Archives for category: musique

En marchant depuis la gare de Boitsfort vers Emakina, mon iPhone en mode aléatoire m’a mis dans l’oreille le morceau d’Alain Souchon « Foule Sentimentale ». Dans cet titre, Souchon fustige la publicité qui « nous inflige des désirs qui nous affligent », alors que la foule serait attirée par « les étoiles, les voiles. Que des choses pas commerciales ». J’imagine qu’en 1993, date de sa sortie sur l’album « C’est déjà ça » (excellent album au demeurant), le texte devait être pertinent. Il ne l’est plus.

Au contraire, en 2013, la publicité est devenu un vecteur de valeurs bien plus important que la politique. La politique, dans nos sociétés démocratiques, se résume à la gestion (on équilibre les entrées et les sorties de l’entreprise-état afin que celui-ci fournisse un produit qui convienne à un maximum de personne). Et quand elle se fait porteuse de valeurs, ce sont l’exclusion, la stigmatisation, l’individualisme. C’est encore bien pire dans les dictatures et autres théocraties.

Cela a laissé le champ libre pour la publicité afin de s’approprier ce côté sentimental des foules. Dove lutte pour moins de stigmatisation du corps des femmes, Red Bull pour l’ouverture au monde et aux expériences qui sortent du cadre de nos vies gérées par l’état-entreprise. Bien sûr, ces valeurs sentimentales, les marques les promeuvent dans des buts commerciaux. Mais, comme dirait Souchon, « c’est déjà ça ».

Quand à moi, je continuerais à partager mon dégoût de cette époque, et mon pessimisme sur son évolution, via Twitter, sous le hashtag #2013.

PS : si vous voulez sentir l’époque bien mieux que je ne pourrai jamais la décrire, je vous recommande « Plus rien de m’étonne » de Orelsan ou « Mickey Mouse » et « La Violence » de Veence Hanao

Allez, un petit ensemble de news musicale toutes fraîches regroupées sans beaucoup de logique, mais avec beaucoup de coeur (c’est pour la St-Valentin).

Quelques concerts

19/03: Timber Timbre (en solo) à la Rotonde du Botanique. Ce sera mieux, c’est presque sûr, qu’aux dernières Feëeriëen.

01/05: Matthew Dear à l’AB (à 12€). Son dernier concert à la Rotonde du Botanique est le dernier live où j’ai vraiment été impressionné. Priorité absolue sur toutes les activités liées à la Fête du Travail.

17/04: Xiu-Xiu à la Rotonde du Botanique. Un des faiseurs de pop expérimentale parmi les plus allumés et les plus sensibles. On le compare parfois à Anthony & The Johnsons. Cela n’a rien en commun, et c’est beaucoup mieux.

Deux vidéos

Une mauvaise prise live de « Dear God I Hate Myself » de Xiu-Xiu, pour que vous n’y alliez pas sans savoir un peu à quoi vous attendre…

Et puis, le clip du morceau « In The Grace Of Your Love », le meilleur titre du dernier album de The Rapture, est sorti. A priori, la vidéo ci-dessous ne marche pas (bandes de cons), sauf s’ils ont modifié les paramètres entre-temps, mais vous pouvez voir le clip à cette adresse: http://vimeo.com/36427625. Heureusement que le morceau est vraiment excellent.

In the Grace of Your Love – The Rapture from Dream The End on Vimeo.

Pas grand chose à dire en introduction, pas de réflexions pertinentes sur le principe des best of, mais juste vous rappeler que cette liste comprend des morceaux que j’ai découverts en 2011 (et qui ne sont donc pas sortis nécessairement en 2011), dans un ordre relativement aléatoire, et concerne uniquement des titres (tirés parfois d’albums moyens voir médiocres). Cela dit, passons à quelques tendances de cette liste.

1. DFA is still there

Le vieux briscard James Murphy s’est retiré de l’avant de la scène avec son groupe LCD Soundsystem, reste son label DFA dont je reste assez fans. La preuve, on retrouve dans mon top pas mal de morceaux sortis de cette écurie récemment, dont un extrait du dernier « The Rapture » revenu au bercail (mais aussi du Shit Robot et du Holy Ghost!).

2. Réconciliation francophone

Est-ce un effet de la longue crise linguistico-politico-communautaire belge, mais mon top cette année comporte pas mal de morceaux en français, ce qui est rare! On retrouvera un extrait d’un des albums que j’ai le plus écouté cette année, « La Reproduction » de Arnaud Fleurent-Didier, mais également du Bashung reprenant Gainsbourg, du Nicolas Fraissinet ou l’excellent titre « Litanie » de Peau.

3. Industriel et gothique. Sombre, quoi.

Les sonorités plutôt industrielles m’ont charmé l’oreille cette année. Que ce soit du côté « rock » avec PVT ou Tarwater, electronica avec anbb et Chloé ou carrément techno avec Arnaud Rebotini et Simian Mobile Disco. Je me suis aussi laissé tenter par des sons plus grandiloquents tels Zola Jesus, Sandra Kolstad et même IAMX.

4. Quelques hits aussi.

Je n’aurai pas résisté à quelques morceaux plutôt bien médiatisés tels « The Bay » de Metronomy, « I Follow Rivers » de Lykke Li (en version original, quand même, pas l’horrible remix de The Magician) ou peut-être le meilleur single de l’année « Midnight City » de M83.

5. Où est la musique urbaine?

Alors qu’il y a de cela encore quelques années, j’aurais défendu lourdement la musique dite urbaine comme grosse source d’inspiration, on la retrouve très peu cette année dans mon top. J’ai même été jusqu’à ne pas y insérer « Yonkers » de Tyler, the Creator, pourtant un bon morceau, mais très vite oublié. La vague post-dubstep me fait chier, le grime s’est perdu, et même l’écurie anticon ne semble pas avoir fourni de quoi placer un de leur artiste dans ma liste de l’année. Ou alors c’est moi qui n’avait pas envie d’entendre cela cette année…

Pour écouter tout cela, le mieux serait sans doute que vous disposiez de Spotify et que vous écoutiez la playlist la plus complète qu’il est possible de faire (il manque quelques morceaux, dont Birdy nam Nam et Tom Vek, assez étonnamment), mais pour ceux qui ne souhaitent pas installer l’application, voilà un petit player Deezer, service qui malheureusement comporte encore plus de trous dans son catalogue…

A la base, je voulais écrire un article positif sur Birdy Nam Nam. Je voulais partir du fail de gestion de communauté du groupe (insultes à des fans mécontents sur leur page Facebook), dériver sur le fait que les artistes doivent comprendre que leur métier, c’est aussi de vendre leur musique et qu’ils ne peuvent donc pas se contenter de « réagir humainement » sur les réseaux sociaux, et puis, rebondir sur la critique du dernier album du groupe « Defiant Order ». Je l’ai écouté il y a quelques temps sur Spotify, et il m’avait laissé une suffisamment bonne impression pour me lancer dans la chronique après une seconde écoute.

Comme Spotify vient d’arriver en Belgique, c’est encore plus simple! Je me connecte et cherche l’album… Il ne s’y trouve pas! J’ai beau retourner dans tous les sens la recherche, pas de trace de ce « Defiant Order », pourtant chez Jive Epic, c’est à dire Sony Music. Une major quoi, ceux qui absorbent toutes la thunes de Spotify, le laissant dans l’impossibilité de rémunérer les plus petits labels qui menacent de se barrer. Même Coldplay refuse de mettre ses dernières sorties sur Spotify, le système serait-il donc vraiment une forme de légalisation du piratage sans réelles opportunités d’en tirer suffisamment d’argent pour les artistes (et surtout les éditeurs)? Ce n’est pas impossible, mais ce n’est pas vraiment le problème. A la limite, que Coldplay se retire de Spotify, ça a un sens. Il n’a en effet pas besoin de ce que Spotify a à lui offrir, c’est à dire des gens qui l’écoute. Ce n’est pas le cas de Birdy Nam Nam.

Il y a un truc fondamental que les artistes en général ne semblent pas comprendre actuellement. Gagner de l’argent sur la musique est un problème de riche. Le véritable problème de la toute grande majorité des artistes, c’est de se faire écouter. Je n’ai aucune idée du nombre d’albums qui sortent toutes les semaines, mais ça doit être un nombre impressionnant. Les radios ne jouent depuis bien longtemps plus le jeu de la découverte d’artiste, tant parce qu’elles sont noyées par le nombre de sorties qu’à cause de contrat publicitaire ou de nécessité d’auto-promotion sur base de la notoriété d’artistes déjà installés. Tout cela pour dire qu’Internet est plus qu’une opportunité à saisir pour les groupes, c’est simplement le passage obligé absolu à côté du live.

Evidemment, donner sa musique gratuitement, ça fait vendre moins d’album. La donner via Spotify ou via ses propres structures, c’est un choix stratégique sur lequel je ne veux pas épiloguer ici. Néanmoins, c’est le seul moyen actuellement pour que les gens vous écoutent. Je considère que lutter contre l’envie des gens de vous écouter gratuitement est totalement contre-productif. Est-ce que vous pensez vraiment que quelqu’un qui n’a jamais entendu « Defiant Order » a plus de chance de dépenser de l’argent pour Birdy Nam Nam que quelqu’un qui l’a écouté sur Spotify? Et au-delà de cela, pourquoi faites-vous de la musique, si ce n’est pas pour la partager au plus grand nombre?

Cela semble pourtant la direction choisie par de nombreux labels indépendants qui préfèrent se retirer de Spotify et donc perdre l’opportunité de donner accès facilement, légalement et de façon sécurisée à leurs morceaux aux gens intéressés. Est-ce que cela annonce une vague de fond de défection de labels indépendants de Spotify et des services de streaming? On peut le craindre, et voir ainsi le souffle nouveau que Spotify apporte retomber. A moins que Spotify, à défaut de mieux payer les labels indépendants (ce que le service sera incapable de faire), leur fournissent des outils marketing qui permettent aux artistes et labels de rentabiliser autrement les précieuses écoutent des utilisateurs de Spotify (et l’intégration sur Facebook ouvre déjà pas mal de possibilités).

Bref, ne pas trouver cet album sur Spotify (ni sur simfy et probablement pas ailleurs) m’a encore plus énervé vis-à-vis de Birdy Nam Nam (même s’il n’y sont peut-être pour rien). J’ai évidemment téléchargé illégalement l’album (ce que je n’avais plus fais depuis des mois) pour le principe. Il est vraiment pas mal. C’est dommage que vous ne puissiez pas l’écouter (bande de connards, pour faire le Birdy Nam Nam style).

VIa Sound of VIolence

Ca fait un petit temps que je ne vous ai pas parlé de musique. Pourquoi ne pas reprendre avec un de mes « chouchous », Tom Vek. J’avais beaucoup apprécié son premier album « We Have Sound » et je me désespérais depuis longtemps de n’entendre plus parler du jeune homme (« We Have Sound » date quand même de 2005).

Et puis, au printemps 2011, on m’annonce que le second album « Leisure Seizure » de Thomas Timothy Vernon-Kell serait bientôt une réalité. Le premier single « A Chore » montre que Tom Vek n’a pas beaucoup bougé depuis le temps. Il continue a avoir sa personnalité, son humour et son ton détaché. C’est d’ailleurs la principale critique qu’on peut adresser à ce second disque: il n’y a pas vraiment d’évolution dans la musique de Tom Vek.

Mais au final, est-ce vraiment un problème? Le premier disque avait été très bien accueilli par un public averti mais limité, il n’y a pas de mal à retenter le coup avec le second. Ce dernier s’avère, en contrepartie de son manque d’évolution, de la même qualité que le précédent. Toujours multi-instrumentiste, toujours inspiré des petits délires funk/punk poussé (à nouveau) sur le devant de la scène par la clique à James Murphy, le jeune homme nous pond quelques titres qui sont en mesure de rester coincer derrière nos oreilles un petit moment: Hold your Hand, A Chore et surtout Aroused dont le clip me semble particulièrement bien torché:

Après ces trois morceaux d’ouvertures franchement bons, on retrouve quand même quelques déchets mais d’autres excellents titres: Seizemic, A.P.O.L.O.G.Y. ou encore On a plate ressortent d’un album où l’homogénéité et la cohérence sont à la limite de provoquer l’ennui.

Il faut dire que le charme de cette musique repose en grande partie sur la présence vocale de Tom Vek. C’est d’ailleurs ce qui se confirme en live, où son interprétation de crooner blasé prend toute son ampleur. On danserait presque sur la musique s’il n’y avait la nonchalance totale de son interprète. Nonchalance de façade, bien évidemment, vu la maîtrise technique globale qui ressort tant en live qu’en version studio.

Il n’empêche que c’est peut-être ce qui explique le manque de succès du jeune homme. Comment réellement s’engager pour une musique vis-à-vis de laquelle l’interprète lui-même semble se détacher…

20110504-073523.jpgOn ne le dira jamais assez, le rose est une couleur trompeuse. Les égarés qui la portent en chemise devraient d’ailleurs tous écouter l’album « A Brief History Of Love » de « The Big Pink » pour se rendre compte de ce que cette couleur inspire. Rien de très joyeux, en tout cas.

Évacuons tout de suite le single « Dominos » qui essaye de cacher derrière un refrain catchy la déprime profonde de ce disque. Il faut dire qu’entre les influences très Kazabian sur ce single mais aussi sur « Too young to love » (où on ressent aussi un fond Krautrock typique de ce groupe) et celles plus proche de The Verve sur « Love In Vain » (surtout dans le chant, mais aussi les arrangements que je rapproche du titre « Sonnet » de The Verve), les modèles sont loin d’être les lurons les plus gais du paysage musical anglais (quand bien même porterait-ils des chemises roses).

Le problème, c’est que je suis plutôt client de Kazabian, mais nettement moins de The Verve. Du coup, je suis assez partagé sur ce disque, qui se laisse néanmoins écouter sans déplaisir. Ça ne réinventera pas la musique, mais des titres comme « Dominos », « Too young to love », « Frisk » ou « Tonight » m’ont divertis suffisamment quelques écoutes pour que l’album ne finisse pas dans l’oubli des tréfonds de ma bibliothèque iTunes. J’ai néanmoins des doutes sur le pérennité du groupe (mais c’est ce que j’aurais dit aussi sur le premier Kazabian, donc, pour ce que ça vaut…).

Au final, ce qu’il y a à retenir, c’est que si vous pensez que porter des chemises roses vous donne l’air de businessman jeune et actif, dites-vous que pour d’autres, cela donne plutôt une image de romantique dépressif. Donc ne portez pas de chemise rose, et puis c’est tout.

Écouter des extraits sur MySpace: http://www.myspace.com/musicfromthebigpink

PS: apparemment, fin 2009, cet album était attendu. Voilà ce qu’en dit Fluctuat (mais où voient-ils du Pivot et du Massive Attack…)

Temps d’écriture: 35 minutes