Comme vous le savez sans doute, je travaille depuis le 1er mars pour l’agence digitale Emakina en tant que Conversation Manager. Pas mal de nouveaux défis à relever pour moi, un environnement de travail assez différent, et beaucoup de réflexions à venir sur mon travail et son évolution. Pour fêter cela, Facebook a décidé de sortir la nouvelle version des Pages professionnelles sur Facebook, en y intégrant le design de Timeline. Pour remercier Mark de ce cadeau pour ma nouvelle fonction, voilà quelques retours sur le sujet. Vous pouvez également lire les articles produits par Emakina concernant Timeline, une vision sur la professionnalisation de la plateforme publicitaire avec Timeline de Alexis Mons, une autre sur la perception par les utilisateurs de ce nouveau changement de Facebook.

Les plus gros changements ne sont pas les plus visibles

Evidemment, le passage à un autre design des Pages est sans doute ce qui frappe le plus les esprits. Celui-ci va de paire avec la disparition du « landing tab » (la possibilité de déterminer un onglet sur lesquels tous les visiteurs pas encore fan de votre page arrivaient lorsqu’ils se rendaient sur votre page). Si le changement est important et va donc demander pas mal d’efforts pour adapter en terme de design les Pages (mais également en terme de contenu avec les Milestones), ce n’est sans doute pas le plus significatif, à mon sens.

Parce qu’une page Facebook prend son sens avant tout dans le contenu qu’elle publie et qui se retrouve sur le newsfeed de ses fans. C’est le premier outil de visibilité d’une marque sur Facebook. Alors, certes, en moyenne, une page n’est vue chaque semaine que par 16% de ses fans en moyenne (ce que l’on savait déjà), mais c’est incomparable avec la quantité de fans qui retournent sur la Page après leur première visite (aux alentours de 0,1 – 0,5%). Ce changement de design ne doit donc pas faire perdre de vue que c’est votre stratégie de contenu, avant toute chose, qui va déterminer votre succès sur Facebook.

C’est d’autant plus vrai qu’un des changements-clef annoncé est la possibilité d’acheter de la visibilité de vos posts dans le newsfeed des fans de votre page. Portant le doux nom de Reach Generator, ce système n’est pas encore décrit très clairement tant en terme de coûts que de fonctionnement, mais il devrait permettre de garantir que 75% des fans d’une page seront touchés en un mois (50% en une semaine, « results may vary »). Couplé à Premium for Facebook, ces deux changements promettent de rendre nettement plus attractif l’achat d’espace pour votre page. Mais, fondamentalement, ces nouveaux outils ne font que confirmer la nécessité d’une stratégie de contenu sérieuse afin que le reach acheté se transforme en interaction avec vos fans.

Avant d’amener un changement de stratégie globale, tout cela soulève surtout la question de l’équilibre entre trafic naturel et trafic payant, équilibre qui fait le succès de Google. En parallèle, la qualité du contenu du newsfeed pour un utilisateur va également jouer un rôle prépondérant dans la réussite de ces nouveaux formats publicitaires. Facebook pourra-t-il tenir ses engagements de résultat liés à Reach Generator tout en ne noyant pas chez l’utilisateur le contenu des amis dans celui des Pages?

Ce qu’on voit, en tout cas, c’est que Facebook se retrouve devant les mêmes défis que les moteurs de recherche. La stratégie de mélanger les contenus sponsorisés dans les contenus naturels (apparemment sans donner les moyens de les distinguer) n’a jamais marché pour les moteurs de recherche (Free l’avait tenté sur son moteur en 2007, et a du faire marche arrière depuis), en sera-t-il différent ici? Cela ne me semble pas impossible vu l’opt-in du « like », mais il est difficile de prévoir l’impact que cela peut avoir sur le comportement des utilisateurs (unfollow massif de pages trop présentes? On sait que la cause principale qui pousse les utilisateurs à se désinscrire d’une page est le nombre trop important de news dans leur newsfeed). Il faudra donc avancer prudemment et étudier attentivement les réactions avant de se lancer tête-baissée dans la promotion de vos excellents contenus Facebook…

CRM et service client

Mais tout cela, en tout cas, ne créera que marginalement du trafic sur les Pages. Je ne vois aucune raison, dans tout ce qui précède, pour que le comportement des utilisateurs change et qu’ils se rendent soudainement sur les Pages pour commenter et interagir, plutôt que de rester sur leur newsfeed.

Pourtant, un autre changement important de Timeline, dont on discute peu, semble donner une direction différente aux Pages, et est susceptible à terme de générer du trafic sur les pages. Il s’agit de l’apparition de la fonction permettant à un utilisateur (pas nécessairement fan) d’envoyer un message à la Page. Cela suscite chez moi pas mal de réflexions et de questions.

La première, peut-être la moindre, mais qui a son poids dans la décision de laisser cette fonctionnalité ouverte ou non, est de savoir si et comment la fonction Message peut avoir un impact sur le Edge Rank de votre page. D’un côté, il semble très logique qu’un fan qui prend le temps de vous envoyer un message voie par la suite plus régulièrement vos statuts. D’un autre, le fait que cette fonction soit ouverte également aux non-fans laisserait penser qu’elle n’est pas prise en compte dans le Edge Rank. Si quelqu’un a des informations sur le sujet, je suis preneur, en tout cas…

La seconde, sans doute plus fondamentale, est à mettre en parallèle avec le développement d’Insights de plus en plus précis. Elle se résume comme ceci: et si Facebook devenait la première plateforme de support client et de CRM? Certes, Facebook est loin de disposer des outils pour supplanter les plateformes spécialisées. Et pourtant, la direction prise par cette fonction message nous permet d’imaginer que dans quelques années, la première destination d’un client pour poser une question à une marque ne serait plus son site web, mais bien sa page Facebook.

Si nous n’y sommes pas encore, cette nouvelle fonction révèle néanmoins la nécessité criante d’intégrer Facebook dans les processus de support client, et à termes dans les outils CRM. L’entreprise qui sera capable de répondre à un message d’un client sur Facebook en disposant d’information sur ces derniers achats, sur ses précédents contacts avec elle et sur sa satisfaction ne pourra que renforcer considérablement la fidélisation de ce client. Il ne faudra sans doute plus beaucoup d’années pour que les fans d’une page Facebook s’attendent à recevoir des réponses précises et factuelles par rapport à des demandes traitées par les services de support via les Pages Facebook. Mixer le marketing social au support peut devenir une tendance forte sur Facebook, ce qui ne se fera pas sans bouleverser encore plus le rapport entre agence de communication sociale et clients. C’est néanmoins un des vecteurs qui me semble porteur pour les marques qui souhaiteraient créer du trafic sur leur Page.

Bref, si cette fonction message n’est qu’une prémisse qui restera peut-être lettre morte, la réflexion qu’elle sous-tend devrait d’ors et déjà être menée lors de la mise en place d’une stratégie sociale pour une marque.

Tout ceci reste une réflexion en cours. L’air de rien, beaucoup de contenus et de nouveautés ont été présentées par Facebook ce 29 février. Certains changements mineurs et peu discutés pourraient avoir un impact bien plus grand qu’imaginé. Si vous avez envie de pousser la réflexion, je vous invite à prendre connaissance de l’ensemble du contenu de la conférence. Et si vous avez du feedback par rapport aux éléments soulevés dans cet article, il est bienvenu!

C’est le 14 février au soir que le blog « Coups de pub » publie son article « Orangina trompe ses fans sur Facebook » dans lequel il explique comment Orangina (et son agence Fred & Farid) utilise des faux profils sur Facebook afin de s(t)imuler l’activité de la communauté de la marque. Depuis, pas mal de réactions. Celles du « Community Manager » responsable du compte chez Fred et Farid, un certain Gontran Paillez. Les échanges que j’ai eu avec lui me motivent à écrire cet article, malgré les réponses sur les questions éthiques de We Are Social assez pertinentes, et le billet bien sûr bien drôle de Acta Diurna. Car, au-delà des aspects éthiques, il me semble important de rappeler que, malgré ce qu’on peut lire chez M. Paillez et certains commentateurs de l’affaire, cette stratégie est tout sauf efficace pour la marque.

5 fakes pour 250.000 membres?

La rhétorique qui soutient que la tactique était bonne est basée principalement sur l’idée que mettre en place cette stratégie de faux comptes et de fausses interactions a permis de recruter un nombre massif de membres de la communauté, et que cela valait donc « la peine », notamment d’un point de vue « rendement » (coût par nouveau follower). En clair, la fin justifiait les moyens. Sauf qu’il n’est pas question de fin, ici. Je n’apprends à personne que le nombre de fan n’est qu’un objectif secondaire d’une stratégie sociale, un moyen pour atteindre d’autres fins.

De la même façon, le niveau d’interaction sur une page n’est pas un objectif en soi, mais simplement à considérer comme un indicateur de l’engagement d’une communauté vis-à-vis de la marque. L’augmenter artificiellement permet au mieux de stimuler la discussion (mais est-ce que cela augmente vraiment l’engagement de la communauté, dans ce cas?), au pire de gonfler des chiffres utilisés en reporting.

En clair, la méthode ne fait qu’influencer des indices de reporting ou l’audience, au dépend de la qualité de celle-ci, alors que c’est le plus grand intérêt des médias sociaux.

Le ROI est mort. Vive le ROI.

Il me semble nécessaire, pour combattre ces pratiques douteuses sur le plan éthique, de démontrer qu’elles sont aussi nuisibles pour les clients. Et la difficulté première est qu’elle semble plutôt bénéfiques au premier abord, car il n’existe pas encore de mesures fiables du Return On Investment (ROI) des médias sociaux. On a donc tendance à utiliser les mesures que l’on connaît et qui ne sont pas adaptées.

C’est d’ailleurs l’emploi de ces mauvaises mesures qui est au centre de l’argumentation pour l’utilisation de fakes. Mélangeant allègrement mesure de publicité traditionnelle (nombre d’exposition) à celle du web display (Cout Par Clic – CPC), la technique permet en effet pour assez peu cher de faire de belles statistiques.

Pourtant, même en publicité traditionelle, le nombre d’expositions et le coût par exposition ne sont pas les deux seuls indices cardinaux pour la construction d’une campagne. La publicité au cinéma touche peu de gens, à un coût plutôt élevé. Mais grâce à un taux de mémorisation nettement plus élevé, à l’adaptation du médias pour travailler sur l’émotionnel d’une marque et un ciblage sur certaines catégories sociales, la pub pour le cinéma garde son sens dans certaines campagnes.

La même réflexion s’applique concernant les médias sociaux. Bien sûr, on peut spammer Facebook de publicité et organiser des concours géants viraux afin de faire grossir des pages et pouvoir augmenter le nombre d’expositions à un message publicitaire. On peut créer des faux profils pour, comme s’en vante le représentant de Fred et Farid, faire diminuer le coût par clic, faire du clic et de l’exposition par cher, en gros. Mais c’est selon moi l’inverse de ce qui fait la force des réseaux sociaux en marketing.

Peut-on sérieusement penser qu’une exposition à un statut Facebook vaut autant qu’une exposition même à un simple banner un peu joli? Sans compter qu’une exposition, dans Facebook, c’est une mesure plus proche d’une impression unique (puisqu’il s’agit du nombre de fois que le statut apparaît dans le flux d’une personne qui vous suit). Il semble quand même évident que, même avant le clic, ce qui est important, c’est l’envie qu’on a généré pour certains de répondre à ce que vous avez publié, et la force de l’interaction que vous allez avoir avec lui. Si la personne s’est sentie écoutée, valorisée, l’impact de votre action est quand même largement plus fort que si elle avait simplement atterri sur une page promotionnelle en cliquant sur votre lien.

Alors, oui, pourquoi pas utiliser Facebook comme plate-forme de couponing pour créer du trafic en point de vente. Pourquoi pas s’en servir afin d’augmenter l’exposition à une campagne above the line bien percutante afin d’améliorer l’image de la marque. Mais on ne parle alors pas de community management ici, mais bien d’achat d’espace média. Ce n’est pas un problème en soi, cela peut faire partie d’une stratégie d’un client. Mais je crois que c’est largement sous-exploiter le canal « médias sociaux » que de ne l’aborder que sous l’angle d’espace média.

Quelle mesure d’efficacité pour le community management?

Le problème qui se pose, bien évidemment, c’est qu’il n’existe pas de mesure quantitative pour évaluer la qualité d’une présence sociale sur les plateformes sociales. La quantité d’interactions, souvent mise en avant, n’est que rarement pertinente. Elle peut être liée à un buzz (vite oublié, sans échange, juste des réactions), à un concours (uniquement du recrutement, pas d’échange), à l’actualité, à des faux profils,…

C’est une difficulté pour les clients, qui doivent bien évidemment mesurer leur investissement marketing pour le justifier, et pour les agences qui doivent vendre une efficacité selon des indices clairs. Du coup, assez logiquement, les deux parties s’entendent assez bien sur l’utilisation de mesures qui ne sont pas bonnes, juste parce qu’elles leur sont utiles.

Pourtant, il existe d’autres moyens de mesurer une réalité que des indices quantitatifs. En sciences sociales, de nombreux phénomènes sont impossible à quantifier de manière sérieuse. On utilise alors des études qualitatives, des interviews en profondeurs qui seront par la suite interprétées afin d’en déduire certains indices. Ce type d’approche, même si elle n’est pas toujours facile à réaliser à un niveau suffisant (c’est un métier, on va dire), pourrait s’adapter à l’étude d’impact de l’utilisation de médias sociaux par une entreprise.

Une autre manière d’envisager la mesure de l’efficacité pourrait se faire via de l’analyse textuelle. Là encore, c’est une technique tout à fait reconnue dans la recherche en science sociale, et qui permet de faire ressortir des tendances, et même des évolutions dans le contenu même des échanges. Encore une fois, c’est une technique de mesure complexe et pas facile à appréhender, qui nécessite des spécialistes du domaine.

Bref, si on peut comprendre l’utilisation de métriques classiques pour mesurer l’efficacité de la présence sur les réseaux sociaux par les agences et les clients, faute de mesures plus pertinentes facilement accessibles, cela ne doit pas justifier les pratiques qui consistent à optimiser ces mesures au détriment d’un emploi réellement pertinent des réseaux sociaux. De la même façon que, malgré un CPM élevé et un reach assez bas du cinéma en pub traditionelle n’empêche pas le média d’être pertinent pour certaines campagnes, cela ne doit pas être un coût par clic faible et un grand nombre d’expositions « gratuites » qui doivent motiver à se lancer dans les médias sociaux et diriger l’ensemble de la stratégie. Mais bien l’envie de créer une grande valeur auprès d’un nombres réduits de « clients », afin d’utiliser les réseaux naturels pour promouvoir votre produit et votre marque. Créer des faux profils va très clairement à l’encontre de cet objectif. Et si cela peut paraître rentable à première vue, cela ne l’est que parce que les indices utilisés pour mesurer ne sont pas adaptés. Méfiez-vous donc des recettes trop faciles pour les réseaux sociaux. Si elles peuvent à première vue satisfaire tout le monde, vous vous rendrez vite compte qu’au final, la valeur créée par ce type d’approche sera bien en deça de vos attentes.

Allez, un petit ensemble de news musicale toutes fraîches regroupées sans beaucoup de logique, mais avec beaucoup de coeur (c’est pour la St-Valentin).

Quelques concerts

19/03: Timber Timbre (en solo) à la Rotonde du Botanique. Ce sera mieux, c’est presque sûr, qu’aux dernières Feëeriëen.

01/05: Matthew Dear à l’AB (à 12€). Son dernier concert à la Rotonde du Botanique est le dernier live où j’ai vraiment été impressionné. Priorité absolue sur toutes les activités liées à la Fête du Travail.

17/04: Xiu-Xiu à la Rotonde du Botanique. Un des faiseurs de pop expérimentale parmi les plus allumés et les plus sensibles. On le compare parfois à Anthony & The Johnsons. Cela n’a rien en commun, et c’est beaucoup mieux.

Deux vidéos

Une mauvaise prise live de « Dear God I Hate Myself » de Xiu-Xiu, pour que vous n’y alliez pas sans savoir un peu à quoi vous attendre…

Et puis, le clip du morceau « In The Grace Of Your Love », le meilleur titre du dernier album de The Rapture, est sorti. A priori, la vidéo ci-dessous ne marche pas (bandes de cons), sauf s’ils ont modifié les paramètres entre-temps, mais vous pouvez voir le clip à cette adresse: http://vimeo.com/36427625. Heureusement que le morceau est vraiment excellent.

In the Grace of Your Love – The Rapture from Dream The End on Vimeo.

Le gouvernement grec, sous la pression de la BCE et du FMI, vient de voter un nouveau plan d’austérité (diminuant le salaire minimum grec de 22% – 32% pour les moins de 25 ans – pour le passer aux alentours de 580€ – il était encore de plus de 800€ il y a deux ans). Ce vote était exigé par ces instances internationales, ainsi que diverses mesures de dérégulations (un classique du FMI) afin de continuer à renflouer le système économique grec. Les parlementaires n’ayant pas respecté les consignes de vote de leur parti ont été radié de leur groupe au Parlement grec, ce qui montre combien la marge de manoeuvre démocratique est ténue. En cela, la Grèce suit la voie tracée pour les pays sous-développés par le FMI et la vision européenne de l’Allemagne productiviste.

Et en fait, ces deux sources de décision en Grèce ont le même modèle. C’est le plus grand pays productiviste du monde et la plus belle réussite du FMI. Il s’agit de la Chine. Bien sûr, l’Allemagne est loin de proposer des conditions de travail comparables même de loin à celles des villes-usines chinoises. Il n’empêche que la compétitivité de l’Allemagne (compétitivité uniquement européenne, ce qui montre combien le poids politique allemand a été utilisé pour favoriser son marché intérieur au détriment du marché européen) est due aux mêmes raisons que la Chine: des coûts salariaux très bas. Dans le courant des années 2000, ils ont augmenté de 4% en Allemagne (ce qui veut dire qu’ils ont baissé vu l’inflation). Cela s’est fait en partie en diminuant les taxes, mais également en diminuant le salaire perçu pour les employés (il n’y a pas de salaire minimum en Allemagne).

Mais pour maintenir la situation, il est nécessaire de continuer sur cette voie, de continuer à faire pression sur les salaires pour faire diminuer le coût du travail. La Grèce est ainsi devenu un laboratoire étonnant de cette politique qui vise à relancer l’économie en rendant les gens pauvres. L’économie chinoise ne fonctionne que grâce à la pauvreté de la majorité. Elle est d’ailleurs menacée par l’augmentation des revenus moyens et avec elle le risque d’émergence d’une classe moyenne. Reste à voir comment la dictature en place va réagir à cette nouvelle classe sociale.

Qu’est-ce qui sépare donc encore l’Allemagne qui tend vers le modèle économique chinois et veut faire tendre l’Europe vers ce modèle? Les droits humains, sans doute. Malheureusement, la vision actuelle des droits humains distingue encore de manière assez radicale en terme de primauté les droits dits « politiques » des droits dits « économiques, sociaux et culturels ».

Cette séparation est historique. Après, que l’ONU ait adopté la DUDH qui était surtout un texte d’intention sans véritable portée politique, elle a, presque 20 ans plus tard, adopté deux Pactes pour mettre en application la Déclaration. Le premier porte sur les droits civils et politiques, le second sur les droits économiques, sociaux et culturels. La séparation entre ces droits, ayant pourtant à l’origine le même poids, a entraîné de facto une hiérarchisation de ceux-ci. Et la défense des Droits Humains est ainsi devenu presque exclusivement centrée sur le premier Pacte, les droits civils et politiques. Au niveau des ONG, cela s’est très vite ressentis entre celles faisant de « l’humanitaire » (lutte contre la pauvreté, pour l’éducation,…) et celles luttant pour les Droits de l’Homme.

Le problème de la pauvreté est dès lors sorti du spectre des violations des Droits Humains. Encore à l’heure actuelle, on parle rarement de violation des droits humains pour le droit de grève et à la syndicalisation, à des conditions de travails justes et favorables ou à la sécurité social. Ces Droits sont pourtant, dans l’esprit des rédacteurs de la DUDH, tout aussi fondamentaux que la liberté d’expression ou le suffrage universel. Et pour une bonne raison. Il est impossible, dans les pays où les droits économiques, sociaux et culturels ne sont pas respectés, d’obtenir un respect suffisant des droits civils et politiques. La pauvreté, le manque d’éducation, l’aliénation par le travail limite l’exercise de ses droits à la liberté d’expression ou à la vie familiale.

En Europe également, il est temps de rappeler que la pauvreté est une violation des Droits Humains aussi grave en droit mais également en fait qu’une arrestation arbitraire ou que la torture. Et que les mesures actuellement imposées à la Grèce par l’Europe constitue une violation décidée positivement des Droits Humains. Prendre la décision de jeter dans la pauvreté des milliers de personnes comme cela se fait actuellement n’est pas une mesure économique difficile à prendre, c’est une violation des valeurs fondamentales de l’Europe, et des conventions internationales que nos Etats ont ratifiées. Aucune situation économique ne peut justifier cela, et j’espère qu’un jour, les politiciens et technocrates qui ont pris ces décisions seront mis en face de leurs responsabilités. Car nous sommes en droit d’aspirer à un autre modèle que celui de la réussite chinoise.

Vous le savez sans doute si vous me lisez régulièrement, je ne suis pas le dernier à dénoncer les problèmes d’égalité des genres. A part certains fourvoiements sémantiques, je soutiens la plupart des revendications féministes, parfois mêmes les plus démonstratives.

Et cela m’énerve d’autant plus de voir le sujet de la Justice dans les affaires de viols traité avec une légèreté inconsciente. Aujourd’hui est ressorti dans les flux de discussion le résultat d’une étude de l’ONU concernant les taux d’élucidation des viols en Belgique, résultat publié en juillet 2011 sur Le Soir et ayant fait l’objet d’une question parlementaire de Zoé Génot (qui résume bien l’information dudit rapport, les réponses du ministre de la Justice belge et ce qu’on en a tiré). Dans cette étude, la Belgique est pointée du doigt pour son taux de condamnation particulièrement faible (4%), surtout par comparaison à la moyenne européenne.

Le problème de tout cela, c’est que ces chiffres… ne veulent simplement pas dire grand chose.

Premièrement, il me semblerait important de vérifier qu’on parle bien de chiffre comparable. Même si le terme « taux de condamnation » me semble assez explicite, il n’est pas impossible que ce terme revête des significations différentes selon les pays.

Deuxièmement, il serait intéressant de replacer ce chiffre dans une comparaison plus large de la Justice en Europe. Quel est le taux de condamnation global en Belgique et dans les autres pays de l’UE? Sans cela, il est impossible de dire si le système de Justice belge dans son ensemble condamne moins que celui d’autres pays européens ou s’il y a véritablement un problème spécifique en Belgique concernant les viols.

Troisièmement, en fonction de ce que les deux premiers points aient confirmés l’une ou l’autre hypothèse, il serait me semble-t-il nettement plus productif de pousser les recherches plus loin, afin de déterminer pourquoi ce phénomène se produirait spécifiquement pour les viols. S’agit-il de brèches légales qui permettent à des personnes ayant commis un viol d’échapper à la condamnation, s’agit-il d’un problème exécutif, lié à l’organisation de la Justice en Belgique (qui serait discriminatoire ou pas suffisamment efficace pour les affaires de viol), ou encore s’agit-il d’un problème purement judiciaire (une jurisprudence plus favorable à la défense dans le cadre des présomptions de viol).

C’est seulement en effectuant cette démarche qu’on pourra tirer des enseignements concrets et applicables pour lutter contre l’impunité des violeurs (qui reste selon moi très majoritairement due à d’autres problèmes que le taux de condamnation, et il serait peut-être préférable de concentrer son énergie sur d’autres plans de la problématique pour améliorer la situation – mais cela relève du choix politique).

Soyons bien clair, il est évident que des efforts énormes doivent encore être entrepris dans ce domaine. Mais je ne crois pas qu’ânonner des chiffres sans les mettre dans leur contexte, sans en montrer la portée réelle, et sans tenter de déceler les origines du mal puisse vraiment faire avancer les choses. Si vous êtes intéressé par la problématique, je ne peux que vous conseiller de suivre le travail d’Amnesty International, particulièrement actif dans ce domaine, en Belgique également.

Et puis, au final, ce qui me semble bien plus essentiel, c’est de faire diminuer le nombre de viols. Et le taux de condamnation, je le crains, n’a qu’une influence très marginale sur le nombre de crimes commis.

Je n’aime pas particulièrement Path. L’interface est très jolie, mais je n’en vois pas l’utilité. Certes, à l’heure actuelle, créer des outils avant de trouver les problèmes qu’ils peuvent résoudre est assez dans le vent. Mais ici, j’ai surtout peur que ce soit Path qui s’en prenne un, de vent.

Bref, le but de cet article n’est pas de parler de Path en lui-même mais bien du problème de « vie privée » qu’il affronte depuis hier, lorsqu’un hacker à montré que Path aspirait et stockait tous les contacts de son iPhone via son application (sans en demander la permission, donner la possibilité de l’empêcher, et même simplement sans prévenir). Et montrer en quoi, malgré 2012, malgré les gens et leur vision stupide de la vie privée, c’est un problème pour Path.

Tous égaux devant la Loi

Sans être un spécialiste de la législation sur l’exploitation de données personnelles en Europe, il me semble assez clair que la pratique de Path enfreint les lois de plusieurs pays européens. La France en premier, avec leur schizophrénie entre flicage des internautes et protection contre l’exploitation commerciale de leurs données.

Oui, bien sur, la Loi, c’est assez oldschool en 2012. Mais bon, l’air de rien, pour une start-up qui doit pas avoir une équipe juridique pléthorique ni les moyens/temps de se lancer dans des procès à tout va, le fait de ne pas respecter les vieux textes du vieux continent sclérosés et tellement moins bien que la Silicon Valley, ça peut malgré tout vite devenir chiant.

Tous égaux devant Apple

Même si Dave Morin (co-fondateur de Path) s’en défend, je crains que l’application Path enfreint, en plus des lois, les règles d’Apple sur son store.

Je vois en effet mal comment le comportement de l’application Path peut être compatible avec les points suivant des guidelines de l’App Store.

17.1 Apps cannot transmit data about a user without obtaining the user’s prior permission and providing the user with access to information about how and where the data will be used

17.2 Apps that require users to share personal information, such as email address and date of birth, in order to function will be rejected.

Alors, oui, on peut pester sur ces sales App Stores fermés où ce qu’il y a même pas de porn. Mais bon, je doute que Path pourrait atteindre la masse critique à une plateforme sociale sans être présent sur la plateforme d’Apple.

On peut se demander comment l’application à pu passer au travers du processus de vérification sur l’Apple Store. Mais je doute que si cette version n’est pas rapidemment corrigée, Apple puisse maintenir Path très longtemps disponible, ce qui serait définitivement un problème.

Mais le plus gros problème de Path n’est pas encore là.

Des amis à qui vous pouvez fait confiance sur une plateforme de confiance

Quand on est une plateforme sociale donc les seules valeurs ajoutées par rapport à d’autres concurrents sont une interface utilisateur chiadée et un recentrage autour des relations de confiances des utilisateurs, on essaye généralement de ne pas compromettre un de ces deux arguments. Ils sont déjà bien faibles, à mon sens, et n’en avoir plus qu’un des deux est suicidaire.

Dès lors, c’est bien beau de mettre en avant « les véritables amis » avec lesquels on partage de « véritables moments en commun » et qu’on partage en toute sécurité sur Path,si c’est pour après en profiter pour exploiter le carnet d’adresse de votre téléphone pour vous suggérer de nouveaux contacts. Parce que c’est bien connu, à l’heure actuelle, les carnets d’adresse d’iPhone sont uniquement utilisés pour conserver les numéros des gens qui vous sont les plus proches, et certainement pas de vos clients, fournisseurs et autres plus ou moins inconnus croisés un soir dans un bar. Bref, l’exploitation de ce carnet d’adresse par Path me semble déjà aller à l’encontre des valeurs qu’ils tentent de véhiculer.

Mais le faire en plus sans être explicite à ce sujet auprès des utilisateurs, c’est démontrer qu’en fait, comme Facebook, tout ce qu’ils veulent, c’est beaucoup de données sur vous. Et que derrière ce discours marketing de la proximité, tout ce que souhaite Path, c’est que vous partagiez le plus de trucs avec le plus de monde pour qu’ils puissent après exploiter ces données personelles pour faire de l’argent. Bref, rien grand chose en commun avec la proposition de départ.

Je vais donc quitter Path. Non pas parce que j’en ai quelque chose à foutre que mes informations de contacts soient sur leurs serveurs (elles sont déjà publiquement disponible sur Facebook), non pas parce que cela me pose un problème fondamental que mes données soient utilisées pour faire de l’argent si cela me permets de disposer gratuitement d’un service sympa, mais par simple respect pour les contacts sur mon iPhone. Par principe aussi, ce truc de gens vraiment trop oldschool. Bon, et parce que Path, c’est de la merde et ça sert à rien.