Nous sommes le 31 décembre 2014, et je ne sais pas si je vais me rendre à la soirée de nouvel an à laquelle je me suis engagé à aller. J’ai acheté les tartes et le vin, pourtant. Mais j’ai besoin d’être un peu seul. Besoin de faire un bilan.

L’année 2014 ne fut pas très bonne, dans l’ensemble.

Professionnellement, elle fut ponctuée de beaucoup d’atermoiement. Fin 2013, je rejoignais la Commission européenne en tant que consultant dans le domaine des médias sociaux. L’année fut éprouvante, parce qu’elle a nécessité beaucoup d’adaptation dans ma manière de travailler, mais également dans ce que je pouvais attendre de mon travail. Dans une institution comme la Commission, le travail d’une seule personne reçoit bien moins de visibilité que dans mes précédents boulots (en agence, en start-up). J’ai la chance de faire partie d’une équipe dynamique, et d’avoir un supérieur hiérarchique très compétent, responsable, motivant. Mais cela ne m’a pas toujours empêché de remettre en question la valeur ajoutée de mon travail.

Politiquement, 2014 est très probablement la pire année que j’ai vécu depuis l’éveil de ma conscience politique. Si le gouvernement précédent a été placé sous le signe de la plus grande déception (relire « Le PS, c’est fini« ), ce nouveau gouvernement, tant par son casting, par son programme que par ses premières décisions, me révulse. Et m’a remplit d’une colère acre, sombre, destructrice (relire par exemple « Se battre quand on es dominant« , « On a la réussite qu’on mérite« , « Je ne suis pas féministe, je suis misandre« , « Nos vieillesses« , « La neutralité hétérosexuelle« ). Une colère qui a réveillé chez moi des questions que je pensais résolues.

Car 2014, c’est surtout une année de questionnement existentiel. La maxime qui m’a guidée depuis 10 ans pour survivre à l’absolue absurdité de l’existence, « Vivre, c’est perdre son temps », ne m’a plus apporté la sérénité. L’absurdité de l’existence m’est apparue de plus en plus cruelle et insoutenable à mesure qu’il me semblait impossible, en tant qu’individu dans un système, de vivre sans exploiter autrui, d’exister sans nuire. Si la vie ne sert à rien, et qu’il est impossible de la vivre sans nuire aux Autres, comment supporter l’absence de sens?

Puis 2014, c’est aussi la fin d’une belle relation sentimentale. Et même, maintenant que 2015 approche, je peux le dire, une belle relation amoureuse. Une relation que j’ai épuisée en essayant de lui faire combler un vide trop grand pour elle, trop grand pour n’importe quelle relation. Une relation dont je ne regrette rien, ni ce qu’elle m’a apporté, ni ce que je lui ai donné.

Mais depuis décembre, je vois poindre le renouveau de 2015.

Professionnellement, la valeur ajoutée de mon travail a été confirmée par la prolongation de ma mission à la Commission. Une mission à laquelle il m’appartient de donner un sens et une valeur, ce à quoi je vais m’attacher avec une confiance renouvelée.

A côté de cela, 2015 sera aussi une année où je veux me recentrer sur des projets qui me tiennent *vraiment* à cœur. Goûte Mes Disques, d’une part, où j’ai déjà assez bien contribué en 2014, et qui m’apporte les opportunités et la motivation pour continuer à explorer la musique contemporaine, comme Radio Campus Bruxelles à l’époque. Sex-Positive Belgium, d’autre part, une toute jeune organisation dont les premiers mois seront aussi critiques pour sa survie que l’est sa mission et son apport à mon niveau personnel.

Au niveau politique, même si je ne compte pas mettre mes idées en sourdine, je veux essayer de les exprimer là où elles peuvent avoir un impact, et avec l’empathie nécessaire pour ne plus me laisser submerger par la colère. Je ne sais pas si 2015 sera une meilleure année à ce niveau-là, mais je ne veux pas laisser le politique empiéter sur mon identité comme ça a pu être le cas cette année.

Et puis, 2015 sera une année de célibat, afin de me donner la possibilité d’explorer au maximum toutes les opportunités qui s’offriront à moi. Je serai amant, « slut », pervers radical, coup d’un soir, amoureux de transit de personnes avec des envies et des origines toutes différentes, mais je ne serai pas en couple. Et peut-être que de ces rencontres germeront des projets qui amèneront l’une ou l’autre de ces relations sentimentales ou sexuelles à devenir amoureuses.

Mais avant tout, je veux que 2015 soit une année d’amitié. Je veux consacrer plus de temps, plus d’énergie, plus d’émotions aux gens qui comptent pour moi, avec qui chacun des échanges est un enrichissement (que j’espère et je crois mutuel). Je pense à Phil, Jen, Nico et Nicolas (ou inversement), Sophie, mais aussi à Maïthé, Simon, Val ou Amélie. A ma famille aussi, dont les contours et les dynamiques toujours en changement me rappellent que si tout est toujours à refaire, tout peut toujours être refait.

Il est 19h maintenant, et je vais aller à la soirée à laquelle j’ai dit que j’assisterais. Pas pour la nourriture, pas pour l’alcool, pas pour la fête ni la musique, mais pour la chaleur humaine, celle que je peux donner et recevoir, celle que je me suis trop longtemps refusée.