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Vous le savez sans doute si vous me lisez régulièrement, je ne suis pas le dernier à dénoncer les problèmes d’égalité des genres. A part certains fourvoiements sémantiques, je soutiens la plupart des revendications féministes, parfois mêmes les plus démonstratives.

Et cela m’énerve d’autant plus de voir le sujet de la Justice dans les affaires de viols traité avec une légèreté inconsciente. Aujourd’hui est ressorti dans les flux de discussion le résultat d’une étude de l’ONU concernant les taux d’élucidation des viols en Belgique, résultat publié en juillet 2011 sur Le Soir et ayant fait l’objet d’une question parlementaire de Zoé Génot (qui résume bien l’information dudit rapport, les réponses du ministre de la Justice belge et ce qu’on en a tiré). Dans cette étude, la Belgique est pointée du doigt pour son taux de condamnation particulièrement faible (4%), surtout par comparaison à la moyenne européenne.

Le problème de tout cela, c’est que ces chiffres… ne veulent simplement pas dire grand chose.

Premièrement, il me semblerait important de vérifier qu’on parle bien de chiffre comparable. Même si le terme « taux de condamnation » me semble assez explicite, il n’est pas impossible que ce terme revête des significations différentes selon les pays.

Deuxièmement, il serait intéressant de replacer ce chiffre dans une comparaison plus large de la Justice en Europe. Quel est le taux de condamnation global en Belgique et dans les autres pays de l’UE? Sans cela, il est impossible de dire si le système de Justice belge dans son ensemble condamne moins que celui d’autres pays européens ou s’il y a véritablement un problème spécifique en Belgique concernant les viols.

Troisièmement, en fonction de ce que les deux premiers points aient confirmés l’une ou l’autre hypothèse, il serait me semble-t-il nettement plus productif de pousser les recherches plus loin, afin de déterminer pourquoi ce phénomène se produirait spécifiquement pour les viols. S’agit-il de brèches légales qui permettent à des personnes ayant commis un viol d’échapper à la condamnation, s’agit-il d’un problème exécutif, lié à l’organisation de la Justice en Belgique (qui serait discriminatoire ou pas suffisamment efficace pour les affaires de viol), ou encore s’agit-il d’un problème purement judiciaire (une jurisprudence plus favorable à la défense dans le cadre des présomptions de viol).

C’est seulement en effectuant cette démarche qu’on pourra tirer des enseignements concrets et applicables pour lutter contre l’impunité des violeurs (qui reste selon moi très majoritairement due à d’autres problèmes que le taux de condamnation, et il serait peut-être préférable de concentrer son énergie sur d’autres plans de la problématique pour améliorer la situation – mais cela relève du choix politique).

Soyons bien clair, il est évident que des efforts énormes doivent encore être entrepris dans ce domaine. Mais je ne crois pas qu’ânonner des chiffres sans les mettre dans leur contexte, sans en montrer la portée réelle, et sans tenter de déceler les origines du mal puisse vraiment faire avancer les choses. Si vous êtes intéressé par la problématique, je ne peux que vous conseiller de suivre le travail d’Amnesty International, particulièrement actif dans ce domaine, en Belgique également.

Et puis, au final, ce qui me semble bien plus essentiel, c’est de faire diminuer le nombre de viols. Et le taux de condamnation, je le crains, n’a qu’une influence très marginale sur le nombre de crimes commis.

C’est triste ce qu’on voit au nom de la liberté d’expression. Il y a peu, mon ami @mateusz dénonçait un fail de Sud Presse qui avait utilisé une vidéo taguée par le site fdesouche dans un de ces articles. Si son point de vue, dans l’absolu, était assez anodin (un média se doit de vérifier les contenus qu’ils utilisent, et situer leurs contextes lorsque leur provenance pose question, pas une révélation, quoi), la déferlante de commentaires extrêmes qui ont suivi rend l’article intéressant.

On peut constater que la défense des personnes favorables à fdesouche est toujours la même pour échapper aux critiques de xénophobie: le site ne fait que rapporter des liens de la presse traditionnelle et respecte la liberté d’expression de ses commentateurs.

Il est stupide et dangereux de considérer que le journalisme de lien est par essence neutre. Ce n’est pas parce qu’un site ne fait que répertorier des liens vers de la presse traditionnelle qu’il ne donne pas une vision tronquée de la réalité. C’est même tout l’inverse, et on peut reconnaître à fdesouche la grande force de sa tactique. Donc oui, fdesouche est bien un site xénophobe car il construit et propage une vision tronquée de la réalité où les problématiques globales sont simplifiées et imputées sans nuances à l’immigration (et à la gauche qui la soutiendrait). Le fait qu’ils utilisent pour cela ce que la presse traditionelle publie n’y change rien (mais devrait susciter un débat chez celle-ci, ce qui est une autre question)

Mais le point de mon article n’est pas là. Car la tactique des défenseurs de ce site va plus loin. Agissant de manière violente, ils mettent une énergie énorme à décrédibiliser toute voix contraire, en faisant croire que celle-ci serait opposée à la liberté d’expression. Selon eux, Fdesouche permettrait à une opinion qui n’a pas voix au chapitre de s’exprimer, et s’opposer à ce site relèverait d’une atteinte à la cette liberté fondamentale. C’est une argumentation puissante, bien évidemment, puisqu’il s’agit de défendre son propre point de vue avec les arguments utilisés par ses détracteurs.

Or, j’affirme qu’il est tout à fait possible de condamner, au nom des droits humains, le site fdesouche. Si ceux-ci consacrent en effet la liberté d’expression comme un droit fondamental, la DUDH stipule également, dans son dernier article, que l’utilisation d’un des droits énoncés dans cette déclaration ne peut être fait pour aller à l’encontre d’un autre de ces droits. S’il est important de ne pas utiliser à tout va cette article pour éviter l’immobilisme, il est des cas comme celui-ci où je le crois justifié. Non, nous ne devons pas tolérer le site fdesouche au nom de la liberté d’expression, car celui-ci l’utilise en contradiction avec plusieurs de ces autres articles (dont, de manière assez claire, l’article 1er).

Après, au-delà de ces réflexions générales, il me semble assez peu pertinent d’interdire ce site et de le faire fermer. Il est en effet bien plus intéressant pour les défenseurs des droits humains de disposer de cet observatoire public de l’extrémisme plutôt que de le reléguer dans les coins sombres où il sera peut-être un peu moins efficace, mais nettement moins contrôlable.
Par contre, il est essentiel de ne pas laisser cette frange de la population, très active, cannibaliser la notion de liberté d’expression. Il est essentiel de rappeler autant que possible que ces opinions sont nauséabondes et inacceptables. Il est essentiel de dénoncer de manière soutenue les manipulations de fdesouche.

N’ayons pas peur des mots, n’ayons pas peur de notre liberté d’expression pour dénoncer avec force les manipulations de ce site et de ses membres. Il nous appartient de l’utiliser au mieux, car je refuse avec véhémence qu’à l’avenir, liberté d’expression rime avec fdesouche.

Temps d’écriture: 40 minutes

Je reviens de vacances familiales en Calabre, une région au sud de l’Italie, où ma grand-mère vit. Elle habite une grande maison sur la route qui mène au cimetière d’un gros village côtier qui se nomme Campora San Giovani. Des quelques jours passés là-bas ainsi que de la vision du fim « Videocracy » (que je vous recommande d’aller voir au Cinéma Nova ce 21/10), je vous livre quelques impressions en vracs sur l’Italie « profonde » et sur sa télévision.

I. Fame

S’il fallait prendre un pays pour illustrer les dégâts de la télé-réalité (en écrivant le terme, je me rends compte combien il est absurde), l’Italie serait sans doute un excellent choix. Bien avant l’avènement de ce type de programme, la télévision berlusconnienne avait déjà bien intégré l’idée que pour rendre les gens accrocs à ses programmes, il s’agissait de leur faire croire qu’elle était accessible à n’importe qui (mais pas à tous), que ceux qui y figurent sont nos voisins, et qu’un jour, tu pourras toi aussi y figurer. Non pas parce que tu fais des choses exceptionnelles, mais au contraire parce que tu corresponds exactement à l’italien moyen fantasmé. Cette télévision se voulait être un espoir d’ascenseur social express pour une population dont la majeure partie n’a pas connu la révolution industrielle et dont le modèle économique dans les années 1930 pouvait encore s’apparenter au servage. Cette télévision qui rend n’importe qui célèbre, ce n’est pas uniquement un moyen de satisfaire son besoin de valorisation, c’est aussi perçu comme une manière de s’élever dans la société, de véritablement changer de classe sociale. Dans une sorte d’instrumentalisation de la lutte des classes, elle est un excellent exemple de média utilisé comme une manière de contenir les «dominés» en leur donnant l’espoir d’une accession facile au rôle de «dominant». Et à son pouvoir d’achat.

II. Bijoux, voitures et fringues

Car, ne nous leurrons pas, ce qui est en jeu ici est loin d’une représentation abstraite du pouvoir, d’une question idéologique (la force de travail exploitée par les possédants). On en est même particulièrement loin, et j’y reviendrai. Ce dont on parle, c’est de consommation de masse et d’ostentation. Plus que jamais, l’Italie profonde n’existe que par ce qu’elle achète. Avec une prédilection pour les objets de traditions: les fringues, les bijoux et les voitures. Les appareils électroniques ont assez peu la cote (alors que je m’attendais à une débauche d’iPhone et autres mini-ordinateurs). Par contre, à Campora San Giovanni, il y a 4 horlogers/bijoutiers, alors qu’il y a 1 pharmacie. Et je n’ai pas compté le nombre de boutique de vêtements… Les jeunes vivent chez leurs parents mais on tous leur propre voiture. Ils râlent quand leur espresso passe de 0.6 à 0,7€ mais portent tous des lunettes de soleil de marques. Ici, tout acte trouve son sens dans les échanges financiers qui sont derrières, et donc par la possibilité d’acheter de l’essence pour descendre et monter le Corso en voiture pendant la soirée. Tout acte de don cache une attente d’un retour, et si quelqu’un te rend service, il s’attend à ce que tu le payes. Qu’on ne me prête pas d’intention moralisatrice, je n’associe pas la consommation à un « mal ». Mais quand une société ne semble tourner qu’autour d’elle, on peut se poser la question de la viabilité. D’autant plus que si la consommation est fortement valorisée, les moyens de la nourrir, et en particulier le travail, sont fortement dévalorisés. Au point que le travail, à Campora San Giovanni, ne semble simplement pas exister.

III. Indigne

Il y a deux raisons qui expliquent cette absence quasi-complète de travail. La première, évidente, c’est qu’il n’y a simplement pas d’employeurs. Pas d’industrie, très peu de commerces qui emploient. La manière dont le commerce est perçu est d’ailleurs assez particulière. Ceux-ci sont généralement familiaux, et toute la famille y participe. La notion d’emploi, de travail y est complètement substituée par l’idée d’une rentabilisation du capital familial. Servir dans le café familial, ce n’est pas travailler, c’est « aider la famille ». Cela serait un modèle alternatif intéressant si ce qui sous-tendait cette idée n’était pas uniquement la consommation et que le fait de ne pas présenter ce commerce comme un travail ne soit en fait qu’une stratégie visant à renforcer son image de soi. Pas d’entraide ici, on parle bien de « profiter d’un capital » contre des « services ». Cela a son importance, car dans l’Italie profonde, la consommation prend encore plus de valeur quand l’argent qui la nourrit a été facilement obtenu.
C’est la deuxième raison pour laquelle il n’y a pas de travail: personne ne veut être vu comme un travailleur. Il y a les commerçants, il y a ceux qui «rendent des services» mais il n’y a pas d’employés ou d’ouvriers. La plupart de ces occupations où on travaille sont «indignes». La pire étant bien évidemment de «travailler la terre». Des métiers perçus comme indignes, il y en a partout et dans tous les pays. Ici, cela va beaucoup plus loin, c’est l’idée même de travail qui semble être rejetée par les plus jeunes, sans doute en réaction aux plus vieux. Car oui, les plus âgés travaillent beaucoup. Et il ne peuvent comprendre et accepter que les générations qui suivent préfèrent laisser la terre en friche et acheter sa nourriture à planter des tomates. Ce discours du « travail pénible pour mériter sa pitance » s’oppose de front aux aspirations renvoyées par la télévision: ne rien faire et gagner beaucoup d’argent. L’éloignement de ces deux discours amène, plutôt qu’à trouver une position médiane, à la radicalisation des points de vues. Pas questions pour les plus jeunes de se « salir les mains ». Tout l’art consiste à rendre suffisamment de services ou de créer sa petite affaire faite de magouilles diverses. Et pour la femme, à aller à l’université pour se marier avec un homme riche

IV. Une bonne maîtresse (de maison)

Car non contente de créer un fossé entre les générations, cette télévision entretient le fossé des genres. Si vous croyez que le cliché du macho italien a vécu, vous vous trompez. Il s’est transformé mais est on ne peut plus vivace. En Italie, une femme est de toute façon mal vue si elle ne fait pas à manger correctement. Bon, si elle travaille, on peut plus ou moins l’excuser. Sinon, il est normal qu’un mari puisse trouver une bonne assiette lorsqu’il rentre du boulot (voir le chapitre ci-dessus concernant le travail). Un homme ne va quand même pas se marier si c’est pour trouver chez lui des plats réchauffés qu’il peut lui-même s’acheter en sortant du travail. Ce n’est pas pour rien qu’il y a une quantité incroyable d’émissions culinaires à la TV, et qu’elles font partie des meilleures audiences!
Au-delà de son aspect utile au fourneau, la femme est avant tout un objet sexuel. Il est assez déroutant de voir que pendant les journaux parlés, les plans sur les femmes s’attardent sans aucune finesse sur les fesses et les seins. Et ce sont toutes des putes qui en veulent à ton argent (« ne vas pas marier une femme de Cosenza – la ville la plus proche – cela va te coucher cher! »). Le seul rôle que peuvent avoir des femmes à la télévision, c’est préparer à manger et avoir de jolis (gros) seins et fessiers.
Je suppose qu’il doit y avoir des mouvements féministes en Italie, et même dans le sud, mais face à tous ces clichés, la femme italienne abdique le plus souvent. Pourtant, sans être un spécialiste du sujet, il semble assez clair que l’arrivée d’un deuxième salaire dans les foyers en Europe a marqué un tournant décisif dans la généralisation de la classe moyenne. En excluant les femmes de la vie de la Cité, les italiens fige leur société dans un cliché rétrograde. Mais la situation de la femme est loin d’être désagréable si on la compare à celle des « étrangers ».

V. Boucs-émissaires

S’il peut paraître paradoxal de voir apparaître un discours violemment anti-étranger dans une population qui pour une partie non négligeable est « rentrée au pays » après avoir émigré, c’est en fait dans ce parcours que se trouve la source de ce discour. Les émigrés des années 50 ont indubitablement beaucoup souffert. Ils étaient littéralement vendus par les Etats sous forme de taxe pour fournir de la main-d’oeuvre pour les mines, accueillis dans des conditions difficiles (c’est à dire inhumaine selon les standards actuels). Ceux qui ont vécus cela accepte mal qu’on « donne tout » aux étrangers qui viennent s’installer « chez eux » pour profiter, eux qui ont tant souffert (vous pouvez faire en parallèle entre le discour sur les étrangers et le rapport au travail). Ce « on leur donne tout contre rien » est une constante des partis anti-immigrations partout dans le monde. C’est bien évidemment un cliché que la réalité démonte tous les jours (en fait, les étrangers obtiennent peu après beaucoup de difficultés et de brimades), mais c’est un cliché savamment entretenu par des comparaisons oisives et autres généralisations basées sur des cas particuliers. C’est évidemment le cas en Italie où les étrangers ne sont pas mieux reçus que partout ailleurs en Europe.
Ca, c’est pour la réalité. Concernant la perception, elle est tellement distordue que cela en devient risible. Sur le nombre d’abord… Quand on vient de Bruxelles, l’immigration dans le sud de l’Italie est loin de sauter aux yeux. Ils sont sensés être partout et très nombreux, mais ils se cachent bien. Sur leur attitude ensuite… S’ils travaillent, ils piquent l’argent des pauvres italiens qui le méritent. S’ils ne travaillent pas, ce sont des profiteurs. Cette perception des étrangers très violentes amène des comportements très violents à leur égards, sans que personne n’y trouve à redire.

VI. Ethique

Ainsi, cette histoire d’un yougoslave payé cet été 10€ par jour pour travailler sur la plage, logé dans la réserve du bar de plage. Tout le village semble être au courant (et donc, parmi eux, des membres des forces de l’ordre), et personne ne semble y trouver à redire. Ce n’est qu’un exemple d’exploitation de la misère humaine qui montre combien la vie économique, mais la vie sociale en générale, est exemptée de toute notion d’éthique. C’est évidemment un reflet de la vie politique italienne, et sa cohabitation avec la maffia, depuis des dizaines d’années. Il est troublant de constater du peu d’offuscation des gens vis-à-vis de celle-ci. Tout le monde a des histoires de rackett de commerce et autre blanchiment d’argent à raconter, et personne ne semble y porter un jugement éthique. Ces histoires sont plus racontées sur le mode « il a voulu jouer, il a perdu », comme si la criminalité organisée n’était d’une fraude. La comparaison est flagrante quand on voit les réactions face aux faits divers dont sont encombrés les journaux (entre deux pages de publicité). Des histoires de jalousie qui finissent dans le sang, pour cela, l’appel à la loi du talion est direct, car l’honneur est en jeu. Mais dans le rapport quotidien à l’autre et au tissu social qui l’entoure, il n’y a plus rien d’humain.

Miroir grossissant

Je pourrais continuer encore, parler de sujets plus politiques, ou même de la place du piéton dans l’espace public, mais je vais m’arrêter là. L’impression globale que m’a laissé ce voyage est double. D’une part, la télévision italienne, par son culte de la célébrité, de la richesse comme valeur absolue, par ses clichés sur la femme ou les étrangers, par la manière dont elle structure ce qui est grave de ce qui l’est moins, ne fait pas qu’appauvrir culturellement la population de l’Italie « profonde ». Elle crée aussi des conditions qui rendent le développement économique de régions entières beaucoup plus difficile, elle appauvri au sens financier du terme sa population. D’autre part, si les quelques éléments que je soulève ci-dessus se retrouvent dans la plupart des sociétés occidentales actuelles de manière plus ou moins diffuse, la violence avec laquelle ces éléments sont présents dans la vie italienne et l’absence de réaction à ceux-ci sont inquiétant. C’est surtout pour moi un rappel qu’une vigilance de tous les jours est nécessaire, tant vis-à-vis de soi et de sa propre éthique qui vis-à-vis du monde dans lequel nous vivons.

Temps d’écriture : 360 minutes

Tu prends deux gros département français (ou deux petits états américains) que tu sépares par une frontière, tu construits une seule grosse ville entre les deux qui appartient aux deux départements, tu fais voter un des deux départements pour une droite libérale économiquement et conservatrice socialement, et l’autre pour une gauche conservatrice économiquement et progressiste socialement. Et tu résumes le concept d’Etat à un « projet commun ».

Félicitation, vous avez une Belgique à servir bien chaud pour environ 11 millions d’habitants.

Temps d’écriture: 8 minutes

Vous la savez sans doute, les réglementations concernant la pub comparative ont été, il y a peu, assouplies en Belgique, qui était un des pays parmi les plus conservateurs à ce niveau.

Ce n’est pas pour autant qu’on a vu fleurir les spots Mc Do Vs Quick ou Mercedes Vs Audi. Pour plusieurs raisons, la première étant sans doute que personne n’a envie d’ouvrir la vanne et risquer un retour de flamme. Une autre étant sans doute le manque de réceptivité à cette forme de pub du public belge.

Il y a pourtant un domaine dans lequel la publicité comparative a une place prépondérante, c’est la politique. En politique, on a constaté qu’il était beaucoup plus simple de dénigrer et relever les mauvais points de l’autre plutôt que de proposer un produit fort, construit, novateur et à un coût raisonnable pour le consommateur-électeur. C’est évidemment renforcé par le fait qu’on n’effectue son achat en politique qu’une fois toutes les x années (normalement) et qu’on sait bien que la plupart des décision d’achats se font sur le point de vente. Rien ne sert donc de construire des produits complexes qui vont prendre des mois à faire comprendre et apprécier par les consommateurs. L’autre est pourri, moi je suis bien doit être le niveau général des arguments afin d’être le plus impactant (j’adore ce néologisme, impactant).

La réussite en politique tient donc autant à l’efficacité des arguments discriminants qu’à la crédibilité des arguments valorisants. Cette formule explique souvent la réussite ou l’échec d’une communication politique. Ainsi, l’extrême-gauche dispose par exemple d’arguments discriminants excellents (vous êtes victimes du grand capital aux dents longues soutenus par des politiciens immoraux) mais la complexité des éléments valorisants, souvent idéologiques et peu concrets, l’éloigne de la réussite. Rien de tel, en effet, qu’un véritable militant d’extrême gauche pour saper le moindre début d’adhésion à ses idées qui peuvent subvenir chez un consommateur-électeur lambda. L’extreme droite xénophobe est beaucoup plus efficace, ce qui explique ses résultats meilleurs.

A contrario, une initiative comme SHAME ne peut pas fonctionner au niveau communication politique. N’être contre rien, c’est ouvrir la porte aux attaques de tous. Gauche, droite, unioniste, séparatiste, tous peuvent être contre cette initiative puisqu’elle ne soutient ni ne discrimine personne.

J’en entends certains dans le fond qui disent que la polarisation et le marketing comparatif est justement le problème dans la crise politique actuelle en Belgique. Sauf que le cerveau humain, malheureusement, ne fonctionne pas comme ça, et que lorsqu’il faudra passer au tiroir-caisse élection, crois-tu que c’est le plus discriminant ou le plus arrangeant qui ça récolter le pactole?

Temps d’écriture: 50 minutes

Retrouvez ce billet à l’écoute, avec plein d’autres avis très pertinents sur tout et rien dans « On A Toujours Raison », numéro 97

Je reviens de la projection du film « The Social Network » tiré du livre « The Accidental Billionnaires ». Pour ceux qui se tiendraient à l’écart de l’actualité cinématographique et du monde (ce qui est peu probable si vou lisez ce blog), cela raconte une version / une vision de la fondation de Facebook en se centrant sur la personnalité de son fondateur, Marc Zuckenberg. Voilà les quelques réflexions à chaud à la sortie de la salle.

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Le film s’attache beaucoup à la personnalité de Zuckenberg et en fait un personnage assez moyen, dont la caractéristique est sa difficulté à socialiser. C’est finalement quelqu’un assez proche de tout le monde, et en tout cas assez proche de moi. Et ce film montre a quel point le besoin de reconnaissance peut-être une force de motivation énorme. Devenir riche par accident devient dans ce cadre bien plus important que d’être riche en soi, car la richesse est alors vu comme une résultante inéluctable du talent, du génie. Le film amplifie cet aspect en montrant un Zuckenberg bien plus intéressé par sa création que par ce qu’elle lui rapporte comme valeur. Je crois que chacun pourrait souhaiter cela : devenir riche non pas parce qu’on le souhaite, mais parce que c’est la manière dont la valeur d’une idée, la valeur d’une personne est reconnue actuellement.

Mais si les gens souhaitent devenir milliardaires par accident, ce n’est pas parce que c’est inscrit dans la nature ou le subconscient humain. Certes, le besoin de reconnaissance est un besoin assez fondamental de l’Homme. Mais la manière dont nous percevons cette reconnaissance est elle dictée par le monde qui nous entoure. C’est cette parabole du rêve américain qui nous amène à percevoir la richesse comme la reconnaissance ultime de notre excellence personnel, de notre valeur en tant qu’Humain. Or, il n’y a évidemment rien de plus faux. Les plus riches ne sont pas les personnes les plus compétences, celles dont les qualités sont les plus grandes, les plus intelligentes ou les plus méritantes. Des idées excellentes, tout homme en a. Chaque homme a ses fulgurences comme chaque homme a son quart d’heure de gloire. Sur ces éclairs de génies, quelques-uns ont lieu dans des conditions qui sont propices à voir leur valeur reconnue, et donc, à termes, être récompensés par de la richesse. Cela ne rend pas les autres moins intéressants, ceux en sont les auteurs moins malins. Peut-être moins chanceux, à la limite moins opportunistes pour certains, mais certainement pas moins doué. Le modèle qu’on nous vend est pourtant celui-là : si tes idées et tes projets échouent et que d’autres réussissent, alors que tu es issu du même milieu et de la même classe sociale, c’est que tu es moins doué. En cela, je ne crois pas.

Mais ce que je blâme, en fait, ce n’est pas tant le fait que la chance ou l’opportunisme de certains (mot que j’utilise dénué de sa connotation négative, mais bien comme le fait d’être capable de saisir une opportunité, ce qui n’est ni plus ni moins la manière dont le créateur de Facebook est décrit), mais le fait de faire croire que tout le monde devrait avoir cette même chance et ces mêmes opportunités accompagnées de l’opportunisme pour les saisir.

En tant qu’universitaire, je fais indubitablement partie des personnes qui ont déjà eu le plus de chance, à qui le plus d’opportunités ont été offertes et qui a été suffisamment opportuniste pour pouvoir les saisir. Mais en tant que fils d’universitaire, je serai aussi de cette génération qui ne va probablement ni être plus riche, ni plus reconnue que ses parents. Sans doute même un peu moins. Et cela, je ne suis pas sensé l’accepter. Nous devrions tous devenir plus riches de générations en générations, tous plus géniaux, tous tendants vers cette reconnaissance ultime du milliardaire par accident. Et cela finit par m’écoeurer. Non, je n’ai pas besoin de plus de reconnaissance et certainement pas plus d’argent. J’en brûle d’envie, mais cela dépasse de loin ce besoin de base inscrit dans la nature humaine. Cette envie, cultivée par notre société post-moderne faite d’images et de projection, elle en consume plus qu’elle n’en pousse à devenir meilleur.

Mais j’irai plus loin en affirmant que cette envie, cultivée par notre société comme étant un moyen de nous rendre collectivement meilleur, en devenant tous des individus exceptionnels, est néfaste. Notre société n’a pas besoin de personnes comme Marc Zuckenberg. Nous n’avons pas besoin de génies découverts grâce à une série de circonstances et d’opportunités saisies. Leur valeur ajoutée à notre société est à peine supérieur à la valeur ajoutée de chaque humain, ce qui à l’échelle globale, est donc marginal. Ce dont nous avons besoin, c’est qu’un tout petit peu plus des éclairs de sagacité de tous soient captés et exploités. Ce n’est pas en érigeant l’exception comme modèle à atteindre qu’on pourra y arriver, c’est en sortant le modèle du génie quotidien de la déperdition qu’on pourra pousser les gens à s’apprécier à leur juste valeur et à être donc plus productif.

Je ne sais pas, moi-même, comment promouvoir cette vision de la société, dévoré comme nous le sommes tous par cette envie d’exception. Tout ce que j’ai la force et la capacité de faire, c’est un peu de résistance passive par moment pour que la valeur d’une idée et d’une personne ne soient pas mesurée par son potentiel à améliorer la société dans son ensemble mais bien au bien-être qu’elle procure à son auteur en premier lieu, et aux personnes qui l’entourent ensuite. Sommes toutes, un peu d’individualisme social dans un océan de collectivisme libéral…

Voilà quelques réflexions à la sortie de la projection de « The Social Network ». A part ça, le film est bien.

Temps d’écriture : 60 minutes