Il est étonnant de constater combien certains essayent d’affirmer la supériorité du monde occidental sur le monde arabe (mais pas que) par tous les moyens. Un de ces moyens, c’est de mettre en avant la « misère sexuelle » des pays arabes, résumés aux pays arabo-musulmans. Avec l’idée sous-jacente que cette misère sexuelle est inexistente dans le monde occidental, ou limitée à une très petite minorité. Pour ma part, j’affirme que la misère sexuelle est comparable dans le monde occidental que le monde arabo-musulman, même si c’est sans doute pour des raisons différentes.

Le mécanisme de base est pourtant le même: il s’agit globalement de limiter l’expression sexuelle dans l’espace public. L’outrage aux moeurs existe dans la majorité des pays occidentaux, et le principe est exactement identique à ce qu’on peut observer dans le monde musulman: une autorité décide des démonstrations sexuelles acceptables en public. Pour certains pays musulmans, cette autorité est religieuse. Dans les pays occidentaux, c’est le pouvoir politique.

Théoriquement, cela fait une grande différence. Le pouvoir politique étant, en démocratie, contrôlé par les citoyens, le contrôle de la sexualité qu’il exerce est une émanation de la société. Ce contrôle serait donc celui que les citoyens sont d’accord d’appliquer à eux-même et aux autres, quand celui exercé par l’autorité religieuse est, par définition, imposée par une caste (cela peut s’argumenter, en particulier dans le monde musulman où les imams ont une grande liberté et s’adaptent, j’imagine, bien plus aux communautés locales auxquelles ils s’adressent que les prêtres chrétiens, et peut-être aussi pas mal de politiques).

En pratique, on est loin du compte. Les lois qui régissent les moeurs sont très vieilles, et très floues. De tout temps, elles ont été utilisées de manière très différente pour contrôler des populations particulières, allant des minorités sexuelles aux femmes en passant par les personnes non-mariées ou les travailleuses/travailleurs du sexe. Encore aujourd’hui, leur application dépend énormément de ceux qui détiennent l’autorité. D’une zone de police à l’autre, vous serez traité différemment (comme l’explique très bien cet article d’Arc-en-Ciel Wallonie). Fondamentalement, ici comme là-bas, c’est une autorité qui décide si « des actions qui blessent la pudeur » sont commises sur des bases complètement floues et sur des jugements individuels.

Mais au-delà de l’autorité qui impose de manière peu contrôlée ce qui atteint les moeurs, les sociétés occidentales ne sont pas moins victimes de doubles injonctions contradictoires que les sociétés musulmanes en ce qui concerne la sexualité.

Ainsi, notre éducation sexuelle est limitée aux risques de la sexualité (MST et grossesses indésirées), alors qu’à côté de cela, notre éducation sentimentale lie fortement la sexualité à l’amour (la sexualité hors de la relation amoureuse étant toujours « moins bien »).
La sexualité nous est présentée comme nécessaire à notre équilibre humain, mais on revient régulièrement avec le spectre de l’addiction au sexe.
Même si cette idée est de plus en plus combattue, on entend régulièrement que l’homme a un besoin primaire de sexe. Mais on trouve répugnant et condamnable de se masturber au travail.
Etre sexuellement attractif est considéré comme une caractéristique positive, mais multiplier les partenaires est perçu négativement, en particulier pour les femmes, et pour tout le monde à partir d’un certain âge.
On peut vendre n’importe quoi avec du sexe (des voitures, des biscuits, des toitures), mais on ne peut pas vendre des services sexuels.
On est responsable de notre propre bien-être affectif, mais on n’a pas le droit d’acheter des services sexuels.
En d’autres termes, la seule forme relationnelle acceptable est la monogamie (en série). La seule forme de sexualité acceptable est la sexualité pénétrative phallocentrée.

C’est particulièrement vrai pour les personnes de sexe féminin. Les femmes subissent encore bien plus que les hommes ces doubles injonctions. On attend des femmes d’être des mères si elles ne veulent pas devenir des putains, mais on sous-entend qu’elles doivent être les deux, sans qu’il soit acceptable de le montrer. Aujourd’hui, les femmes doivent aimer le sexe, mais uniquement avec l’homme qui les a choisi, de la façon dont il l’a choisi. Elles sont responsables de leur plaisir sexuel, mais sans pouvoir choisir la sexualité qui leur convient (il faudra de toute façon qu’elles se fassent pénétrer le vagin). Si elles peuvent mener une carrière tant qu’elles assument leur responsabilité de mère (un peu plus partagée dans le couple qu’avant, mais encore largement inégalitaire), elles doivent aussi rester disponible sexuellement, et se voient souvent culpabilisées pour la mauvaise qualité des relations sexuelles dans le couple. Bref, même si les femmes sont de plus en plus poussées à être actrices de leur sexualité, elles ne peuvent la définir que dans le cadre de la structure patriarcale existente.

Quand aux hommes, ils se retrouvent confirmés sans arrêt dans leur rôle de prédateur sexuel, alors même que la violence sexuelle elle-même est de plus en plus décriée (heureusement).  La production culturelle occidentale sous-tend l’idée du masculin définit par sa capacité à obtenir la sexualité, et du féminin à résister suffisamment mais pas trop. A force de montrer certaines formes de violences sexuelles comme des actes de séduction, on peut difficilement s’étonner que ces comportements soient acceptés et même valorisés, et ce tant par des hommes que par des femmes. Pour aller plus loin là-dessus, cette série de tweets sur la masculinité toxique est excellente.

L’ensemble de ces éléments, le reliquat de notre culture judéo-chrétienne, la contre-réaction aux mouvements libertaires de Mai 68 et la culture de la performance omniprésente sont à l’origine d’une misère sexuelle en Occident qui, malheureusement, va en s’aggravant.

Bien sûr, une certaine élite, dont je fais partie, la subit moins que les autres. Les formes de relation sentimentales non-monogames commencent à faire partie de la vie publique, tout comme les formes de sexualités alternatives. Cela ne vient pas sans préjugés et sans difficultés, mais cela permet malgré tout à une minorité dominante d’accéder au bien-être sexuel, aidé en cela par des sexologues, thérapeutes et autres coachs relationnels. C’est le cas également dans le monde arabe, et cela, à mon sens, a été le cas tout au long de l’histoire. Les puissants ont toujours eu accès à une sexualité plus satisfaisante.

C’est toute une autre histoire pour l’ensemble de la population, coincée dans les représentations de ce que doit être la sexualité. La pornographie mainstream exclut toute forme d’alternative à la sexualité pénétrative basée sur l’orgasme et la performance. La relation amoureuse non-monogame est présentée systématiquement comme une catastrophe tant personnelle que sociale. L’absence de sexe ne peut être un choix.

Dans une société où on nous dit que tout ce que l’on désire peut être acheté, et qu’il suffira de « réussir » pour l’obtenir, les discours sur les désirs sexuels suivent le mouvement: à la fois, la réussite sexuelle est présentée comme obtenue par la réussite sociale, mais par ailleurs, on naturalise la capacité sexuelle. On a accès à des partenaires sexuels attractifs quand on est quelqu’un d’attractif, mais le sexe est aussi présenté comme une capacité innée, où aucun apprentissage n’est nécessaire. Dès lors, les personnes insatisfaites de leur sexualité le ressentent à la fois comme un échec social supplémentaire (je ne baise pas parce que je suis pauvre, que je n’ai pas de grosse voiture pour draguer, parce que je suis caissier/arabe et que personne ne veut d’un cassier/arabe dans son pieu,…) mais aussi comme une attaque sur sa valeur (je suis même pas capable de faire jouir ma femme/mon mec alors que c’est quand même le truc le plus naturel au monde).

La relégation de la sexualité dans le privé rend encore plus difficile l’échange et, en parallèle avec la sexualisation de plus en plus marquée de la production culturelle, crée frustration, fantasmes et attentes. La vie sexuelle de son voisin est toujours meilleure que la nôtre. On n’est jamais assez beau pour être bon au lit. On n’est jamais assez bon au lit pour être avec des personnes « sexy ». On n’est pas assez bien pour proposer nos fantasmes à notre partenaire, on n’est pas assez beau pour espérer coucher avec notre voisin.

Chez nous, comme dans le monde arabo-musulman, la société condamne les personnes qui expriment leurs envies sexuelles ouvertement, qui demandent, et grâce à cela obtiennent, ce qu’ils désirent. Le comportement sexuel dans le monde occidental est tout aussi cadenacé par des mécanismes sociaux, certes différents mais pas moins puissants, que dans le monde musulman. Cela crée un niveau de frustration sexuelle comparable, ce qui a un impact évident sur la violence sexuelle omniprésente dans nos sociétés (pas sur le mode « j’ai des besoins non-comblés, donc je vais violer quelqu’un » mais plutôt « en tant que dominant, j’ai le droit de prendre ce qui me revient »). Dès lors, et vu que les causes sont similaires dans le fond (pas sur la forme, je l’accorde), il me semble bien plus constructif, si on veut lutter contre cette misère sexuelle, de voir vers quoi nous devons tendre tant dans les sociétés occidentales que arabo-musulmanes, plutôt que de créer l’illusion d’une différence de nature pour mieux renvoyer, encore une fois, dos-à-dos des cultures qu’il est bien dans l’air du temps d’opposer.

Je n’avais pas envie de parler de Dandoy. Je ne pensais pas qu’il faudrait en parler. J’avais l’impression que l’histoire était pliée quand j’ai vu la campagne apparaître. Je suis passé en magasin, j’ai discuté avec une vendeuse et compris directement qu’il s’agissait d’une opération marketing qui s’affirmait exploiter le corps de la femme pour vendre des biscuits. Je pensais que tout le monde s’accorderait, à part les quelques cons habituels, à dire que c’était de la merde. Je me trompais. Il y a des politiciennes qui défendent les images au nom du commerce local, il y a des journaux qui les défendent au nom de la liberté artistique. Donc voilà, je vais quand même écrire quelque chose sur le sujet.

1. Toutes les images de la campagne sont choquantes. Certes, celle de la femme en rouge est plus directe, mais c’est bien dans le procédé que se situe le problème. Pour chaque image féminine, il consiste à choisir une photo sexy rétro et à coller une photo du produit à vendre (un biscuit) sur la tête de la modèle, de façon à ce que seul son corps soit visible. Je ne vois pas comment il est possible d’argumenter sur le fait que ce procédé est une objectification du corps de la femme. On pourrait même dire que c’est l’exemple ultime du procédé, puisqu’il s’agit littéralement d’utiliser le corps féminin offert comme support au produit à vendre. On notera que le procédé est encore plus choquant en constatant que c’est exactement l’inverse qui a été fait pour les hommes. Là, le biscuit cache le corps masculin pour souligner son visage. On pourrait sans doute aller plus loin dans l’analyse des images, mais franchement, ce ne serait pas très utile.

2. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la liberté artistique du créateur de ces images. Thomas Lélu, artiste parisien (dont le premier roman a été « acclamé par Beigbeder », et avec qui il travaille pour le magazine érotique érotico-réactionnaire Lui), a bien le droit d’interroger ce qu’on montre ou pas des corps des femmes. On peut analyser et discuter son travail, le trouver ou non sexiste, et réfléchir au message qu’il essayerait de faire passer (si message il y a). Là n’est pas la question. Parce que lorsqu’une oeuvre devient une publicité, son contexte et son but change complètement. Et une image qui peut être acceptable dans le cadre d’une réflexion artistique (mais ne l’est pas toujours – souvenons-nous de l’affaire Troilo) peut tout à fait devenir sexiste dans un cadre commercial.

3. Le problème n’est pas l’érotisme ou la charge sexuelle de l’image. On peut certes s’interroger sur le fait d’utiliser ce type d’image pour une marque comme Dandoy, mais c’est un choix stratégique qui n’est pas en soi problématique. Ce qui l’est, c’est le type d’image qui est choisie, c’est le message que celui-ci fait passer. C’est le fait que les images choisies valident la position d’objet sexuel de la femme face à l’homme acteur de sa sexualité. Mais en miroir, il valide également l’idée de l’homme esclave de sa propre sexualité, dont les choix sont guidés par la chatte qu’il va fourrer. Bien évidemment, c’est le cas d’une très grosse partie de la production érotique/pornographique encore actuellement. Et oui, une part non négligeable de la publicité fonctionne sur ce ressort (et en particulier celle qui cible les femmes, d’ailleurs – ce qui explique sans doute la frilosité de Elle quand il dénonce la campagne). Ce n’est pas plus acceptable pour autant.

4. Il faut arrêter de considérer ce type de campagne comme « moderne ». C’est simplement faux. Ce type de campagne existe depuis les années 70, et si les gens commencent à ne plus les accepter, ce n’est pas parce qu’ils sont pudibonds, mais parce qu’ils en ont marre qu’on montre les corps, les hommes, les femmes, le sexe de la même façon depuis 50 ans. Ce n’est pas une régression que de ne plus vouloir accepter l’objectification des corps féminins, c’est vouloir voir des femmes sujets de leur sexualité, actrices de leur désir. C’est vouloir la modernité (encore timide) dans les rapports quotidiens entre hommes et femmes transparaître dans les images qu’on utilise pour représenter ces rapports. C’est vouloir une véritable libération sexuelle pour touTEs. Et pour cela, il faut faire voler en éclat les symboles phallocrates comme cette campagne afin que chacunE puisse avoir le sexe qu’il veut plutôt que celui qu’il doit.

Bref, si vous pensez que ce genre de campagne est dépassé, ne vous contentez pas de le dire sur Internet. Allez en magasin. Parlez aux vendeuses et aux managers. Fort. Quand il y a beaucoup de clients.

Il est 18h30, nous sommes le 31 décembre 2015. Depuis quelques heures, les pétards résonnent dehors. Ma colocataire est partie rejoindre la soirée qui l’attend, et je me suis ouvert une bouteille de champagne, un paquet d’olives verte. J’ai refusé avec soin toutes les invitations de mes amis pour rester seul. Après tout, puisque la nouvelle année est si importante, autant lui accorder l’attention qu’elle mérite et en profiter pour faire un bilan plutôt que de se bourrer la gueule et manger trop gras. En plus, 2015 est l’année de mes 30 ans, et on supporte moins bien le gras, à cet âge-là.

Je ne ferai pas un bilan du monde. De toute façon, il faut être con pour ne pas se rendre compte qu’il est pourri, et qu’il sera pire l’année prochaine. Pour ce qui est du monde, je préfère l’engagement au quotidien aux voeux pieux.

Par contre, c’est l’occasion de faire un bilan pour moi-même. Et là, pour la première fois, je peux l’affirmer: en 2015, j’ai été heureux. C’est peut-être un détail pour vous, comme ça, sur votre écran, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Et ce bonheur vient à la fois de ma capacité à accepter qui je suis, et à refuser de me conformer à ce que je ne suis pas.

Accepter qui je suis, c’est parvenir à faire la paix avec le fait que je suis ce que je dois être. J’ai le privilège d’être un homme blanc valide né dans une famille bourgeoise éduquée, et il s’avère que notre société est friande de personne comme moi. Pendant 30 ans, j’ai donc principalement fait ce qu’on attendait de moi. J’ai étudié, j’ai travaillé, j’ai cultivé ma capacité à tirer parti du système technocratique qui prévaut dans nos entreprises et nos institutions tout en cultivant un certain intellectualisme me permettant de rester conscient de ce système. J’ai pris de la distance avec mon quotidien grâce à ma capacité à faire sans croire, tout en cultivant ma capacité à croire sans trop en faire. J’ai un peu agi pour mes idées, certes, mais pas plus que ce qui est attendu d’une personne comme moi.

Ne croyez pas que j’ai un quelconque mérite à tout ça, il n’en est rien. J’ai juste été éduqué pour cela et, en 2015, j’ai appris à être en paix avec cette constatation. J’ai appris à reconnaître mes privilèges et à ne plus m’en culpabiliser.

Je continue à penser et à militer pour que les autres, ceux qui n’ont pas eu la chance de bien naître, puissent en bénéficier, mais j’arrive à mieux supporter qu’en attendant, j’en profite malgré tout. J’arrive à vivre avec le fait que, quoi que je fasse, actuellement, je profite d’un système au détriment d’autres. Je n’ai  évidemment pas, en 2015, découvert l’inaliénabilité de mes privilèges, je l’avais déjà noté un an plus tôt, je fais juste avec. Et si je fais un voeux (parce que cela ne peut être qu’un voeux) pour l’année prochaine, c’est que mes co-privilégiés puissent eux-aussi à la fois reconnaître ces privilèges sans se sentir diminué par ceux-là.

Bien sûr, pour ceux qui ont toujours vécu avec l’idée qu’ils ne doivent rien à personne, c’est compliqué d’admettre qu’on a simplement de la chance. C’est pourtant bien de cela qu’il s’agit. Je ne parle pas d’alignement des astres et autres concepts mystiques. La chance, quand on est humaniste, c’est juste être la bonne personne dans le bon contexte. C’est reconnaître qu’aucun individu n’ont fondamentalement meilleur qu’un autre, mais a simplement la chance de se trouver dans un environnement où il réussit mieux qu’un autre.

Je continuerai donc à faire ce qu’on attend de moi en 2016, dans presque tous les domaines.

Parce qu’en 2015, ce qui a fait mon bonheur, c’est aussi de cultiver la marginalité de mon intimité. Si je fais ce qu’on attend de moi, je ne suis pas celui qui est attendu. L’année maintenant passée m’a donné la force de refuser d’être dans ma vie affective et sexuelle celui que je devrais. Je devrais être en couple, le couple défini par la loi et la coutume. Je devrais avoir une sexualité normée, à l’image de la personne sociale que je suis. Et même si j’ai pu être heureux en étant célibataire, je devrais chercher à ne plus l’être. Refuser tout cela, c’était déjà pas mal. Trouver une liberté dans la négation de ce qui m’oppresse est un premier pas qui me fut salutaire. Pour 2016, je veux construire, sans concessions. Je veux trouver mon chemin dans les multiples possibilités qui s’offrent à moi. Je veux pouvoir dire non à ce que je n’ai pas envie de faire, même si c’est avec des gens que j’aime beaucoup. Je veux pouvoir dire clairement ce dont j’ai envie aux personnes avec qui j’en ai envie, être honnête sur mes sentiments vis-à-vis des personnes qui comptent pour moi.

Et pour vous qui me lisez, je souhaite la liberté individuelle dans une société qui offre à tous la même possibilité de l’exercer.

Pourquoi les demandeurs d’asile (et les autres) ont-ils continué à dormir dans une tente dans un parc plutôt que de rejoindre le centre d’accueil qui a été ouvert afin de les abriter? Théo Francken souhaite que nous y voyions des exigences de standing dans ce que nous offrons à ces personnes, exigences bien-sûr déplacées à ses yeux. Ce n’est évidemment pas le cas. Il y a des raisons tout à fait concrètes pour l’expliquer: un accueil de nuit sans service ni confort est bien moins désirable qu’une tente dans un parc où on peut trouver de quoi se nourrir, se vêtir, se laver, déféquer,… Il est d’ailleurs tout à fait remarquable qu’un état aussi riche disposant d’une administration aussi structurée que le nôtre réussit à faire nettement moins bien que des bénévoles et des organisations toujours sous-financées. Mais là n’est pas mon propos. Répéter des évidences aussi banales est nécessaire pour contrer les populismes égoïstes qui se saisissent et déforment la moindre information pour justifier leur égoïsme. Reste qu’il faut aller plus loin.

Car ce qui explique pourquoi les solutions d’accueil proposées par l’état ne sont pas adoptées par les demandeurs d’asile, c’est qu’elles n’ont, en fait, rien à voir avec l’accueil. Quand on accueille quelqu’un chez soi, ce qu’on fait, ce n’est pas fournir un lieu à l’abri des intempéries, de la nourriture plaisante, un peu de confort. Quand on accueille quelqu’un chez soi, ce qu’on offre réellement, c’est une rencontre, un contact, un lien. C’est ce que les demandeurs d’asiles trouvent dans leur camp de tente, et qu’ils ne trouvent pas dans le dortoir qui leur est proposé.

N’ayons pas peur des mots, ce dont je vous parle, c’est d’amour. Quel demandeur d’asile peut croire que la Belgique va les aimer, quand ils sont dans les files devant l’Office des étrangers ou parqués dans un bâtiment désaffecté? Qui croit un instant que Théo Francken veut accueillir ces personnes qui se trouvent sur notre territoire, veut les rencontrer, veut créer un lien entre l’état qu’il représente et eux? Qui peut penser que Théo Francken aime ces réfugiés? Personne! Parce que Théo Francken n’aime pas ces réfugiés, et s’en cache à peine. Il n’aime pas les réfugiés. Peut-être même les déteste-t-il… Et on ne peut accueillir, rencontrer, créer du lien avec des gens qu’on déteste.

Par contre, les dizaines de personnes qui donnent leur temps et un peu de leurs avoirs, ceux qui vont sur place, croisent des regards, offrent un sourire en plus d’une paire de chaussure, laissent transparaitre leur angoisse, leur tristesse, leur vulnérabilité face à une situation qu’ils ne maitrisent pas, face à la peur de l’autre accumulée par des années de xénophobie latente; ces personnes fournissent un accueil. En plus de vêtements et de nourriture, ils offrent de la camaraderie, de l’amitié, de l’amour et du désir peut-être. Ils offrent ce qui nous rend humain.

Sentimentalisme bon marché? Idéalisation? Peut-être… Mais que ce soit le cas ou pas, il faudra bien que la Belgique finissent par les aimer, ces réfugiés. Car ils ne sont pas là pour 15 jours, mais pour beaucoup, pour le reste de leur vie. Ils vont rencontrer des citoyens, ils vont avoir des enfants et les envoyer dans des écoles, ouvrir des commerces, travailler dans des entreprises et services publics. Ils vont se faire soigner dans des hôpitaux et peut-être avorter dans des plannings familiaux. Certains passeront des nuits dans des cellules de dégrisement et d’autres râleront d’avoir été flashés à 75 km/h dans les tunnels du centre de Bruxelles. Il faudra donc bien que la Belgique aille à leur rencontre, crée du lien, soit en contact. Il faudra donc bien que Théo Francken comprenne que ceux qu’il refuse d’accueillir vont devenir ses voisins.

Heureusement que d’autres que lui ont le sens de l’accueil, parce que c’est ça qui fera de ces demandeurs d’asile des citoyens.

Le World Press Photo Awards est revenu à la raison et à retiré son prix à Giovanni Troilo, pour son reportage bidonné sur Charleroi. Entre la mise en scène, les légendes trompeuses, et l’utilisation d’exceptions anecdotiques pour prétendre décrire une réalité courante, il me semblait difficile de considérer le travail du photographe comme du photo-journalisme.

Mais au-delà de cela, un élément du travail de Troilo m’a bien plus interpelé. Voici un extrait de la description de son projet:

Today social unease combines with the lives of the citizens. The roads, once blooming and neat, appear today desolated and abandoned, industries are closing down and spontaneous vegetation eats the old industrial districts. A perverse and sick sex, race hate, neurotic obesity and the abuse of psychiatric drugs seem to be the only cures being able to make this endemic uneasiness accettable.

Au-delà d’un portrait à charge complètement ridicule que dresse l’artiste, j’ai été interloqué par la justaposition du sexe, de l’obésité et de la haine raciale. Parce que regardons ce que Troilo considère comme la perversion

Vous avez tout d’abord une scène où le cousin du photographe a une relation sexuelle sur un parking avec une inconnue. Ici, ce qui est considéré comme pervers, c’est la relation sexuelle pour elle-même, sans relation sentimentale. On est pas loin du « il faut être vierge pour son mariage ».

Ensuite, une mise en scène d’un artiste (Vadim Vosters) qui prépare une oeuvre pour une exposition qui s’appelle « Divided Body », sur la place du corps, et qui montre donc des corps nu. Le fait qu’un artiste produise une oeuvre qu’on peu considérer comme portant une charge sexuelle ne me semble pas devoir mériter le qualificatif de « pervers ».

La troisième image représente une scène BDSM d’un couple connu de Charleroi vivant une relation de domination/soumission consensuelle, et qui par ailleurs sont fortement investis dans la communauté « fetish » de Charleroi, organisent différents événements, et vivent leur relation de façon très positive et ouverte. Très certainement, cette forme de sexualité n’est pas pratiquée, en tout cas jusqu’à ce point, par la majorité de la population (et est très loin de représenter la sexualité moyenne à Charleroi, d’ailleurs). Et peut-être mérite-t-elle le qualificatif de perverse. Mais en quoi peut-on considérer cela comme condamnable? En quoi cela est-il le signe d’une société en perdition? Si perdition sexuelle il y a, elle est dans les dizaines de milliers de viols conjugaux que les femmes n’osent pas dénoncer, pas dans les sexualités qui sortent du missionnaire du mercredi et dimanche soir.

Je suis d’autant plus troublé quand on accole la perversion sexuelle à la haine raciale. Vivre une sexualité perverse qui nous épanouit, cela nous grandit en tant qu’être humain, cela nous rapproche de nous-même, de nos corps, et des autres. Cela questionne les modèles de domination qui nous sont imposés tout au long de notre vie, cela nous permet de mettre en scène nos pulsions et explorer la part sombre que nous ne pouvons montrer en société dans un environnement sûr et sous contrôle. La haine raciale, elle, détruit les individualités, ramène l’homme au rang d’animal non pas au travers de jeux de rôle mais au quotidien, détruit les gens qui en sont victimes. Si nos perversions sexuelles contreviennent sans doute à une certaine vision de la morale, la haine raciale, elle, est profondément injuste et cruelle, destructrice pour les individus et pour nos sociétés.

Au final, le message de Troilo, qui se veut « choc », n’est qu’une injonction hyginéiste et moralisante de plus: soyez mince, ayez une vie sexuelle « normale ». Soyez productif, ne remettez rien en question. Le bonheur formaté pour tous. « Fitter, Happier, more productive« .

PS: la photo de Troilo traitant de l’obésité stigmatise la grosseur, la médicalise, et contribue à complexer les gens pour les formes de leurs corps.

Comme prévu, la sortie de « 50 Shades of Grey » au cinéma met sous les projecteurs le BDSM, tant dans ses aspects sexuels que relationnels. Comme prévu, elle le fait de manière loin d’être adéquate. Mais c’est aussi une formidable opportunité pour tenter d’en parler, de trouver un équilibre entre rejeter ce qui doit l’être dans ce livre, sans pour autant rejeter le BDSM dans ce qu’il peut apporter dans la sexualité (et probablement, pour certaines personnes, dans leur quotidien, mais c’est un sujet que je connais moins).

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Le premier problème du livre est sa piètre qualité littéraire, et je suis encore très gentil. Ce roman est particulièrement mal écrit, que ce soit dans sa structure, son vocabulaire, la construction des dialogues, l’évolution des personnages ou les descriptions. C’est un problème, parce que cela lui fait manquer de la précision et de la nuance pourtant essentielles dans tout ce qui concerne les relations humaines, et en particulier les relations de domination/soumission (que je vais abbrévier D/s). Que ce soit quand on parle de l’état d’esprit de ceux qui les pratiquent, de la grande question du conscentement ou même de la description des sensations, essentielles pour la partie S/M du BDSM, c’est dans les détails qu’on peut saisir la différence entre un état de soumission sain et une relation abusive, entre le fait de fleurter avec les limites de son conscentement et l’abus sexuel, entre la douleur qui fait entrer le corps en transe et celle qui le meurtit. Oui, entretenir une relation D/s est compliqué, demande beaucoup d’effort, énormément de prudence, et une grande finesse d’esprit. Le fait que cette finesse d’esprit manque dans ce livre est ce qui cause, en grande partie, le reste des problèmes qu’il représente.

Le deuxième problème du livre est son irréalisme non-assumé. Irréalisme car Grey n’existe pas dans notre monde. Dans notre monde, Grey, c’est DSK. En choisissant de placer des personnages fantasmés dans un environnement plutôt réaliste, le livre, loin de populariser les sexualités alternatives, contribue à les maintenir dans le domaine du fantasme. Ce qui dit ce livre, c’est à mon sens que les vraies personnes ne pratiquent pas ce genre de chose. Si vous êtes une femme, vous ne rencontrerez jamais une personne du quotidien qui vous fera découvrir le BDSM, et vous devez attendre un homme qui n’existe pas comme Grey. Si vous êtes un homme, ce qui dit ce livre, c’est que vous ne pouvez pas être un homme du quotidien si vous voulez pratiquer ce genre de sexualité: vous devez être riche, puissant et extrêmement beau. Ce que fait ce livre, c’est vous autoriser à fantasmer sur ce type de sexualité, mais certainement pas vous inciter à vous y lancer. C’est déjà pas mal, me direz-vous. Et c’est vrai que le fait qu’une femme écrive un livre qui permette à de nombreuses autres femmes d’explorer plus ouvertement leurs fantasmes et leur sexualité est un pas en avant. Mais ce petit pas ne doit pas nous faire oublier tout le reste.

Le troisième problème de ce livre est qu’il est très peu documenté. De toute évidence, il n’est basé sur aucune recherche sérieuse sur son sujet, mais bien sur les fantasmes et les idées reçues les plus courantes autour du BDSM. Il est d’ailleurs assez étonnant de voir à quel point il n’y a aucune prise de distance par rapport à la vision qui est donnée du BDSM. D’ailleurs, le BDSM, c’est quoi? L’acronyme est souvent étendu en « Bondage, Discipline, Domination & Submission, Sado-Masochisme ». Si ces différentes pratiques font partie d’un même univers, et que beaucoup de personnes actives dans le BDSM touchent un peu à chacune d’elle, beaucoup d’autres ne s’intéressent qu’à l’une ou l’autre part. En particulier, il est tout à fait possible d’avoir des jeux de cordes (bondage) sans relation de D/s, ou d’avoir une relation D/s sans que cela implique de jouer avec la douleur (le SM). Le manque de documentation du bouquin laisse penser qu’un ne peut pas faire l’un sans faire le tout, que tout cela ne se négocie pas de façon très détaillée (le « contrat » proposé par Grey est une hérésie pour toute personne qui prend la peine de se demander comment ça fonctionne en réalité). Quand à la description des sensations ou des états d’esprit provoqués par les différentes pratiques des protagonistes, elle me semble démontrer que l’auteur de les a jamais elle-même expérimentées, et ne semble pas s’être encombrée de demander à ceux pour qui c’est le cas de lui en parler. Il y a pourtant tant de belles choses à écrire sur la morsure de la badine sur la peau, la douceur du cuir qui se frotte avant de s’abattre, sur les endorphines qui rendent le coup un peu trop fort la première fois bien plus agréable la seconde fois, sur les sons, sur l’air qui se déplace, sur l’attente et la surprise d’une sensation inconnue, sur la chaleur de la peau rougie par la tension des cordes, sur les odeurs qui ne partent pas tout à fait après la première douche (et sur tout le reste, ne laissons pas ce qui est écrit dans ce livre ou ici limiter notre imagination). Quand on s’aventure dans le BDSM, on ouvre son corps à une gamme de sensation bien plus large, et c’est vraiment triste que le livre ne prenne pas la peine d’y donner goût.

Le quatrième problème du livre, sans doute le plus grave, c’est qu’il dévoie la notion de consentement. Alors que c’est sans doute ce qui est le plus important et le plus beau du BDSM. Dans une relation BDSM saine et éthique, un vrai dialogue s’instaure entre les partenaires autour des limites, des peurs, des envies, de ce qu’on n’ose pas mais qu’on aimerait quand même tenter un jour. Cette discussion offre des vrais moments d’intimité, contribue grandement à construire la confiance et la proximité entre les partenaires. Bien évidemment, on va avoir envie de jouer avec ses propres limites, ses propres tabous. Chez l’homme, un fantasme relativement courant est celui du maître-chanteur ou de la femme fatale qui va prendre plaisir à vous humilier. En réalité, chacune des humiliations subies aura été acceptée au préalable. Un des fantasmes parmi les plus courants chez les femmes est la scène de viol, ce qui ne veut pas dire que ces femmes veulent se faire violer. On peut aller très loin pour réaliser ce fantasme, avec une véritable mise en scène d’enlèvement, des relations sexuelles avec des véritables inconnus. Ca, c’est quand vous jouez avec quelqu’un que vous connaissez depuis 20 ans et envers qui vous avez une confiance absolue. Sinon, vous allez probablement vous limiter à un peu de brutalité, quelques cordes, un peu d’arrachage de vêtements , et peut-être quelques insultes (soigneusement déterminées, les insultes qui peuvent nous exciter sont différentes pour chacun). Et ce sera totalement génial, si chacun joue le jeu et respecte ce sur quoi ils se sont mis d’accord. Notre cerveau est formidable pour nous faire vivre des scènes intenses avec juste quelques symboles. Pas besoin que ce soit réaliste, juste d’avoir envie d’être convaincu que ça l’est.
Au-delà de cela, le dominant a pour responsabilité de veiller à ce que le consentement soit toujours acquis pendant la scène. Il y a le « safeword », bien sûr (un mot-clef qui, lorsqu’il est prononcé par un participant, met fin à la scène). Mais il n’est pas suffisant, parce que le soumis peut se retrouver dans une situation physique ou mentale où il n’est pas à même de le prononcer. C’est au dominant de vérifier oralement ou à l’aide de signe physique préalablement déterminés si le consentement est toujours exprimé. Le consentement, ce n’est pas la même chose que l’absence de non-consentement. C’est un acte positif, et si, à n’importe quel moment, un consentement positif ne peut être obtenu, c’est qu’il n’existe pas, et que la scène doit être interrompue. Ce type de mécanisme existe également dans les relations D/s qui dépassent le cadre sexuel, avec des espaces aménagés pour le dialogue entre le dominant et le soumis hors de leur rôle. Et c’est bien l’essentiel à comprendre: la relation BDSM ne peut être saine que lorsque que les deux parties sont conscientes qu’elles jouent un rôle, même si ce rôle est utilisé pour la totalité de leurs interactions. C’est ce qui rend possible le consentement, puisque c’est ce qui permet de reconnaître que les humains derrière les rôles sont égaux, et que leur consentement a la même valeur. Et c’est précisément pour cela qu’on peut considérer qu’une bonne part de la relation entre Grey et Anastasia n’est pas consensuelle.

Ce quatrième problème est encore plus renforcé par le fait que le livre est écrit du point de vue de la personne soumise qui subit cette relation non-consensuelle et la valide. Cela tend à faire penser qu’une relation non-consensuelle est une bonne chose, puisque la personne qui la subit en retire de la satisfaction. Et c’est extrêmement dangereux. Car même s’il arrive que, par chance, un acte non-consensuel éveille celui qui le subit plutôt que ne le blesse, c’est rarement le cas. La plupart du temps, les blessures qui sont causées sont profondes. Laisser croire aux hommes que parfois, dépasser les limites de sa partenaire peut-être une bonne chose pour elle; faire croire aux femmes qu’elles devraient accepter que leur partenaire dépassent leurs limites parce qu’elles pourraient l’apprécier, c’est inciter à l’abus sexuel, et culpabiliser les femmes pour les abus sexuels qu’elles subissent. Encore une fois, il y a une différence entre titiller ses limites, explorer ses peurs et ses envies refoulées dans un environnement sain et sûr, ce que peut permettre de faire le BDSM, et la violence sexuelle. Le fait que Grey passe par le BDSM suite à des traumatismes d’enfance n’est pas en soit le problème (en réalité, beaucoup de nos fantasmes naissent de traumatismes), mais bien que cela participe à la justification de la relation abusive.

Au final, ce livre est dommageable à la communauté BDSM, aux femmes, mais aussi à tout le monde qui y verrait une porte d’entrée pour explorer leur sexualité. D’une part, parce qu’il peut y amener des gens qui n’auront pas de comportements sûrs, qui vont s’en retrouver meurtris, ou qui vont blesser d’autres personnes. D’autre part, parce qu’il contribue à maintenir le BDSM dans la catégorie des fantasmes « ça m’excite, mais ce n’est pas pour moi ». Et c’est vraiment dommage, car en réalité, de très nombreuses personnes intègrent déjà des éléments du BDSM de manière « naturelle » dans leurs ébats. En être conscient, réfléchir à ce qu’on y trouve et se demander si on n’a pas envie de les explorer un peu plus pourrait amener à beaucoup de gens une vie sexuelle plus épanouie, et donc une vie plus heureuse, simplement. Bref, ne pensez pas que 50 Shades of Grey est représentatif du BDSM, mais ne vous refusez pas le plaisir d’aller le voir (avec un regard critique) si c’est pour vous une première étape dans votre exploration.

Si vous avez envie de lecture sur le sujet, je vous recommande chaudement The New Bottoming Book (ou The New Topping Book, selon le rôle qui vous attire le plus) de Dossie Easton et Janet W. Hardy. C’est mieux écrit que 50 Shades, bien plus éthique et tout aussi inspirant. Et si vous êtes plus du genre à avoir envie de discuter, le groupe Sex-Positive Belgium duquel je fais partie est là pour vous (on y parle aussi de polyamour, de droits sexuels et reproductifs, de safer-sex, et de tout ce qui tourne autour de la sexualité en général).