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Je reviens de la projection du film « The Social Network » tiré du livre « The Accidental Billionnaires ». Pour ceux qui se tiendraient à l’écart de l’actualité cinématographique et du monde (ce qui est peu probable si vou lisez ce blog), cela raconte une version / une vision de la fondation de Facebook en se centrant sur la personnalité de son fondateur, Marc Zuckenberg. Voilà les quelques réflexions à chaud à la sortie de la salle.

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Le film s’attache beaucoup à la personnalité de Zuckenberg et en fait un personnage assez moyen, dont la caractéristique est sa difficulté à socialiser. C’est finalement quelqu’un assez proche de tout le monde, et en tout cas assez proche de moi. Et ce film montre a quel point le besoin de reconnaissance peut-être une force de motivation énorme. Devenir riche par accident devient dans ce cadre bien plus important que d’être riche en soi, car la richesse est alors vu comme une résultante inéluctable du talent, du génie. Le film amplifie cet aspect en montrant un Zuckenberg bien plus intéressé par sa création que par ce qu’elle lui rapporte comme valeur. Je crois que chacun pourrait souhaiter cela : devenir riche non pas parce qu’on le souhaite, mais parce que c’est la manière dont la valeur d’une idée, la valeur d’une personne est reconnue actuellement.

Mais si les gens souhaitent devenir milliardaires par accident, ce n’est pas parce que c’est inscrit dans la nature ou le subconscient humain. Certes, le besoin de reconnaissance est un besoin assez fondamental de l’Homme. Mais la manière dont nous percevons cette reconnaissance est elle dictée par le monde qui nous entoure. C’est cette parabole du rêve américain qui nous amène à percevoir la richesse comme la reconnaissance ultime de notre excellence personnel, de notre valeur en tant qu’Humain. Or, il n’y a évidemment rien de plus faux. Les plus riches ne sont pas les personnes les plus compétences, celles dont les qualités sont les plus grandes, les plus intelligentes ou les plus méritantes. Des idées excellentes, tout homme en a. Chaque homme a ses fulgurences comme chaque homme a son quart d’heure de gloire. Sur ces éclairs de génies, quelques-uns ont lieu dans des conditions qui sont propices à voir leur valeur reconnue, et donc, à termes, être récompensés par de la richesse. Cela ne rend pas les autres moins intéressants, ceux en sont les auteurs moins malins. Peut-être moins chanceux, à la limite moins opportunistes pour certains, mais certainement pas moins doué. Le modèle qu’on nous vend est pourtant celui-là : si tes idées et tes projets échouent et que d’autres réussissent, alors que tu es issu du même milieu et de la même classe sociale, c’est que tu es moins doué. En cela, je ne crois pas.

Mais ce que je blâme, en fait, ce n’est pas tant le fait que la chance ou l’opportunisme de certains (mot que j’utilise dénué de sa connotation négative, mais bien comme le fait d’être capable de saisir une opportunité, ce qui n’est ni plus ni moins la manière dont le créateur de Facebook est décrit), mais le fait de faire croire que tout le monde devrait avoir cette même chance et ces mêmes opportunités accompagnées de l’opportunisme pour les saisir.

En tant qu’universitaire, je fais indubitablement partie des personnes qui ont déjà eu le plus de chance, à qui le plus d’opportunités ont été offertes et qui a été suffisamment opportuniste pour pouvoir les saisir. Mais en tant que fils d’universitaire, je serai aussi de cette génération qui ne va probablement ni être plus riche, ni plus reconnue que ses parents. Sans doute même un peu moins. Et cela, je ne suis pas sensé l’accepter. Nous devrions tous devenir plus riches de générations en générations, tous plus géniaux, tous tendants vers cette reconnaissance ultime du milliardaire par accident. Et cela finit par m’écoeurer. Non, je n’ai pas besoin de plus de reconnaissance et certainement pas plus d’argent. J’en brûle d’envie, mais cela dépasse de loin ce besoin de base inscrit dans la nature humaine. Cette envie, cultivée par notre société post-moderne faite d’images et de projection, elle en consume plus qu’elle n’en pousse à devenir meilleur.

Mais j’irai plus loin en affirmant que cette envie, cultivée par notre société comme étant un moyen de nous rendre collectivement meilleur, en devenant tous des individus exceptionnels, est néfaste. Notre société n’a pas besoin de personnes comme Marc Zuckenberg. Nous n’avons pas besoin de génies découverts grâce à une série de circonstances et d’opportunités saisies. Leur valeur ajoutée à notre société est à peine supérieur à la valeur ajoutée de chaque humain, ce qui à l’échelle globale, est donc marginal. Ce dont nous avons besoin, c’est qu’un tout petit peu plus des éclairs de sagacité de tous soient captés et exploités. Ce n’est pas en érigeant l’exception comme modèle à atteindre qu’on pourra y arriver, c’est en sortant le modèle du génie quotidien de la déperdition qu’on pourra pousser les gens à s’apprécier à leur juste valeur et à être donc plus productif.

Je ne sais pas, moi-même, comment promouvoir cette vision de la société, dévoré comme nous le sommes tous par cette envie d’exception. Tout ce que j’ai la force et la capacité de faire, c’est un peu de résistance passive par moment pour que la valeur d’une idée et d’une personne ne soient pas mesurée par son potentiel à améliorer la société dans son ensemble mais bien au bien-être qu’elle procure à son auteur en premier lieu, et aux personnes qui l’entourent ensuite. Sommes toutes, un peu d’individualisme social dans un océan de collectivisme libéral…

Voilà quelques réflexions à la sortie de la projection de « The Social Network ». A part ça, le film est bien.

Temps d’écriture : 60 minutes

Je suis né à Mons, je vis à Bruxelles depuis 5 ans et je travaille à Mechelen depuis 5 mois. Je m’intéresse beaucoup aux réflexions de mes collègues falamnds et de mon professeur de néerlandais, lui-même très férus de comparaison entre le nord et le sud. Ces différentes réflexions qui suivent sur les flamands sont issues de ces différentes discussions, des informations glanées ici et là. Elle visent autant à montrer que les commentateurs francophones se trompent parfois quand ils parlent de nos amis du nord mais sans complaisance par rapport à des éléments de la mentalité flamande qui, combinés, rendent cette communauté dangereuse sur le plan politique. Il n’empêche que les flamands, comme les francophones, sont drôles, agréables à vivre et intéressant sur le plan personnel.

Les flamands respectent la loi

Nos voisins du nord sont très attachés au respect de la loi et de la constitution. Et il est indubitable qu’en cela, ils ont raison. Dans une situation complexe et fortement émotionnelle, rien de tel qu’une loi pour clarifier une situation. Ils vont très loin dans le respect des lois. Par exemple, il est impensable de changer les lois, même si celle-ci sont devenues absurdes. Ainsi, la frontière linguistique tel qu’elle existe actuellement ne correspond pas (ou plus) à la réalité, mais le fait qu’elle soit inscrite dans la loi suffit à ne pas devoir la remettre en question.

Le respect des lois est par ailleurs plus importants que les valeurs ou que l’humanisme. C’est une approche que je comprends parfaitement, le respect des lois lui-même doit garantir le respect de ces valeurs, puisque les lois sont sensées, dans notre pays, être inspirées par ces valeurs. Ainsi, nommer des bourgmestres élus en contrevenant à certaines dispositions légales ne peut être considéré, par nos amis du nord du pays, comme un acte qui aille dans le sens d’un respect des valeurs démocratiques et de respect de droits des minorités, car cela ne correspond pas à la loi, qui est seule garante de ces valeurs.

Les flamands sont communistes

Oui, les flamands votent massivement à droite, mais pour des raisons qui sont assez proches de ce qui pourrait motiver les gens à voter vers les partis d’extrême gauche. Les flamands sont prêts à sacrifier leur bien-être individuel, faire énormément d’effort personnel, si cela peut amener à un développement de l’ensemble de la société. On ne parle pas d’égalité ici, mais juste d’une diminution importante de la place du bien-être individuel immédiat au profit d’un développement socio-économique futur qui devrait, à termes, amener plus de bien-être individuel. Ainsi, le libéralisme capitalistique se base à présent sur des arguments autrefois utilisés par l’extrême gauche. Plus question ici de dire que le fait de stimuler les individus vont permettre de développer une société forte et libre, mais bien que les individus vont devoir se résoudre à être moins libre et moins riche pour permettre le développement capitalistique, qui au final offrira plus de liberté aux individus. Le fait est que ça marche… La Flandre est plus riche, et les flamands payent moins de taxes, parce qu’ils ont été d’accord de faire des sacrifices à certains moments cruciaux.

Le problème vient évidemment quand le système comporte une partie, une région, une ville, qui n’est pas d’accord avec le principe, une région où le bien-être des individus est plus important que la richesse globale. C’est le cas en Wallonie. C’est ce qui explique les syndicats plus revendicatifs, même sur des affaires d’individus. C’est ce qui explique le soutien populaire pour un système d’aide social très généreux. C’est ce qui explique la gauche individualiste du Parti Socialiste, loin du collectivisme capitaliste de certains partis de droite. C’est ce qui explique aussi le développement plus lent du la Wallonie sur le plan économique.

Le plus grand individualisme des wallons n’est, selon les flamands, possible que grâce à la Flandre. Et on peut dès lors comprendre que cela énerve : les flamands vont des efforts pour développer l’ensemble de leur société, et ils sont retardés en cela par les wallons qui utiliseraient une fraction de ces efforts pour les maintenir dans leur individualisme forcené. Comme tout système totalitaire tel le communisme, le système flamand ne peut s’encombrer de dissidences. Il y a donc deux solutions : soit les wallons rentrent dans le rang, accepte aussi de réaliser leur part d’effort pour le développement de la société, accepte de vivre moins bien individuellement pour permettre à termes de mieux vivre. Soit les wallons se débrouillent tout seul et laisse les efforts flamands bénéficier uniquement au développement social de la Flandre.

Les flamands sont efficaces et efficients

Je traduis régulièrement des documents en néerlandais et il est impressionnant de voir combien les flamands adorent juxtaposer les mots efficaces et efficients. C’est également pour cela que les flamands votent pour les partis ouvertement séparatistes, parce que ces partis leur promettent un état plus efficace et efficient. Que ce soit un état fédéral ou un état régional n’a absolument aucune importance. Cela explique ces fameuses différences dans les sondages entre les résultats des partis séparatistes par rapport au pourcentage de personne qui ne sont pas favorables au séparatisme. Les Flamands ne votent pas pour ces partis parce qu’ils sont séparatistes mais parce qu’ils promettent l’efficacité et, même s’ils ne sont pas favorables au séparatisme, ils voient cela soit comme un moyen efficace, soit comme un mal nécessaire.

Beaucoup de flamands affirment d’ailleurs que l’idéal, ce serait un seul état pour toute la Belgique. On ne retournera par vers cela, c’est sur. Mais le confédéralisme, c’est déjà sûr, c’est encore moins efficace que la situation actuelle, c’est continuer ce qu’on a fait jusqu’ici, rajouter des couches de complexité à la machine étatique. Seule la séparation en deux gouvernements totalement distincts peut réellement amener l’efficacité et l’efficience.

Les flamands ne sont pas démocrates

Evidemment, la démocratie est totalement inefficiente (ou inefficace). La démocratie, c’est rajouter des couches qui diminuent l’efficacité de l’appareil étatique pour permettre à ce que chacun puisse avoir une part de pouvoir de décision dans son fonctionnement. La recherche absolue de l’efficacité (ou de l’efficience) est donc un danger à termes pour la démocratie.

Par ailleurs, comme expliqué plus haut, cela transparaît également dans leur attachement viscérale à une lecture rigoriste de la loi qui est, bien sûr, un outil politique des séparatistes, mais qui convient bien aux flamands. Cette lecture intransigeante de la loi et cette application absolue sans se préoccuper de valeurs est en effet totalement en accord avec leur recherche d’efficacité qui cadre elle-même avec assez bien avec cette volonté de sacrifier le bien-être individuel de certains pour le bien être commun, puisque le sacrifice de certaines exceptions individuelles (telles les facilités) rend l’appareil étatique plus efficace et efficients.

C’est finalement ce qui est inquiétant : ces quelques traits de nos voisins du nord forment un système cohérent qui cadre parfaitement avec les valeurs encore plus ou moins d’actualité en occident : progrès, croissance, législation. Et même, cela va, dans un certain sens, dans la direction que certains qui sont considérés comme progressistes promeuvent, vers moins d’individualisme. Pourtant, je ne peux me résoudre à y adhérer : parce que je considère que les libertés individuelles et les respect de chaque individu dans toutes ses différences, avec toute l’inefficacité et la flexibilité légale que cela implique, font la base d’une véritable société démocratique. Et que c’est cela, pour moi, le véritable progrès.

Temps d’écriture : 70 minutes

Alors, on va tout de suite arrêter le mythe : non, Twitter n’est pas un outil facile pour les politiciens. Et en plus, ce n’est pas un outil indispensable vu sa base d’utilisateur très réduite. Dès lors, un politicien qui ne se trouve pas sur Twitter ne manque pas une opportunité exceptionnelle. Mais s’ils décident d’y aller, il faut bien admettre que les risques de se planter sont élevés.

Certains font en sorte de minimiser ces risques. Ainsi, @doulkeridis a eu la bonne initiative d‘inviter quelques « durs à cuire » et quelques autres de Twitter pour une discussion de deux heures destinée à parler stratégie de communication mais également campagne électorale. La discussion, ouverte et franche, montre un réel intérêt pour comprendre l’outil et tenter de l’utiliser au mieux. Il montre aussi la réserve du politicien par rapport à ce service assez marginal duquel il n’attend pas une révolution mais qu’il utilise aussi de façon assez personnelle. Bref, une rencontre intelligente qui cadre d’ailleurs bien avec le contenu du blog et de Twitter du monsieur.

Par contre, je dois bien admettre avoir été assez étonné de l’échange que j’ai eu hier avec @demotterudy. Je suis socialiste, je vote pour le parti socialiste depuis que j’ai le droit de vote, je regrette bien sûr le manque de progressisme de certains dans ce parti, mais j’ai beaucoup d’estime pour les idées qui y sont défendues. Je voterai peut-être pour le PS cette année encore, après lecture du programme que je viens de recevoir, et j’ai en plus une certaine estime pour M. Demotte. Tout cela pour dire que, s’il y a des « durs à cuire » sur Twitter vis-à-vis du PS, de ses membres et de la gauche en général, je n’en fais pas partie. Mais quand M. Demotte balance coup sur coup trois twitpics de sa personne en train de serrer des mains à une fête des voisins, je ne peux m’empêcher de faire remarquer le manque d’intérêt de ces messages. Suite à quoi j’assiste, assez étonné, à un ensemble de réponses et contre-réponse d’une très mauvaise qualité.

Je ne ferai pas l’analyse de la discussion, d’autres l’ont déjà fait pour moi (ici et ), je veux juste insister sur quelques points à l’attention de nos amis versés dans l’art de la politique :

1. Les gens sur Twitter constitue une niche, un ensemble assez particulier cohérent sur de nombreux points, de manière générale liés à leur statut socio-économique assez élevé. Sans avoir d’étude pour l’affirmer, je me rends à l’évidence et ne peut que vous enjoindre à en tenir compte lors de votre communication. Vous ne pouvez pas, et ne devez pas, leur parler de la même chose et de la même façon qu’au public de la télévision (ne lisez pas ceci comme un jugement de valeur).

2. Twitter n’est pas un média comme les autres. Son intérêt n’est pas dans ce que vous y dites, ou beaucoup moins, mais dans ce que les gens vous disent et la manière dont vous leur répondez. Ce que les gens veulent savoir, c’est plus qui vous êtes que ce que vous pensez. Sinon, franchement, pourquoi se faire chier à écrire ça en 140 caractères. Vous devez bien sûr répondre un contenu intéressant, mais ce qui va vraiment lui donner de la valeur au final, c’est sa forme.

3. Le public de Twitter ne constitue pas un groupe identique qui fonctionne selon les mêmes règles que d’autres publics. Ce public-ci est inter-connecté. Cela veut dire que de nombreuses personnes ont un passé commun, un personnage qu’il joue avec certains autres personnages, une intimité commune parfois. Cela influence leur comportement, la manière dont ils vous répondent en plus d’influencer la manière dont ils vous perçoivent. Faire fi de cette spécificité vous fait passer à côté d’informations importantes et peut vous faire commettre des erreurs ainsi que vous exposer à des réactions négatives. Il est donc très important d’écouter, non seulement parce que les informations sur Twitter peuvent être très intéressantes, mais également pour percevoir la dynamique de groupe, les personnes disposant réellement d’un rayonnement sur les autres, les personnes qui sont liées, afin de pouvoir vous adapter à toutes ces finesses qui ne sont bien évidemment pas visible à la première connexion.

Divers article récent sur le sujet :

www.francbelge.be/2010/05/31/deux-lecons-de-communication-politique-sur-twitter/
tetedeliste.com/2010/05/30/rudy-demotte-ps/
http://blogs.lesoir.be/sagabelgicabis/2010/05/31/est-il-possible-de-debattre-sur-twitter/
http://www.leblogdubiencommun.be/?p=65

Temps de rédaction : 38 minutes

Cet article est une réponse à l’article de Echocynique paru ce 10 janvier sur son blog et les commentaires à son sujet relevé sur Twitter.

L’interview du président du PS concernant les impacts de la crise sur les plus pauvres est assez criticable. Malheureusement, la critique que @Echocynique nous propose est tellement superficielle et grossièrement polémique que je ne peux me résoudre à ne pas y réagir.

Dans l’ensemble, l’article joue au Nostradamus économique en mettant en avant des liens de causes à effets non démontrés (ce qui, en soi, est logique dans un billet d’opinion) mais surtout non étayés d’arguments. Je ne vois personnellement pas en quoi le contrôle des prix des produits de base aurait un impact important sur les petits commerces. Les petits commerçants en Belgique ne sont actuellement pas particulièrement dépendants des produits de première nécessité : les épiceries de quartier ont totalement disparu, seuls restent des nights shops qui seraient de toute façon exclus d’une mesure de contrôle des prix (ce qui est d’ailleurs assez dommage, la plupart sont franchement illégaux). Par ailleurs, ce sont bien les gros distributeurs mais surtout les grossistes qui seraient le plus victimes de ce contrôle des prix des produits de base, ce qui va de toute façon amener à une augmentation d’autres prix en compensation. Je doute donc que cette mesure d’un autre âge soit réellement pertinente, d’autant plus que l’inflation a été particulièrement faible ces derniers mois et qu’un contrôle des prix supplémentaires seraient néfastes pour les revenus de la consommation, déjà assez affaiblis. Je doute de toute façon que cela participe de manière réelle à l’amélioration du bien-être des plus démunis.

S’il y a donc d’excellents arguments pour critiquer le contrôle des prix, qui ne sont pas la menace que cela ferait peser sur les petits commerçant, les deux lignes concernant l’augmentation des revenus de remplacement sont franchement faiblardes. L’argument du piège à l’emploi est un cheval de bataille des personnes opposées à ces revenus, et il relève jusqu’à preuve du contraire, du fantasme. Si j’arrive jusqu’au chômage (je suis en stage d’attente), je bénéficierai d’une allocation de moins de 800 euros par mois. Cela permet certes de survivre mais certainement pas de vivre (c’est à dire s’épanouir dans son existence). Aù-delà du fait que la plupart des personnes travaillent également pour avoir une place dans notre société, ce qui semble être rarement le cas des ultra-libéraux qui semble considérer le travail uniquement comme une source de revenu, je doute que passer les revenus de remplacement à 850 euros constituerait une raison suffisante pour la plupart de mettre tout en oeuvre pour rester au chômage. Parce qu’à part se loger, se nourrir, se vêtir, se chauffer et communiquer, on peut pas faire grand chose de plus avec cette somme, et on fait déjà tout cela assez mal !

D’autant plus qu’il faut vraiment se démener pour les garder, ses allocations de remplacement sans travailler, vu le système d’exclusion de plus en plus renforcé (et assez injuste et aléatoire) qui est mis en place. Il est pourtant nécessaire, car la fraude existe : travailleurs au noir qui profitent du chômage (ou employeurs qui sous-paient des travailleurs au noir en leur faisant valoir le fait qu’ils continueront à toucher le chômage – j’en connais), fausse déclaration de cohabitation et autres arnaques au CPAS sont des fléaux contre lesquels il faut lutter. Néanmoins, c’est bien autours de la fraude que doit s’axer le système d’exclusion des revenus de remplacement. A l’heure actuelle, des personnes qui veulent changer d’orientation (c’est encore le droit de chacun de choisir son travail) et se forment pour cela sont menacés d’exclusion du chômage, d’autres qui sont simplement sous-qualifiés mais veulent vivre et travailler décemment (ce qui me semble aussi le droit de tous) le sont également.

Car il est là, le véritable problème : il est impensable à l’heure actuelle qu’un travailleur à temps-plein quelque soit sa fonction, gagne moins de 1100 euros net par mois (surtout à Bruxelles) ! S’il faut sans doute augmenter les revenus de remplacement pour permettre aux gens de vivre décemment, il faut surtout augmenter le salaire minimum légal et améliorer les conditions de travail des travailleurs les plus précaires. Il n’est pas normal qu’un travailleur n’ait aucun confort de vie. Car si c’est pour vivre mal en exploité dans un travail aux conditions déplorables et ne même pas disposer de moyens suffisant pour vivre bien en dehors, autant vivre mal en exclu de la société car au chômage. On ne sait pas quel est le moindre mal, mais au moins, on ne doit pas se lever le matin.

Mais le pire dans tout cela, c’est que je suis convaincu qu’une augmentation des plus bas revenus (salaire minimum et allocations de remplacement) serait globalement positif pour l’économie. Vu les niveaux de revenus dont on parle, je crois que la majeure partie de cette augmentation serait réinjectée dans l’économie par la consommation, qui est le premier moteur économique de notre pays, créant une demande plus importante et une industrie en meilleure santé. Cette mesure rendra, contrairement à ce qu’affirme l’article auquel je réponds, tout le monde plus riche. Ce en quoi je suis dans la lignée de nombreux économistes politiques qui affirment que les revenus de remplacements sont indispensables aux fonctionnements de nos économies (voir Barthélemy, Pieretti, Heertje « Principes d’économie politique », De Boeck)

Je n’ai pas répondu ici à l’idée que les gens exclus du chômage ne vont pas au CPAS. Comme le lien vers lequel pointe l’article de @echocynique l’explique lui-même, le chiffre de 9% avancé par la Ministre est contesté par une autre étude. L’intervention de Zoé Genot est d’ailleurs intéressante et exprime mon point de vue sur la chasse au chômeur.

Pour résumer ma réaction : le contrôle des prix me semble être une mauvaise idée non pas parce qu’il va constituer une menace pour les petits commerçants mais bien parce qu’il ne va pas améliorer la qualité de vie des plus démunis et que vu les circonstances, il me semble dangereux pour l’économie ; le piège à l’emploi que constitue les allocations de remplacement est un fantasme ultra-libéral que j’attends de voir étayé par des chiffres et qui me semble de toute façon absurde par rapport à la réalité que beaucoup vivent au jour le jour ; l’exclusion du chômage est un moyen de sanction important à préserver pour lutter contre la fraude mais doit se limiter à cet objectif.

Je répondrais bien à tous vos commentaires, mais là, je dois envoyer quelques CV et lettres de motivation, j’entame mon cinquième mois de recherche d’emploi infructueuse, et je vais bientôt devoir prouver à l’ONEM que je mérite le droit de vivre.

Début septembre, certains membres du gouvernement français et une partie de la population trésaillaient : le jeu sur navigateur allemand pennergame débarquait en version française sous le nom clodogame.fr. Comme le nom l’annonce, le jeu vise à vous mettre dans la peau d’un SDF parisien qui va tout faire pour gagner du fric et devenir le plus grand SDF de la ville des lumières. Cynique, vulgaire, dégradant ? J’ai pu tester longuement le site et je me dois de modérer ces propos.

L’idée sous-jacente dans les principales critiques du jeu sont liée à l’idée que le jeu se moquerait du sans-abris, maintiendrait des amalgames douteux entre pauvreté et vol et saperait le travail de sensibilisation d’associations de terrain (voir ici et par exemple).

Or, si le jeu rend en effet la vie de SDF plus drôle qu’elle ne l’est en réalité, elle la rend aussi complètement irréaliste. Le jeu n’a pas pour but d’offrir une simulation réaliste du triste destin des personnes à la rue. Les mécanismes de jeu sont assez simples et adaptés à plein de situation, le choix du décor est purement esthétique (et marketing), ce qui amène des situations rocambolesques. Un personage de clodogame gagne principalement sa vie en ramassant des tickets de métro, avec lesquels il va pouvoir se payer une girafe et un petit château à Versaille ! L’absurdité de la simulation devrait déjà écarter toute les critiques liées à une quelconque moquerie des SDF : il est impossible de ne pas se rendre compte que les personnages de clodogame n’ont absolument rien en commun avec le vécu d’un SDF.

Maintenant, c’est vrai que certaines actions du jeu peuvent renforcer certains stéréotypes : les autres manières de gagner de l’argent pour un personnage de clodogame sont de commettre des délits (là aussi, assez irréalistes) ou d’attaquer d’autres personnages. Si il est vrai qu’on ne peut pas généraliser cette criminalité du SDF, il faut quand même reconnaître que la petite criminalité (vol et racket par exemple) est souvent liée à la pauvreté. C’est tout à fait logique et je ne vois pas en quoi il est révoltant de reconnaître ce lien. Cela ne veut pas dire que tous les pauvres ou les SDF sont des criminels, bien évidemment, mais l’existence d’une criminalité plus forte dans les milieux défavorisés me semblent être une vérité acquise.

Dès lors, plutôt que de tenter de lutter contre ce jeu, pas toujours de très bon goût, mais loin d’être aussi choquant et dérangeant que certains médias et hommes politiques l’ont présenté, pourquoi ne pas profiter de cette vitrine pour sensibiliser à la problématique des sans-abris. L’éditeur du jeu le fait déjà en Allemagne où il incite les joueurs à effectuer des dons à des associations d’aide aux sans-abri. Il a promis de prendre la même direction sur sa version française si le jeu trouve son public. S’il y a bien un domaine où l’Etat devrait agir, c’est en forçant un peu la main de l’éditeur dans cette direction afin de faciliter la collaboration entre cet éditeur alemand et les ASBL françaises qui pourraient profiter de la notoriété de la plate-forme pour améliorer la leur.

Quand au jeu lui-même, il est loin d’être parfait : traduction française assez approximative et incomplète, des erreurs de codage, une interface pas très claire et assez moche douclée d’un mécanisme de jeu qui n’est absolument pas original. On ne peut même pas dire qu’on attache tant d’importance que ça au contexte choisi. C’est typiquement le genre de jeu où vous jouez par habitude, sans y penser, qui demande peu d’investissement tout en vous permettant de progresser suffisamment vite et en vous offrant des objectifs à sufisamment long termes pour que vous restiez accroché. Rien de transcendant donc, mais pas plus mauvais que la plupart de ces « jeu de navigateurs ».

Je ne suis pas un grand militant de la cause homosexuelle, et même si je me revendique proche des mouvances en lien avec les Gender Studies, je ne suis pas particulièrement revendicatif dans ce domaine. Il y a pourtant une absurdité qui m’a sans arrêt fait hérisser les poils dans le domaine des discrimations à l’encontre des homosexuels : l’interdication de donner son sang à la Croix-Rouge.

Or, il s’avère que pas plus tard qu’hier, M. Pascal Smets, Ministre de l’Egalité des Chances et parrain de la campagne de la Croix-Rouge pour le don de sang, fait son coming-out. Rien d’exceptionnel à cela, si ce n’est que cela remet en plein jour cette interdication (et son absurdité) : le parrain de la campagne pour le don de sang ne peut pas donner son sang.

Examinons de plus près cette interdiction. La Croix-Rouge justifie le fait de considérer les homosexuels masculins comme un groupe à risque grâce aux statistiques qui montrent que le Sida est nettement plus présent dans ce groupe social. C’est sans doute vrai. Mais qu’on ne mette pas en avant le risque sanitaire et la santé publique pour justifier cette exclusion : chaque poche de sang est testée quelles que soient les réponses au fameux questionnaire. Il s’agit bien d’une question d’argent : l’afflux de nouvelles poches issues des homosexuels masculins va entraîner des coûts pour les tester, et il est supposé qu’on trouvera plus de poche contaminée par le virus du Sida, donc inutilisables, ce qui fera augmenter le coût moyen de la poche de sang.

J’émets néanmoins une réserve par rapport à cette conclusion. Les vrais chiffres à comparer ne sont pas les chiffres de pénétration du virus dans la population homosexuelle par rapport aux autres, mais bien ceux du nombre de personne contaminée à leur insu. Vu que la communauté homosexuelle est, je crois, nettement plus sensibilisée et testé que la communauté hétérosexuelle, il est probable, je pense, que l’écart entre les deux populations soit nettement moins important qu’on pourrait le croire. Ce qui aurait donc un impact moindre sur le coût moyen par poche de sang. La Croix-Rouge base peut-être sa décision sur ces chiffres qui me semblent plus opportuns, donc je n’irai pas plus loin dans cette direction sans en savoir plus.

Car au-delà de ces questions de coûts, il me semble important de mener une réflexion plus globale. L’attitude de la Croix-Rouge me semble en effet dommageable en termes de discrimination mais également de santé publique. Je m’explique… Le fait d’associer une nouvelle fois l’homosexuel masculin et le Sida contribue à renforcer les stéréotypes gay = sida. Plus grave (ou peut-être pas plus grave, mais moins souvent évoqué), cela renforce également sans doute l’idée hétéro = sain. Or la progression du virus est actuellement tout aussi inquiétante parmis la population hétérosexuelle. L’attitude de la Croix-Rouge dans ce contexte me semble donc peu appropriée, si pas dangereuse.

Par ailleurs, la charge lourde envers les homosexuels concernant le Sida, si elle a bien fonctionné dans les années 90, montre à présent ses limites dans l’émergence et le gain en puissance des mouvements de Relapse et Barebacking. Cette émergence est bien sûr en partie due à l’idée – fausse – que l’on vit à présent aussi bien infecté que sain. Mais elle est aussi une réaction à la quasi criminilisation de l’homosexuel face à la propagation du Sida. Renforcer cette communication agressive à l’encontre des homosexuels n’amène plus tant des réactions comme « Ils ont raisons, il faut faire quelque chose, soyons très prudent » que plutôt des réactions « On en a rien à foutre, on préfère vivre notre vie, vous nous jugerez de toute façon », du moins dans certains milieux. En tout cas, on oberve une augmentation très nette du nombre de contamination ces dernières années.

Enfin, au final, je trouve réellement chocante la charge lourde des médias en faveur du don de sang quand on préfère finalement se priver d’un ensemble de donneurs potentiels pour des raisons de coûts. Car à n’en pas douter, les homosexuels « out », souvent de classes sociales et économiques en moyenne plus élevées, sont particulièrement dans le public-cible des donneurs.

Bref, pour toutes ces raisons, je pense que l’argument économique de la Croix-Rouge pour le maintien des homosexuels masculins dans la catégorie des groupes à risques est discriminatoire et participe probablement à des effets néfastes qui poussent la propagation du virus du Sida.

PS : je suis sélectionné parmis les meilleurs commentateurs du site Truvo.be. Si vous avez envie, vous pouvez voter pour moi sur ce site (3 pts pour Yann Lebout) et vous pouvez même jeter un oeil à ce que j’écris via ce lien. Je ne vous promets rien si je gagne, parce qu’il n’y a rien à y gagner ;)