai accepté, au nom du réalisme politique, beaucoup de contorsions intellectuelles pour justifier le fait que le PS favorise le capital sur le travail, l’économie sur le bien-être, l’argent sur les valeurs. J’ai fermé les yeux sur les problèmes internes liés au Parti, considérant qu’ils étaient le pendant malheureux d’une politique de proximité qui a tenu l’extrême droite éloignée des terres wallonnes pendant qu’elle sévit partout ailleurs en Europe.

Mais ce qui se passe à l’heure actuelle à l’Eglise de Gésu, ça, je ne peux m’y résoudre.

Je travaille maintenant au sein de la Commission Européenne. Dans mon couloir, il y a un poster reprenant la « Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne ». Le pemier de ces droits est le droit à la dignité. Le PS a aujourd’hui posé l’acte supplémentaire qui viole ce droit, déjà bafoué pour ces centaines de personnes qui vivaient dans un squat depuis 7 ans, en les mettant à la rue aux portes de l’hiver. Il l’a bafoué à l’aide de dizaines de combis de flics et de centaines de policiers payés avec l’argent que mon père verse aux impôts, avec la sueur que ma mère a mis dans ses combats pour les droits des travailleurs, avec la ferveur de ma grand-mère pour la défense de son parti, avec les poumons que mon grand-père a laissé dans les mines belges.

S’il doit continuer à détruire tout ce qu’il a été, tout ce qu’il a représenté pour beaucoup de belges, le PS le fera maintenant sans ma voix.

Les syndicats sont tous des pourris qui ne servent à rien et défendent leur propres intérêts au dépend du bien commun. Depuis des années, les représentants des entreprises et une partie importante du personnel politique ne cessent de formuler ce message à tort et à travers afin de déforcer le plus puissant contre-pouvoir dans nos pays. Les syndicats se débattent comme ils peuvent avec les outils dont ils disposent et leurs faits d’armes du passé face à une société qui change, à des mentalités qui changent, face à un retour vers une dualisation sociale de plus en plus acceptée (si pas souhaitée) par une part de plus en plus grande de la société. Bref.

Dans ces circonstances, ce dessin de Plantu n’est qu’une énième charge aussi caricaturale que stupide qui vient renforcer cette opinion déjà largement ancrée dans la plupart des couches sociales (sauf ceux que les syndicats défendent, mais qui sont généralement pauvres et pas trop éduqués, donc on s’en fout, ils ne lisent pas Le Monde).

 

plantu

 

 

Celui-ci est quand même un peu plus malsain que les autres parce qu’il fonctionne sur une triple manipulation assez honteuse (et je ne vais même pas parler du cliché sur les musulmans).

  • Les syndicats sont misogyne/patriarcaux

Ce dessin sous-entends clairement quand les syndicats sont des hommes qui imposent leur vision du monde à des femmes, comme l’homme musulman sur sa fille. On ne peut nier que, comme dans toutes les organisations de grandes tailles, la parité hommes/femmes et l’égalité des genres est encore un défi. C’est d’autant plus le cas dans les syndicats dont une partie de la base est constituée de personnes issues de secteurs très masculins. Néanmoins, la plupart des syndicats défendent une vision mixte de la société. Ceux-ci sont par ailleurs souvent constitués de nombreuses femmes (la honnie secrétaire générale de la FGTB en est la première représentante), et même si, comme dans toutes les organisations, plus tu montes dans la hiérarchie, moins la diversité est présente, les syndicats doivent être parmi les associations à lutter le plus possible contre cela.

Dans l’affaire qui nous occupe, il s’avère que les employéEs mis en avant comme défenseurs du leur droit à travailler le dimanche (droit qui n’a par ailleurs jamais été contesté, mais c’est un détail) sont des femmes. Mais supposer de part cela  que les personnes travaillant dans ce secteur/souhaitant travailler le dimanche sont définis par leur genre est en soi bien plus misogyne que la position des syndicats eux-même.

Bref, la question de genre me semble bien absente de la problématique du travail dominical, et la faire rentrer ici est au moins hasardeux, si pas misogyne. Le dessin, lui, est en tout cas manipulateur de ce point de vue-là.

  • Les syndicats ont une autorité sur leurs membres

On imagine que le dessin avec le musulman représente un père avec sa fille (autorité parentale) ou, au pire, un représentant religieux avec une ouaille (autorité morale). Dans ces deux cas, la personne dispose en effet d’une autorité pour interdire à la fille d’aller à l’école, et c’est un problème. Ce n’est absolument pas le cas avec les syndicats qui n’ont aucune autorité sur leurs membres, et encore moins sur les travailleurs en général. Au contraire (en Belgique, du moins), les syndicats sont fortement dépendant des élections sociales où, finalement, ce sont les travailleurs qui exercent une forme d’autorité sur les syndicats. Les processus de démocratie interne sont généralement assez développés, permettant aux membres de voter et participer au choix de positionnement des syndicats.

Au-delà de ça, si les syndicats sont parties prenantes de discussions sectorielles et ont voix au chapitre  sur certaines décisions politiques, ceux-ci ne décident pas pour les employés. Leurs voix est entendue comme représentante de leurs membres (par secteur ou en inter-sectoriel), mais elle consiste en une opinion qu’ils défendent. Rien à voir donc avec un chef de famille ou un chef religieux.

  • Ne pas pouvoir travailler le dimanche = ne pas pouvoir aller à l’école

Les droits humains ont consacré le droit au travail et le droit à l’éducation, deux droits fondamentaux de deuxième génération (au même titre que le droit à la sécurité sociale et le droit de grève, bizarrement moins âprement défendus par ceux qui souhaitent qu’on laisse les gens travailler le dimanche, et qui pourtant sont des corrolaires nécessaires au droit au travail – BREF).

Le droit au travail, tel que défini dans la DUDH (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948), est exprimé comme:  » Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage ». On peut difficilement considérer que le fait de ne pas pouvoir travailler le dimanche est une violation de ce droit, selon cette formulation.

Le droit à l’éducation, tel que défini dans la DUDH, est exprimé comme « Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite ». On peut difficilement considérer que le fait pour un enfant de ne pas pouvoir aller à l’école N’est PAS une violation de ce droit, selon cette formulation.

Au final, le dessin de Plantu veut faire penser que le refus du travail le dimanche par les syndicats est une violation de droits fondamentaux au même titre que le refus d’accès à l’éducation, ce qu’elle n’est, de toute évidence, pas. Une belle manipulation également.

Cette triple manipulation présentée dans ce dessin résume bien la manière dont les médias traditionnels et la plupart des politiques tentent de décrédibiliser les syndicats, mais aussi la protection des droits des travailleurs. C’est un bon début pour expliquer pourquoi Le Trends/Tendances peut aujourd’hui titrer « En 2013, il vaut mieux hériter que travailler« , et ce n’est certainement pas le droit à travailler le dimanche qui va améliorer le sort des travailleurs…

Je n’ai pas vraiment le temps d’écrire, mais ce genre d’article (et les personnes qui les prennent bien commodément pour argent comptant parce que cela leur permet de défendre leur vision « tout à la voiture » de la ville) m’énerve prodigieusement.

Seule information dans cet article: les ambulances sont intervenues nettement plus souvent ce dimanche sans voiture pour des blessures typiques liées aux chutes à vélo et aux collisions vélo/piétons. Elle est bien répétée 3 fois pour qu’on soit sur que vous compreniez bien combien le vélo sont bien plus dangereux que les voitures pour les piétons (ce qui est déjà, en soi, à hurler de bêtise).

Les informations que cet article ne contient pas (et qui permettrait de se faire une véritable opinion sur le phénomène):

  • nombre d’interventions liées au vélo
  • nombre de cycliste comparé à un dimanche normal
  • nombre d’interventions liées à une collision (vs chute/accident seul)

Ce genre d’article, à part servir un point de vue précis, ne donne aucune piste sur la gravité du phénomène (est-ce que finalement, le nombre de chute à vélo ce dimanche n’était pas proportionnel au nombre de cyclistes?), ne donne aucune explication sérieuse des causes (oui, sans  doute, certains cyclistes sont débutants et peu prudents, mais il y a à mon sens pleins d’autres causes bien plus importantes à mettre en avant, comme le relâchement de l’attention et du respect du code de la route vu la journée sans voiture, l’utilisation de voies non-cyclables par méconnaissance ou mauvaise signalisation – beh oui, quand il y a pas de voitures, les cyclistes peu habitués sont tentés de prendre les tunnels, ou encore les voies cyclables inadaptées – foutus rails de tram) et ne propose aucune piste pour améliorer la situation.

En se prêtant à cet analyse, on pourrait peut-être découvrir que les cyclistes sont, en fait, plus accidentogènes que les automobilistes. Mais honnêtement, j’en doute.

En marchant depuis la gare de Boitsfort vers Emakina, mon iPhone en mode aléatoire m’a mis dans l’oreille le morceau d’Alain Souchon « Foule Sentimentale ». Dans cet titre, Souchon fustige la publicité qui « nous inflige des désirs qui nous affligent », alors que la foule serait attirée par « les étoiles, les voiles. Que des choses pas commerciales ». J’imagine qu’en 1993, date de sa sortie sur l’album « C’est déjà ça » (excellent album au demeurant), le texte devait être pertinent. Il ne l’est plus.

Au contraire, en 2013, la publicité est devenu un vecteur de valeurs bien plus important que la politique. La politique, dans nos sociétés démocratiques, se résume à la gestion (on équilibre les entrées et les sorties de l’entreprise-état afin que celui-ci fournisse un produit qui convienne à un maximum de personne). Et quand elle se fait porteuse de valeurs, ce sont l’exclusion, la stigmatisation, l’individualisme. C’est encore bien pire dans les dictatures et autres théocraties.

Cela a laissé le champ libre pour la publicité afin de s’approprier ce côté sentimental des foules. Dove lutte pour moins de stigmatisation du corps des femmes, Red Bull pour l’ouverture au monde et aux expériences qui sortent du cadre de nos vies gérées par l’état-entreprise. Bien sûr, ces valeurs sentimentales, les marques les promeuvent dans des buts commerciaux. Mais, comme dirait Souchon, « c’est déjà ça ».

Quand à moi, je continuerais à partager mon dégoût de cette époque, et mon pessimisme sur son évolution, via Twitter, sous le hashtag #2013.

PS : si vous voulez sentir l’époque bien mieux que je ne pourrai jamais la décrire, je vous recommande « Plus rien de m’étonne » de Orelsan ou « Mickey Mouse » et « La Violence » de Veence Hanao

Cela fait maintenant plus de dix ans qu’à de régulières occasions, le débat sur la pédophilie revient sur le devant de la scène. À chaque fois, de nombreux médias reviennent sur l’affaire Marc Dutroux. Celui-ci a enlevé, violé et tué quelques jeunes filles il y a de cela plus de 10 ans.

Réaction unanime des journalistes: c’est un monstre! Nous ne devons lui trouver aucune circonstance atténuante.

Il faut dire que la caricature est bien faite, la personne tellement bien choisie. Souvenez-vous pourtant qu’on entend parfois dire que les enfants sont eux-même des terroristes en puissance, gavés de jeux vidéos violents et de films pornos, prêts à violer n’importe quelle jeune fille au coin d’une rue! Sans compter la délinquance qui toucherait maintenant toute la population…

J’ai mon avis sur la pédophilie, et je ne suis pas le seul. Certains condamnent, d’autres crient à l’intolérance, d’autres sont indécis…

… Et alors? Est-ce mal de croire que la pédophilie est une orientation sexuelle comme une autre? Est-ce condamnable d’espérer un jour la rendre légale? Pourquoi prendre un cas extrême comme Marc Dutroux pour «représenter» les pédophiles? Le risque du diktat des opinions n’est-il pas plus grave que celui de «devenir pédophile»? Voire pire, d’en avoir une vue peut-être fausse?

Peut-être que je ne consulte pas les bons médias, capables de me donner une vue complète et objective sur le sujet, permettant ainsi à leur public de se forger leur propre opinion? Ou peut-être vivons dans un monde où on est soit «à la mode», soit «hors du coup». Qu’aujourd’hui, soit on a tord, soit on a raison. Soit c’est blanc, soit c’est noir. Peut-être vivons nous aujourd’hui dans un monde dichotomique où le gris n’existe plus?

Et pourtant, nous sommes tous différents, et personne ne détient la vérité universelle. Est-ce que le respect, ce n’est pas d’accepter sans juger les comportements des autres que peut-être on ne comprend pas, et qui, tant qu’ils ne nuisent pas à la société, ne sont pas condamnables?

Alors pourquoi doit-on absolument tous avoir le bon avis? Et je ne parle pas uniquement de cette question personnelle de la pédophilie. Nous sommes tous minés par des avis «tous faits» sur des situations que vivent des personnes. J’ai mes avis sur les blancs riches hétérosexuels, les artistes et les nazis, pas vous?

Ce texte est une parodie de l’édito publié par Julien Coppens, directeur général de l’ASBL «Les Petits Riens». Son auteur s’est depuis excusé en reconnaissant que l’exemple était mal choisi. Je suis prêt à n’y voir qu’une plume peu aguerrie (chacun sa spécialité, après tout) et un emballement dans un exemple douteux.

Par contre, je ne peux me résoudre à accepter que des gens pourtant plutôt habitués aux débats sur ce type de sujet puissent soutenir cet édito et le trouver pertinent pour aborder la question complexe de la liberté d’opinion et d’expression. Je suis par contre quasiment certain que si l’exemple choisi avait été la pédophilie ou, pour faire plus soft, l’égalité homme/femme (avec l’idée que les femmes ne devraient quand même pas avoir les mêmes droits que les hommes), personne ne l’aurait jamais défendu. Lui-même ne l’aurait pas écrit…

Bien évidemment, dans l’ensemble, je suis favorable à un maximum de liberté d’expression. Mais non, je ne suis pas favorable à ce qu’on autorise les gens à s’exprimer pour défendre l’esclavagisme, l’inégalité en droit des hommes et des femmes, l’épuration raciale et autres opinions du même acabit. Les événements actuels en Grèce devraient nous rappeler pourtant que limiter l’expression de certaines opinions protège non seulement certains individus, mais aussi la société dans son ensemble, même dans des démocraties modernes (et je ne veux pas rentrer ici dans le débat sur la modernité de la démocratie grecque avant crise).

L’homophobie fait partie de ces opinions que nous devons arrêter de considérer comme protégées par la liberté d’expression. Ces opinions ont détruit la vie de bien plus de jeunes que tous les pédophiles réunis, en Belgique et ailleurs. Julien Coppens y fait lui-même référence dans son édito, en précisant qu’on doit respecter les comportements d’autrui si ceux-ci «ne nuisent pas à la société». Et je me dois de lui annoncer: oui, c’est le cas de l’homophobie. Les dégâts que causent ces personnes qui affirment que l’homosexualité est une maladie, éduque leurs enfants (ces personnes-là y ont droit, pas encore les homosexuels en France) dans cette optique-là, sont considérables. Ceux des enseignants qui s’inquiètent des penchants pour les petites filles de certaines de leurs élèves féminines, ceux des profs de football qui veulent des joueurs qui «ne soient pas des tapettes», ceux de tous qui trouvent qu’il est quand même plus acceptable d’être homophobe que pédophile, ceux qui sont tristes ou choqués en apprenant l’homosexualité des enfants de leurs amis,… Ce sont toutes ces manifestations insidieuses de l’homophobie, à côté des plus visibles, qui font que les jeunes homosexuels présentent un risque de suicide largement supérieur.

L’homophobie tue, il est temps de ne plus la tolérer.