Archives for category: musique

Le festival de Dour approche à grand pas, la line-up est presque complète, et elle s’annonce comme chaque année très alléchante. J’attends particulièrement les shows de Spank Rock, Klaxons, Foals, Skepta, Hoquets, Kode9 & The Spaceape, entre autres.

Cette année, le festival propose un concours sympathique pour gagner des pass pour moi et mes amis. Il s’agit de proposer une playlist d’une heure avec des groupes présents sur le festival, dans l’optique de les présenter au public. Ceux qui me connaissent un peu savent que je passe pas mal de temps à sélectionner de la musique (sur Radio Campus ULB, sur Onesongoneday.com et sur ce blog) et que je ne pouvais donc pas passer à côté de l’occasion.

Voici donc mon heure de festival de Dour, depuis le début de l’après-midi tout en douceur pop, jusqu’au heures les plus sombres de la nuit avec de l’électro en passant par de l’electronica, du dubstep, du rock ou du hip-hop. N’hésitez pas à l’écouter et à la partager.

Dour 2011 Playlist Competition by Yann Lebout on Mixcloud

PS : le concours n’est pas basé sur la popularité, mais il faut atteindre 100 écoutes pour que le mix soit pris en compte. Merci donc de votre partage et n’hésitez pas à me suggérer d’autres groupes à aller voir!

Temps d’écriture: 18 minutes

20110413-084030.jpgJe ne suis pas particulièrement fana du label du label Warp. Je trouve souvent leur sortie pompeuse et leur ouverture vers d’autres styles opportuniste. C’est pour cela que, lorsqu’on me dit qu’un groupe electro-pop sort son premier album sur Warp, je suis loin de me jeter directement dessus. Encore moins quand le groupe se nomme « The Hundred In the Hands ». Sérieusement, penser un tout petit peu marketing lorsqu’on choisit son nom de groupe, c’est pas interdit. Ici, le nom est long, difficile à écrire (c’est In ou And, le pluriel est sur Hundred ou Hand,…) et c’est pas particulièrement sexy.

Mais bon, tout cela ne me décourage pas totalement et je décide de jeter une oreille relativement attentive à l’album éponyme. Je me rends compte alors que tous les gens « qui comptent » dans la blogosphère musicale francophone (et anglophone aussi) en ont déjà parlé il y a 9 mois et que ma chronique a donc une pertinence proche du zéro. Pourtant, il n’y a pas de quoi d’exciter autour de ce projet.

Pour situer, c’est de l’electro-pop vintage comme elle n’a jamais été plus à la mode que depuis les années 2000. Je suis sur qu’on a comparé la musique de The Hundred in the Hands à Ladytron, et j’irai plus loin en disant que sur certains morceaux, cela se rapproche plus de Client (Dead Ending) ou même de Radio 4 sur les morceaux à la guitare sage et à la basse gentillement rebondissante, et c’est pas trop un compliment (Commotion, Pigeon).

Et puis, on sait pas trop pourquoi, certains morceaux ont un semblant de début de personnalité. Killing It et surtout This Day Is Made a un petit coté electronica pas déplaisant, même si les voix montrent là encore opus leur faiblesse. Les guitares deviennent un peu moins lisse et les compositions plus osées sur Gold Blood et surtout Dressed In Desden.

Au final, c’est parfois grossier et difficile à supporter, parfois juste peu inspiré sans que cela soit mal réalisé. Et on pourra même en retirer un ou deux titres un peu plus intéressants.

PS : certains en parlent comme de la pop/disco new-yorkaise, mais il n’y a rien de disco, et c’est pas le meilleur du panier de la scène de Brooklyn. D’autre le situe entre Dub, pop et post-punk, el là, je dois dire, je sais pas…

Temps d’écriture: 23 minutes

J’étais donc ce jeudi dernier au Botanique pour le concert de The Dø (ouais, je me fais chier à l’écrire avec le o barré, mais sans doute pas dans tout l’article). Si j’avais été complètement emballé par le titre « Slippery Slope » de leur deuxième album, le second single m’avait bien refroidi et j’y arrivai donc sans attentes démesurée.

Bien m’en a pris, car le résultat a été plutôt médiocre. Il n’y a rien de bien concret pourtant à reprocher au groupe: il joue bien, ils proposent de véritables relectures de leurs morceaux tendant vers le côté tribal/bruitiste qui me plait justement sur « Slippery Slope ». Mais le tout manque cruellement d’âme. Les interludes en percussions métalliques n’amène ni tension ni attente, juste ennui, et les solos de guitares électriques/saxophones/… en fin de chaque morceau deviennent vite rébarbatives. Sur quelques morceaux, on perçoit au loin ce que le groupe aimerait faire (Slippery Slope, On My Shoulder, Dust if Off), mais les quelques moments où leur univers arrivent à réellement nous emporter sont vite gâchés par des passages pseudo arty totalement artificiels. Ils auraient mieux fait de rester plus pop ou avoir des morceaux beaucoup plus solides pour supporter ces grands travaux.

Heureusement, ma soirée, dans l’ensemble, a été très positive pour moi. Car j’ai eu l’occasion de découvrir en première partie de ce concert « Random Recipe », un groupe québécois de musique « fusion »: deux voix, une plutôt soul et une plutôt rap, un guitariste/claviériste et un percussioniste ont réveillé une salle qui ne s’attendait sans doute pas à cela. Les influences sont nombreuses, mais ce qui ressort de la prestation, c’est l’énergie et le partage, ainsi qu’une certaine maîtrise technique. Celle-ci n’est pas suffisante pour sauver l’enregistrement studio, un peu trop plat faute d’une production à la hauteur de titres, même si cela reste tout à fait écoutable, mais est tout ce qu’il faut pour placer une excellente soirée. Je suivrai donc de loin la carrière de ce groupe (pas distribué en Europe) et je vous invite à vous rendre ce vendredi au Café de la Maison du Peuple de Saint-Gilles à 22h pour assister à leur prestation sur scène, clairement l’endroit où les titres vibrent!

Temps d’écriture : 24 minutes

Je ne suis pas, d’un coup, devenu fan de chansons en français. Mais comme dans tous les styles qu’on aime pas en général, on apprécie d’autant plus de parler de disques qui nous séduisent. C’est le cas du second album de Nicolas Fraissinet : les métamorphoses.

La force de cet album tient en quelques éléments qui, pris isolément, ne font pas nécessairement un bon disque, mais qui, mis ensembles, font la différence entre un album anodin et quelque chose de plus personnel.

Le premier élément essentiel est la cohérence du disque tout au long des 15 titres qui le composent. Il y a un véritable univers qui existe dès l’introduction. Cela amène au problème lié, le côté lassant que peuvent prendre les moins bons morceaux. Néanmoins, les quelques trouvailles sonores sur certains titres viennent judicieusement casser le flot du piano et des structures parfois trop similaires de certains titres.

Le second élément fort du disque est la voix du chanteur, très personnelle, tout comme l’interprétation qu’il réalise de ses titres. Une voix plutôt aiguë au timbre particulier, qui compense le manque de justesse et de puissance sur certaines montées par un véritable engagement.

Cette voix se pose sur des arrangements créé autours d’un piano plutôt énergique, renforcé d’éléments rock ou plus électroniques. Les structures syncopées varient entre cascades et ruisseaux sautillants, long fleuve tranquille ou rivière impétueuse. Parfois plus pop, parfois plus osées, les structures des titres peuvent, sur le milieu de l’album, un peu lasser quand la voix de Nicolas Fraissinet se fait trop souvent plaintive.

Néanmoins, l’ensemble est encore renforcé par les textes aux nombreuses métaphores, parfois alambiquées et gratuites, mais qui participent au style. Entre le single « La Métamorphose du Papillon » et son refrain assez radiophonique, la rythmique particulière de « Méduse » (indubitablement le meilleur titre du disque), le mixage ingénieux de « Fragile » et le magnifique piano-voix sur « Le sourire de ma mère », les bons titres ne manquent pas pour éviter de se noyer.

Au final, il s’agit sans doute d’un album moins facile d’accès qu’on peut l’imaginer mais qui peut séduire autant les personnes sensibles aux textes, celles plus accrocs à l’énergie comme celles qui ne jurent que par le son ou les mélodies.

Pour vous faire une idée, rendez-vous sur le site web de Nicolas Fraissinet où deux titres sont en écoute ou sur le mini-site consacré au single « La Métamorphose du Papillon »

Temps d’écriture: 29 minutes

Disclaimer: je travaille en tant que Community Manager pour Akamusic, la maison de disque sur laquelle le disque chroniqué ici est sorti. Les avis publiés sur ce blog n’engagent que moi et ne sont pas dictés par des raisons professionnelles.

20110410-104020.jpgJ’ai failli passer à côté de l’album « La Reproduction » d’Arnaud Fleurent-Didier pour plusieurs raisons. La première, c’est le premier single éponyme que j’avais entendu à la radio et regardé sur YouTube et qui m’avait déplu. Je ne l’avais trouvé ni vraiment drôle, et pas émouvant, sans que la musique m’attire plus que cela. La seconde, c’est que le chanteur est annoncé comme « de droite » et j’avais donc peur de me retrouver devant des textes dans lesquels je ne me retrouverais pas.

Heureusement, la médiathèque est un formidable incitant à vérifier avec vos propres oreilles ce que les critiques en disent. Et le disque a la formidable idée de s’ouvrir sur le titre « France Culture ». En 3min22, Arnaud Fleurent-Didier définit sa famille, se définit par rapport à elle et explique (sans s’excuser) sa vision du monde. J’ai rarement entendu un morceau qui ouvre et définit de manière si magistrale un disque. A partir de ce moment, les personnages sont définis et cela éclaire la manière dont on écoute les autres titres.

A travers les déambulations et les élucubrations d’un chanteur qui n’a rien d’autres à penser que lui et les femmes, on tente de rentrer dans la psyché humaine. Cela pourrait être pompeux, égocentrique et chiant (ça l’est d’ailleurs sur certains titres), mais cela réussit en fait par moment à toucher à l’universel. Grâce aux textes plutôt bien torchés, tout d’abord, mais aussi grâce à la musique qui, par son coté épique et grandiloquent, incite à sur-interpréter le texte, à donner une attention particulière à ses petits détails et à accentuer les éléments qui font sens de ceux qui font décoration.

Cela marche très bien, en plus du premier titre, sur « Je vais au cinéma » et sur « Ne sois pas trop exigeant », mais aussi dans un registre plus humoristique sur « Risoto aux courgettes » ou « L’origine du monde ». Cela pourra faire penser à Delerm, bien sur, mais dans la musique également à Alain Chamfort.

Vous l’avez compris, on est certainement pas ici en face d’un disque « politique » et donc pas d’un artiste « de droite » (contrairement à Cyril Mokaïesh, vrai chanteur « de gauche »). Est-ce pour autant un disque de bagatelle? Je ne le crois pas. C’est un disque qui parle de l’Homme, avec des réflexions qui n’arrivent jamais aux discussions de la plupart qui ont « autre chose à penser », mais qui nous définissent malgré tout. C’est aussi un disque qui transpire la oisiveté du rentier, qui parle donc de ses malheurs, mais sans jamais tomber dans le cliché du « pauvre riche malheureux », le dépasse et le transcende pour le faire atteindre par moment l’universel. Cela me suffit.

Temps d’écriture : 32 minutes

Pas le temps de lire? Retrouvez cette chronique parée de ma douce voix dans l’épisode 103 d’On a toujours raison

Il y a quelques jours, j’ai vécu un week-end assez particulier qui m’a, je crois, fait prendre conscience de pas mal d’éléments intéressants sur la manière de consommer l’art et le divertissement. Deux expériences très différentes qu’il m’amuse ici de mettre en parralèlle: la finale belge de l’Eurovision et le vernissage d’un salon artistique régional.

L’Europe fraternelle

Je ne suis pas un grand fervent du concours Eurovision de la chanson. Mais cette année, pour des raisons professionnelles, j’ai dû m’y intéresser de près, puisque j’étais impliqué dans l’organisation, surtout du côté « relation avec les groupes et leurs fans sur les réseaux sociaux ». Ce fut une expérience traumatisante. Je m’imaginais bien que, derrière une façade de cordialité et de soutien confraternel, les groupes et leurs fans allaient surtout faire leur propre propagande et que mon rôle serait simplement d’éviter le spam. J’ai été confronté à des propos d’une violence assez incroyable, à des attaques ad nominem, à des coups bas et à de l’acharnement sur certains candidats que je ne croyais possible que dans certaines expériences de psychologie comportementale.

Du côté des fans, cela se matérialise par une mauvaise foi à toute épreuve doublée d’une lecture de la liberté d’expression qui va dans un sens: le leur. A la limite, je peux le comprendre. Emporté par la ferveur autour du concours, on en perd la distance critique et on veut répondre à jeu égal avec les fans des « autres » (dont on peut parfois reconnaître un certain talent, mais de toute façon bien moindre que celui de « notre » artiste). Le problème, c’est qu’on en vient vite aux insultes, aux théorie du complot, aux menaces de poursuites judiciaires.

Mais le pire est que les artistes et les proches entretiennent ce mouvement. S’ils n’ont pas été sélectionnés, c’est parce que les conditions de la sélection n’étaient pas bonne, parce qu’il n’y avait pas de Jury, que les votes du public n’ont pas été comptabilisés, parce qu’on avait déjà décidé qui serait le vainqueur. Jamais parce qu’ils étaient moins (ou pas) bons. Qu’importe si un huissier de justice supervise le concours, qu’importe si les membres du jury sont formellement indiqués dans le règlement, qu’importe si les conditions ont été exactement les mêmes pour tout le monde, leur échec est dû aux autres, les méchants organisateurs qui ne comprennent rien à la musique et on choisit un gagnant moins bon exprès parce qu’ils étaient jaloux/cons/membres de la même famille/… Bref, la mentalité de « je suis le meilleur et je ne vais sûrement pas me remettre en cause (parce que ça voudrait dire que mon destin n’est peut-être pas de devenir le plus grand chanteur de tous les temps). »

Ce mousseux, comme cette céramique, est délicieux

Le lendemain de cette sélection nationale de l’Eurovision, je me rendais dans ma ville natale de Mons, pour y visiter ma mère qui elle visitait le vernissage d’un salon d’art local, le salon du « Bon Vouloir ». L’objectif de ce salon est de promouvoir les artistes locaux et régionaux.

Et on se retrouve donc avec une attitude complètement à l’opposé de celle que j’avais vécu la veille. Dans ce salon, tout est merveilleux: la céramique bariolée, les dessins style « primitifs », les oeuvres abstraites faites de formes géométriques de couleur,… Il n’y a absolument aucun esprit critique public, ni chez les artistes entre eux, ni chez le public.

Si cela a un côté reposant, il faut bien admettre que quand la préoccupation principal consiste à récupérer le plus de verre de mousseux bon marché au bar, le ridicule de l’événement en devient criant. Ici, les artistes n’ont absolument aucune ambition et le public aucune attente, regard ou objectivité. Il s’agit d’un simple prétexte à mondanité et reproduction sociale. C’est ce dernier point qui est le plus triste, car si on atteint rarement une telle vacuité dans un événement, les participants sont malgré tout convaincu que ce sont ce type de rencontre du dimanche midi qui sont la preuve de leur élévation sociale et culturelle.

Bref, tout cela pour arriver à la conclusion que j’apprécierais assez que les fans que je côtoie tous les jours dans mon travail apprenne un peu de la civilité et mondanité des fans de mon expo régionale, à qui je souhaite de récupérer un peu de l’engagement émotionnel des enragés de l’Eurovision. Si vous connaissez une école de fan où on pourrait les envoyer, je suis preneur…

Temps d’écriture: 87 minutes