Je préviens les gentils lecteurs que ce billet peut choquer leur petit coeur d’artichaut.

Le problème, avec cette tuerie liégeoise, c’est qu’elle est totalement inintéressante. On peut bien arguer que la Belgique n’a jamais connu de tuerie publique aussi spectaculaire, il n’en reste pas moins qu’elle est d’une banalité affligeante. Fondamentalement, c’est l’histoire d’un gars, sans doute pas tout à fait juste dans sa tête, qu’on fout en prison pour quelques années. Il ressort de là encore moins juste (le pourcentage de problèmes résolus de la prison par rapport aux problème qu’elle cause doit-être actuellement largement en faveur des seconds). Donc, quand il est convoqué à la police pour une affaire mineure, il flippe et il pète les plombs, va porter un coup violent à la société qui lui veut du mal avant de se suicider.

Dire ça sur une radio, à la télévision ou sur un blog, ça ne prend pas beaucoup de temps et de place. Du coup, je suis particulièrement perplexe de l’espace que l’on réserve à un fait, certes dramatique, mais anecdotique, une peccadille du sort, qui fait que le désespoir d’un gars (dont il est sans doute largement responsable), au lieu de simplement se retourner contre lui, s’est d’abord retourné contre le monde.

Oh, bien sûr, c’est pas de bol pour les jeunes qui passaient par là. Et je peux sans doute comprendre la douleur des familles et des proches, particulièrement pour ce genre de deuil soudain et violent. Mais bon, il y a pas mal de gens qui meurent à cause de « pas de bol ». Et ici, contrairement aux victimes de chauffards par exemple, aux drogues de mauvaises qualités ou même (et encore) aux accidents de train, on ne peut strictement rien y faire.

Pire, tout ce qu’on imagine pouvoir faire pour surfer sur la vague, c’est simplement encore faire reculer les libertés et les droits de tous. Que ce soit vis-à-vis des discriminations à l’encontre des populations d’origine étrangère, vis-à-vis du fonctionnement de la Justice. Les seules interrogations qui mériteraient d’être posées sont sans doutes sur la possession d’armes par un civil. Mais vous savez comme moi qu’à Liège, on ne parle pas de durcissement de la loi sur les armes…

Bref, plutôt que de geindre et de s’indigner pour un événement dont la probabilité doit être proche de la catastrophe naturelle majeure, et la possibilité de s’en prévenir également, consacrons nos énergies à des problèmes que l’on peut résoudre. C’est l’hiver, le froid s’amène, il va encore y avoir des dizaines de sans-abris qui vont mourir dans nos rues.