Je suis retourné dans un magasin Nespresso aujourd’hui, afin d’acheter le café le plus cher au monde. J’ai toujours voulu écrire un article sur Nespresso, car c’est un magnifique exemple de stratégie marketing globale franchement réussie (si on s’en tient aux résultats: bon produit avec une communication hyper efficace et une maîtrise assez intéressante du canal de vente permettant de vendre un produit à un prix très largement au-dessus de la concurrence). Je n’avais néanmoins jamais trouvé d’angle d’attaque intéressant et un peu original pour en parler. Puis, aujourd’hui, fulgurence, une idée d’article! Je n’allais pas manquer l’occasion…

Nous, c’est pas le goût

Nespresso, s’ils vantent la qualité de leur café, n’axe pas tellement leur point de vente sur celui-ci. En rentrant dans une boutique Nespresso, on apprécie d’abord le mobilier design, les cafetières de toutes les couleurs et les vendeurs hauts-de-gamme. Cela fait clairement partie d’une stratégie, également suivie par Starbucks, afin de rendre « glamour » un produit qui n’était encore, il y a quelques années, que du « jus de chaussette ». Cela a néanmoins un inconvénient majeur: à un moment, une grande partie des clients sont là pour acheter le café qu’ils vont boire tous les jours, qu’il faut leur donner envie de boire tous les jours. Bien sûr, les collections, crus spéciaux sont là pour susciter la curiosité, bien qu’encore une fois cela le sera sans doute avant tout via des capsules aux nouvelles couleurs tendances ou aux motifs originaux plus que pour le café qui s’y trouve. Il est évidemment possible de goûter ce café dans la zone prévue à cet effet, et même depuis peu de l’accompagner d’un petit chocolat. Mais il y a une chose qui manque définitivement pour que le consommateur (res)sente qu’il est dans un lieu dédié au café: l’odeur. Une boutique Nespresso ne sent pas le café. Les produits Nespresso ne sentent d’ailleurs pas le café non plus (et cela se comprend, puisque l’idée est de conserver l’arôme dans les capsules). Pourtant, il n’y a pas plus grand plaisir pour un acheteur de café (ou de chocolat, d’ailleurs) que de rentrer chez un vendeur de café et de se laisser happer par l’odeur unique que ce produit dégage. Sans tomber dans les travers d’Abercrombies & Fitch, il s’agit selon moi d’une absence dommageable, même si elle s’explique sans doute par le côté « pur » et « plus que du café » que veut mettre en exergue la marque.

L’Enfer, c’est les Autres

La très grande réussite de Nespresso, due en partie grâce à ces fameuses publicités avec Georges Clooney, c’est d’avoir pu faire de l’achat d’un produit aussi basique que du café un acte exceptionnel accompli par des gens exceptionnels. C’est un des ressorts les plus efficaces des marques « de luxe ». Honnêtement, cette impression est franchement bien gérée en magasin, notamment grâce aux hôtes et hôtesses qui jouent très bien le jeu, mais aussi grâce à la « scénographie » mise en place dans le magasin pour éviter que les gens « fassent la file », ce qui relève du vulgaire. Il n’y a qu’un seul véritable problème, que Nespresso ne pourra éviter: les clients. Les autres clients, mal habillés, pas rasés, avec des airs patibulaires, désagréables et impolis. Non seulement, cela casse l’homogénéité de l’expérience qu’est censée offrir le magasin. Mais en plus, et surtout, ils vous renvoient finalement votre image. Vous êtes aussi une de ces personnes quelconques, pressée de quitter ce magasin en ayant pris au passage un café et un chocolat gratos, ce qu’ils peuvent bien vous offrir, vu combien vous dépensez chez eux tous les mois. Voir l’agitation des pecnos comme les autres dans le magasin rappelle à tout un chacun qu’il n’est lui aussi qu’un de ces pecnos comme les autres. Et cela détruit en fait pas mal l’image d’exception de l’acte de consommation que vous êtes en train d’accomplir. Bien sûr, vous ressortirez avec votre petit sac bien reconnaissable que vous arborerez avec fierté, sans pouvoir totalement oublier que le mecs aux cheveux un peu gras qui rigolait bruyamment à côté de vous, dans le magasin, fait sans doute de même.

Ces deux éléments, d’une part le paradoxe entre un produit sensuel central et une expérience de vente nettement plus « pure », d’autre part le reflet peu flatteur que les autres clients vous renvoient de vous-même, montrent à mon avis deux limites importantes de l’expérience Nespresso. Si vous en voyiez d’autres, je serais curieux de la connaître. Parce que c’est toujours sympa de chercher la petite bête pour critiquer une des plus belles réussites marketing de ces dernières années.

Temps d’écriture: 40 minutes

Pas grand chose à dire en introduction, pas de réflexions pertinentes sur le principe des best of, mais juste vous rappeler que cette liste comprend des morceaux que j’ai découverts en 2011 (et qui ne sont donc pas sortis nécessairement en 2011), dans un ordre relativement aléatoire, et concerne uniquement des titres (tirés parfois d’albums moyens voir médiocres). Cela dit, passons à quelques tendances de cette liste.

1. DFA is still there

Le vieux briscard James Murphy s’est retiré de l’avant de la scène avec son groupe LCD Soundsystem, reste son label DFA dont je reste assez fans. La preuve, on retrouve dans mon top pas mal de morceaux sortis de cette écurie récemment, dont un extrait du dernier « The Rapture » revenu au bercail (mais aussi du Shit Robot et du Holy Ghost!).

2. Réconciliation francophone

Est-ce un effet de la longue crise linguistico-politico-communautaire belge, mais mon top cette année comporte pas mal de morceaux en français, ce qui est rare! On retrouvera un extrait d’un des albums que j’ai le plus écouté cette année, « La Reproduction » de Arnaud Fleurent-Didier, mais également du Bashung reprenant Gainsbourg, du Nicolas Fraissinet ou l’excellent titre « Litanie » de Peau.

3. Industriel et gothique. Sombre, quoi.

Les sonorités plutôt industrielles m’ont charmé l’oreille cette année. Que ce soit du côté « rock » avec PVT ou Tarwater, electronica avec anbb et Chloé ou carrément techno avec Arnaud Rebotini et Simian Mobile Disco. Je me suis aussi laissé tenter par des sons plus grandiloquents tels Zola Jesus, Sandra Kolstad et même IAMX.

4. Quelques hits aussi.

Je n’aurai pas résisté à quelques morceaux plutôt bien médiatisés tels « The Bay » de Metronomy, « I Follow Rivers » de Lykke Li (en version original, quand même, pas l’horrible remix de The Magician) ou peut-être le meilleur single de l’année « Midnight City » de M83.

5. Où est la musique urbaine?

Alors qu’il y a de cela encore quelques années, j’aurais défendu lourdement la musique dite urbaine comme grosse source d’inspiration, on la retrouve très peu cette année dans mon top. J’ai même été jusqu’à ne pas y insérer « Yonkers » de Tyler, the Creator, pourtant un bon morceau, mais très vite oublié. La vague post-dubstep me fait chier, le grime s’est perdu, et même l’écurie anticon ne semble pas avoir fourni de quoi placer un de leur artiste dans ma liste de l’année. Ou alors c’est moi qui n’avait pas envie d’entendre cela cette année…

Pour écouter tout cela, le mieux serait sans doute que vous disposiez de Spotify et que vous écoutiez la playlist la plus complète qu’il est possible de faire (il manque quelques morceaux, dont Birdy nam Nam et Tom Vek, assez étonnamment), mais pour ceux qui ne souhaitent pas installer l’application, voilà un petit player Deezer, service qui malheureusement comporte encore plus de trous dans son catalogue…

Temps d’écriture: 34 minutes (sans la sélection musicale, évidemment)

Je préviens les gentils lecteurs que ce billet peut choquer leur petit coeur d’artichaut.

Le problème, avec cette tuerie liégeoise, c’est qu’elle est totalement inintéressante. On peut bien arguer que la Belgique n’a jamais connu de tuerie publique aussi spectaculaire, il n’en reste pas moins qu’elle est d’une banalité affligeante. Fondamentalement, c’est l’histoire d’un gars, sans doute pas tout à fait juste dans sa tête, qu’on fout en prison pour quelques années. Il ressort de là encore moins juste (le pourcentage de problèmes résolus de la prison par rapport aux problème qu’elle cause doit-être actuellement largement en faveur des seconds). Donc, quand il est convoqué à la police pour une affaire mineure, il flippe et il pète les plombs, va porter un coup violent à la société qui lui veut du mal avant de se suicider.

Dire ça sur une radio, à la télévision ou sur un blog, ça ne prend pas beaucoup de temps et de place. Du coup, je suis particulièrement perplexe de l’espace que l’on réserve à un fait, certes dramatique, mais anecdotique, une peccadille du sort, qui fait que le désespoir d’un gars (dont il est sans doute largement responsable), au lieu de simplement se retourner contre lui, s’est d’abord retourné contre le monde.

Oh, bien sûr, c’est pas de bol pour les jeunes qui passaient par là. Et je peux sans doute comprendre la douleur des familles et des proches, particulièrement pour ce genre de deuil soudain et violent. Mais bon, il y a pas mal de gens qui meurent à cause de « pas de bol ». Et ici, contrairement aux victimes de chauffards par exemple, aux drogues de mauvaises qualités ou même (et encore) aux accidents de train, on ne peut strictement rien y faire.

Pire, tout ce qu’on imagine pouvoir faire pour surfer sur la vague, c’est simplement encore faire reculer les libertés et les droits de tous. Que ce soit vis-à-vis des discriminations à l’encontre des populations d’origine étrangère, vis-à-vis du fonctionnement de la Justice. Les seules interrogations qui mériteraient d’être posées sont sans doutes sur la possession d’armes par un civil. Mais vous savez comme moi qu’à Liège, on ne parle pas de durcissement de la loi sur les armes…

Bref, plutôt que de geindre et de s’indigner pour un événement dont la probabilité doit être proche de la catastrophe naturelle majeure, et la possibilité de s’en prévenir également, consacrons nos énergies à des problèmes que l’on peut résoudre. C’est l’hiver, le froid s’amène, il va encore y avoir des dizaines de sans-abris qui vont mourir dans nos rues.

Temps d’écriture: 28 minutes

Cet article est issu d’une chronique préalablement diffusée sur le podcast « On a toujours raison » pour l’ouverture parisienne d’Abercrombie & Fitch. Ecoutez-là en live!

Les gens qui me connaissent savent combien les fringues me passionnent. Ils peuvent chaque jour admirer mes efforts renouvelés pour m’habiller avec style. Il y a donc une news à coté de laquelle je n’ai pas pu passer. L’ouverture du point de vente parisien de la chaine de prêt à porter « Abercrombie & Fitch ».

Si vous n’êtes pas, contrairement à moi, jeune, beau, riche et branché, vous ne devez pas savoir ce qu’est cette entreprise. Abercrombie & Fitch propose des vêtements dans un esprit de casual luxury, dans la plus pur tradition de la Ivy League. Ça devait être écrit en grand dans le communiqué de presse, parce que tout ceux qui en parle reprenne cette expression. A mon avis, toute Ivy League qu’elle soit, je crois que les étudiants de ces prestigieuses universités, ils doivent faire comme tous les autres lorsqu’ils vont sont bourrer la gueule à la bière ou lorsqu’il font des nuits blanches pour leurs cours: des sales vêtements de jogging difforme et simplement confortable. Mais bon, je suppose qu’on doit penser à la Ivy League des films dans ce cas-ci… Le casual luxury, c’est donc des t-shirt avec un bête imprimé de la marque et des jeans délavés, comme toutes les autres marques, mais plus cher. Comment faire en sorte de les vendre, alors? En proposant une expérience client unique dont le mot d’ordre est « sexualisation » (même si le mot n’existe peut-être pas).

En effet, dans un magasin A&F, il fait sombre, la musique va fort, un parfum fort emplit vos narines et les tauliers sont presque nus. En choisissant vos t-shirt (un peu à l’aveuglette, mais on s’en fout, je vous l’ai dit, ce sont les mêmes que partout ailleurs), vous êtes tacitement encouragé à vous faire prendre en photo avec les modèles (oui, les tauliers, ce ne sont pas des vendeurs et plus des ambassadeurs, mais des modèles). On rajoute à cela des pièces pour faire un peu le buzz (le bikini sexy pour fille de 7 ans, les slogans misogynes sur les t-shirt) et voilà, le tour est joué, Vous êtes méga-branchés!

Somme toute, blague à part, c’est plutôt bien joué pour cette marque. Elle s’inscrit totalement dans la mouvance actuelle (il vaut mieux être sexy, musclé et positif qu’intelligent, érudit et critique), en poussant suffisamment loin pour choquouiller. Le problème, c’est quand cela pousse l’entreprise à adopter des valeurs morales douteuses. Si elle ne peut pas être tenue responsable de ce que ses clients désirent, elle est en tout cas responsable de la manière dont elle traite ses employés et du respect des lois. Accusée de discrimination dans l’emploi et de racisme dans sa communication publicitaire, elle tente de mettre en place une politique sociale qui fait bien rire (la diversité, chez eux, ça se limite à la couleur de peau). En gros, tant que vous êtes hétéro, beau, musclé et en bonne santé, c’est pas trop grave que vous soyez noir ou asiatique.

Bref, derrière le vernis sexy et osé, on est face à une marque en fait très rétrograde et puritaine, qui met en avant une hiérarchie sociale basée sur l’apparence. D’un point de vue marketing, pourtant, on peut admirer la volonté de proposer une expérience client unique. Mais on peut difficilement tolérer les valeurs au minimum douteuses qui y sont propagées.

Tous. Ces bandes de politicards incapables de décider quoi que ce soit. À se battre pour les quelques ajustements sur lesquelles ils ont encore du pouvoir. À travailler pour un système qu’ils ne comprennent pas. Qui ont oubliés qu’il y a d’autres raisons de prendre des décisions que la conservation.

Ces entrepreneurs, à chialer pour les taxes qu’ils fraudent alors qu’ils se gavent de subventions. À râler sur les chômeurs, sauf quand ils sont leurs clients.

Ces extrême-gauchisants, qui croient encore que la lutte est entre les travailleurs et les patrons, alors que tout ce que veulent les travailleurs, c’est pouvoir acheter plus aux patrons. Ils sont extrêmes dans les concepts, liberticides dans les applications qu’ils en donnent.

Cette croissance qui a toujours bénéficié aux mêmes. Quand les miettes étaient suffisamment nombreuses pour les distribuer aux personnes à même de les réclamer, c’était le paradis. Maintenant qu’il y a trop peu de miettes pour beaucoup plus de gens, son inutilité apparaît au grand jour.

Les apôtres de la décroissance, qui sont incapables de construire autre chose que la même chose, avec moins, pour tout le monde, mais surtout pour les autres.

Ces 99% qui agissent comme des parias.

Ces financiers qui sont les véritables parias, en maintenant un système sur lequel ils rejettent toutes leurs erreurs pour se rendre intouchable. Dont l’utilité sociale est inversement proportionnelle à la croissance qu’ils créent.

Ces artistes qui n’ont rien à dire, le disent mal et se plaignent après. Plus ils sont convaincus d’avoir du talent, moins ils sont doués. Et comme de toute façon, il s’agit surtout d’être prêt à tout, ce sont les 1% les plus convaincus et les plus convaincants que ces cons d’auditeurs vont acheter.

Mais le pire, c’est moi. Pas assez bon pour pouvoir y changer quoi que ce soit, pas assez con pour ne pas m’en rendre compte. J’ecrirai bien une chanson sur ça, mais je suis pas plus doué que les chanteurs qui réussissent. J’ai des idées sur tout, qui ne valent rien, ne changent rien, et surtout pas ce que je fais: pleurer auprès de ces cons d’entrepreneurs pour qu’ils me donnent un job, voter pour ces cons de politiciens qui n’ont aucun pouvoir, acheter des produits qui ont rapportés 10 fois leur valeur en bourse à ces cons de financiers avant de me coûter un demi-salaire sans que ceux qui les ont fabriqués puissent en vivre. Moi, qui me plains de ma connerie. Moi, qui sens bien que tout cela n’a pas de sens, mais qui continue à vivre, parce que ne pas vivre, ça n’a pas de sens non plus. Moi, qui suis pas le pire des connards, mais qui fais pas beaucoup mieux qu’eux, ces artistes, ces financiers, ces 99%, ces apôtres de la décroissance, cette croissance, ces entrepreneurs, ces politiciens.

Ils me font tous chier, et ça ne change rien.

Temps d’écriture: 35 minutes + quelques corrections

Relevé sur Facebook, dans les commentaires d’une photo dénonçant le fait que l’argent du Téléthon soit utilisé pour mutiler des animaux dans des buts de recherche scientifique. C’est déjà pas mal en soi, mais voici le commentaire qui attiré mon attention

Qu’ils se servent plutôt des violeurs d’enfants et des tueurs en série au moins ils serviraient à quelque chose plutôt qu’à encombrer nos prisons !!!

Il y avait déjà un like…

Source: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=232889413442788&set=pu.120858317979232&type=1&theater

Temps d’écriture: 10 minutes